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Article paru le 26 septembre 2009


l’Humanité des débats. Migrations

Le codéveloppement, une idée neuve


Par Catherine Wihtol de Wenden, présidente du comité scientifique du Ssae, directrice de recherche au CNRS et au CERI et auteure de la Globalisation humaine (PUF).


Peut-on envisager le développement par l’exil ? Les relations entre migration et développement sont un objet de débats scientifiques et politiques parmi les plus controversés. Après une période de fermeture des migrations économiques (fin du Bracero Program aux États-Unis, en 1965, et suspension de l’immigration de main-d’oeuvre salariée, en 1973 et 1974, dans les pays européens), où l’accent était mis sur le retour (« vivre et travailler au pays ») et où les transferts de fonds étaient considérés comme peu productifs, une nouvelle stratégie, dite de codéveloppement, s’est fait jour.

Elle s’est attachée, à partir des années 1990, face à l’échec des politiques de retour, à soutenir, dans les pays d’accueil, les initiatives des migrants eux-mêmes dans leurs pays d’origine, à travers les associations de développement, les transferts de fonds et les diasporas, en concertation avec les pays du Sud. Dans le même temps, la fuite des cerveaux, une question délicate dans les débats Nord-Sud, notamment aux États-Unis qui ont attiré une migration très qualifiée, a été considérée comme une source de dynamisme économique au Sud. Cette manne fait parfois défaut au pays : il y a davantage de médecins malawites à Manchester qu’au Malawi, le quart des médecins nés en Afrique n’y exercent pas. Des pays européens, comme le Royaume-Uni, l’Allemagne et plus timidement la France, ont essayé, au tournant du siècle, de rouvrir leurs frontières, fermées depuis trente ans, aux compétences technologiques du monde entier dans un contexte de concurrence mondiale pour l’attraction des élites. Ces diplômés, sous-employés dans leurs pays d’origine, par les envois de devises et les réseaux qu’ils tissent dans les pays d’accueil, constituent un lien profitable au développement à certaines conditions. Le brain drain se transforme alors en brain gain. Ainsi, l’immigration devient une source de richesse partagée au lieu d’aggraver la fracture, ce que quelques travaux historiques ont montré dans les périodes antérieures.

On a longtemps considéré, dans le débat public, que le développement était une alternative à la migration, car, dans le passé, les pays de l’Europe du Sud ont vu leurs mouvements migratoires vers l’Europe du Nord se tarir ou diminuer sensiblement au fur et à mesure de leur développement économique et de leur passage à la démocratie. Le développement a été alors non seulement économique mais aussi politique. C’est également vrai pour l’Europe de l’Est, dont les migrations pendulaires s’expliquent en partie par l’espoir, puis par sa concrétisation, d’entrée dans l’Union européenne, ce qui a favorisé les mouvements d’allers et retours. Dans les pays du Sud, l’équation plus d’aide, moins de migrations apparaît comme une solution en trompe-l’oeil, car l’hypothèse selon laquelle l’aide suscite la croissance, puis la diminution de la pauvreté et enfin celle des départs est fausse.

La prévention des guerres civiles, la lutte contre la corruption et une gestion des flux migratoires sécurisant la mobilité font plus souvent défaut. À long terme, on peut présumer que le développement et, surtout, la transition démographique mettront fin aux plus fortes pressions de migrations peu qualifiées mais, à court terme, la relation entre migration et développement s’entretient réciproquement. Le développement est un facteur d’exil et l’exil un facteur de développement.

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Tag(s) : #GEOGRAPHIE
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