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Idées - Tribune libre - Histoire - Article paru le 10 septembre 2009 dans l'humanité

 

L’itinéraire d’Alain Bocquet « révolutionnaire pragmatique »

Le portrait tout en contrastes d’un élu communiste de terrain, dont les convictions et l’action échappent aux étiquettes.


Un Marx, et ça repart !
d’Alain Bocquet. Éditions le Cherche-Midi, 508 pages, 19 euros.


Peut-on faire le tour d’Alain Bocquet en cinq cents pages ? Au terme de la lecture de cet ouvrage cosigné par l’intéressé et la journaliste Delphine Watiez, on ressort avec plus de questions que
de réponses. Personnage complexe aux multiples facettes, souvent contradictoires, le président du groupe communiste à l’Assemblée nationale de 1993 à 2007 paraît se jouer des étiquettes. Ceux qui le côtoient y voient, selon les points de vue, un « révolutionnaire pragmatique », un « élu de terrain dont la vue porte loin », ou « un populisme faussement terrien », écrit Delphine Watiez, qui a recueilli les propos de plus de cent personnalités, dont certains sont reproduits en annexes. L’élu nordiste s’en amuse : « J’ai les pieds dans la glaise et la tête dans les étoiles », aime-t-il à répéter.

C’est un fait, Alain Bocquet déroute. Comme lorsqu’il déclare, provocateur : « Comme communiste, je suis contre les casinos, mais comme maire (de Saint-Amand-les-Eaux - NDLR), je suis pour. » Pourfendeur du MEDEF à l’Assemblée, il revendique ses liens avec les milieux économiques pour le développement de sa communauté d’agglomération de la Porte du Hainaut, dans le Valenciennois. Au plan politique, même dualité : présenté comme un « identitaire » du PCF, voire un « bolchevique », il est connu pour être un partenaire franc et loyal à gauche, mais à l’indépendance farouche affirmée. Ainsi sous la gauche plurielle de 1997 à 2002, « ça frotte dur » entre le président du groupe des députés communistes et Lionel Jospin, relate Delphine Watiez, récit à l’appui de l’incident où Alain Bocquet, en désaccord avec l’évacuation des chômeurs des Assedic occupées en janvier 1998, réplique au premier ministre ulcéré : « Tu ne me parles pas comme ça, je ne suis pas socialiste, moi, je suis communiste… »

Force est de constater que ce mixte de franc-parler et de fidélité à sa famille politique lui a réussi dans ses mandats électifs. Depuis 1978, Alain Bocquet est constamment réélu (sept fois de suite) comme député. Enlevant la mairie de Saint-Amand à la droite en 1995 à la tête d’une liste de large union, les électeurs font un triomphe au premier tour en 2001 (68 %) et en 2008 (76,8 %) à ses capacités de rassembleur autour de projets industriels, culturels et sportifs pour la ville, qu’il a relevée du marasme.

Son parcours au sein du PCF est plus mitigé. Adhérent en 1964, gagnant rapidement des responsabilités dans la fédération du Nord jusqu’à en devenir le premier responsable de 1977 à 1990, puis au sein de la direction nationale du PCF, il manque de peu de devenir le successeur de Georges Marchais au poste de secrétaire national, où il est pressenti. Finalement, Robert Hue sera choisi. Le choix de la « nouveauté » plutôt que celui de la « sécurité », tente Delphine Watiez. En retrait des instances dirigeantes depuis quelques années, mais refusant la dissidence, il conserve la présidence du groupe communiste à l’Assemblée nationale jusqu’en 2007. Sous la gauche plurielle, elle se révélera être un vrai sacerdoce, Alain Bocquet tentant de maintenir la cohésion du groupe en dépit de ses divisions face à la politique gouvernementale.

En militant infatigable de ses options mais toujours soucieux de l’unité de son parti, Alain Bocquet ne raccroche pas les gants. Son livre n’est surtout pas celui d’un retraité, dit-il. Dans le long entretien qu’il accorde à Delphine Watiez, il se dit « prêt » à être le candidat communiste à la présidentielle de 2012. « Avec l’assentiment de mes camarades », précise-t-il cependant. Le même, jusqu’au bout.

Alain Bocquet dédicacera son livre samedi et dimanche dans plusieurs stands dont celui de la fédération du Nord du PCF, ainsi qu’au village du livre de la Fête de l’Humanité.


Sébastien Crépel

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Tag(s) : #Politique
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