Les syndicats vent debout face au patronat !

« Nous n’imaginons pas d’issues autres que le patronat se rassoie à la table des négociations. » Alors que se déroule aujourd’hui une nouvelle journée d’action et que le conflit entre
dans sa huitième semaine, l’intersyndicale CGT, CFDT, FO, CFTC et CFE-CGC est vent debout pour exiger que l’union fédérale de l’électricité (UFE) et l’Union nationale des employeurs des
industries gazières (UNEMIG) se résolvent enfin à satisfaire les revendications des électriciens et gaziers. La multiplication des procédures disciplinaires et le dernier « épisode
répressif » de jeudi dernier avec l’interpellation et le placement en garde à vue de 74 agents d’EDF et de GDF sont jugés comme « une insupportable provocation » par les
syndicats qui dénoncent « une stratégie de pourrissement du conflit, d’intimidation et de répression ».
« Les salariés sont très remontés »
Un pari vain à entendre Marie-Hélène Gourdin, secrétaire fédérale de la CFDT, qui invite le patronat à « cesser cette stratégie du grand n’importe quoi et à prendre enfin la mesure de la
colère légitime des salariés » : « Le patronat doit comprendre qu’avec ce genre d’agissements, il met de l’huile sur le feu », explique aussi Jean-Paul Nembi du secrétariat
de Force ouvrière. « Les salariés sont très remontés. D’abord, il y a eu l’annonce des bénéfices : 6, 5 milliards d’euros à GDF, 3, 4 milliards d’euros à EDF. Ensuite, on apprend que
GDF va verser 6,9 milliards de dividendes, soit plus que le total de son bénéfice. Puis Gérard Mestrallet s’augmente de 180 % alors que pour les salariés, la branche ne propose que
0,3 % pour 2009 ! On découvre enfin un projet d’externalisation d’activité. Et là-dessus, on nous envoie régulièrement les CRS pour nous matraquer ou nous arrêter ! »
s’insurge Jean-Michel Cerdan, secrétaire général de la fédération chimie mine énergie CFTC.
Cette « dégradation du dialogue social » est concomitante, selon les syndicalistes, aux restructurations dans les industries électriques et gazières (IEG) qui ont conduit à la privatisation de GDF et à l’ouverture du capital d’EDF. « Depuis les activités ont été filialisées dans les deux groupes et désormais les directions renvoient les négociations au niveau de chaque entreprise afin de contourner le statut. » Certains mettent aussi en avant le rapprochement entre le patronat des IEG et le MEDEF auquel l’UFE vient d’adhérer.
« ce sont les assemblées générales qui
décident »
L’idée véhiculée par certains médias que « les fédérations syndicales sont dépassées par la base et ne contrôlent plus le mouvement » agacent les syndicalistes. « C’est la
dernière trouvaille pour tenter de diviser le mouvement. Comme ils n’arrivent pas à diviser les fédérations entre elles, ils essaient de les opposer aux salariés », analyse, visiblement
irrité, Jean-Michel Cerdan. À l’instar de la CGT, les organisations syndicales rappellent que, « depuis le début, ce sont les assemblées générales qui décident de tout et que c’est
d’ailleurs ce qui explique que l’unité syndicale reste très forte même après huit semaines de conflits ». Quant aux coupures ? Tout en ne soutenant pas « les actions qui créent
des difficultés aux usagers », Marie-Hélène Gourdin en attribue la responsabilité aux entreprises. Pour Jean-Paul Nembi, « la direction, en refusant de discuter, cultive chez les
personnels un sentiment d’exaspération. Si les directions et le gouvernement veulent mettre fin aux coupures, il existe un moyen radical ! La
négociation ! »
Après huit semaines de conflit, face à « la surdité du patronat et de l’État », les cinq fédérations
demandent aux agents de s’organiser « pour un conflit long ». Afin de compenser les pertes de salaires dues au non-paiement des jours de grève, elles en appellent à la solidarité
financière avec les grévistes. Elles invitent également les agents à « se saisir » des journées d’action interprofessionnelles du 26 mai et du 13 juin
prochain.
Pierre-Henri Lab.
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