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Marie-George Buffet : « Augmenter les
salaires »

Vous allez, avec Daniel Paul, déposer une proposition
de loi portant sur « des mesures urgentes de justice sociale en faveur de l’emploi, des salaires et du pouvoir d’achat. Pourquoi cette initiative et quel en est le
sens ?
Marie-George Buffet. Ces propositions de loi sont nées dans le mouvement social que nous connaissons maintenant depuis des semaines. Je suis allée dans de nombreuses entreprises. Des débats
avec les salariés, j’ai ressenti comme une urgence de relayer, par une proposition de loi, ce pour quoi ils luttent. Quand vous êtes face à une multinationale qui réalise des bénéfices et les
distribue largement aux actionnaires, de telle autre, parfois la même, qui touche des aides publiques… et qui toutes refusent de négocier sur les salaires et parfois même mettent en oeuvre des
plans de licenciements que l’on appelle « boursiers » à juste titre, il faut bien que la loi soit là pour aider les salariés. J’ai été particulièrement choquée par les propos des
dirigeants de la Caisse d’épargne et de la Banque populaire, François Pérol en tête, lors de leur audition devant les députés à propos de la fusion de ces deux établissements. Ces dirigeants
vont toucher 5 milliards d’euros et ils nous expliquent qu’il ne fallait pas que des missions de service public soient inscrites dans la loi, qu’il n’était pas question de s’engager sur le
maintien de l’emploi, qu’ils refusent de donner des pouvoirs aux sociétaires mutualistes… Je me suis dit qu’il n’était pas possible d’en rester là.
Nous sommes partis des licenciements boursiers, de la faiblesse du pouvoir d’achat, nous avons pris appui sur ce qui
monte du mouvement social et sur ce que nous disent tous ceux qui luttent pour construire des propositions donnant plus de droits aux salariés - leur permettant de s’opposer aux licenciements,
plaçant le salaire au coeur du dispositif, avec l’augmentation du SMIC -, pour obliger le gouvernement à convoquer une conférence sur les salaires et contraindre le patronat à ouvrir de
véritables négociations salariales.
Ces propositions sont-elles crédibles, dans la situation de crise que nous connaissons ?
Marie-George Buffet. Je vais répondre par une phrase : ceux qui, aujourd’hui, sont véritablement porteurs de propositions de sortie de crise sont les salariés en lutte et leurs
revendications. Pourquoi ? Parce que la crise vient du fait que les richesses créées par le travail s’en vont vers la spéculation, au lieu d’aller vers les dépenses utiles, l’éducation, la
santé, la formation, la recherche, de nouvelles formes de production, vers les salaires. En faisant ces propositions, nous agissons pour inverser la logique actuelle qui nous a conduits dans le
mur, pour sortir de cette crise du capitalisme. Quand nos amis hospitaliers défendent l’hôpital public, quand les gaziers, les électriciens qui, depuis sept semaines, occupent leurs centres
pour les salaires et le maintien de leur activité dans le service public, ce sont des hommes et des femmes qui se battent justement pour la sortie de crise. L’argent public distribué sans
contrôle, contrairement à ce que nous proposons, aux banques, à l’industrie automobile, est sans effet sur l’emploi et ne sert qu’à grossir les dividendes. Il faut augmenter le SMIC. C’est par
l’augmentation des salaires que l’on va trouver des solutions durables à la crise.
Entretien réalisé par Max Staat
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