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International - Article paru le 25 avril 2009 dans l'Humanité

L’Amérique latine au révélateur équatorien !

Équateur . Les élections générales de dimanche devraient consacrer la victoire de Rafael Correa et de son mouvement, Alliance pays. Un probable succès confirmerait l’assise continentale de la gauche.


Quito ( Équateur),
Envoyée spéciale.



La campagne des élections générales s’est achevée jeudi soir dans un carnaval bariolé dans les rues de Quito. La veille, Alliance pays, le mouvement du président Rafael Correa, tenait un ultime meeting aux accents de pré-victoire. Élu, il y a peine trois ans, ce jeune économiste, qui a rejoint l’axe « du socialisme du XXIe siècle » promu par les présidents bolivien et vénézuélien, est quasi assuré d’une réélection dès le premier tour ce dimanche, selon les derniers sondages. Un succès, ce serait alors le sixième consécutif, viendrait conforter la gauche au pouvoir sur le continent, un cycle ouvert il y a onze ans avec l’élection d’Hugo Chavez au Venezuela.


« Combattre,
c’est vaincre !


Venues du sud ou du nord oriental de la capitale équatorienne, les « caravanes » des quartiers populaires étaient du rendez-vous « correiste ». Sous une banderole « Combattre, c’est vaincre, pas un seul pas en arrière », signé du Comité du peuple, Miguel Anicete n’a pas assez d’adjectifs pour qualifier le président. « Loyal, franc, honnête ». Ce qui n’est pas rien dans un pays, et par extension un continent, où les cols blancs et représentants institutionnels sont assimilés aux affaires de corruption. « Jamais on ne dira assez combien nous avons été malmenés par nos gouvernements », souligne Miguel.

Comme de nombreux pays latino-américains, regorgeant de ressources naturelles, l’Équateur a été laminée par les recettes néolibérales et les politiques d’ajustement structurel, autrement les privatisations à tout-va, imposées par les grandes institutions financières internationales. À l’aube du nouveau siècle, la dollarisation de l’économie équatorienne accompagnée d’une forte dévaluation de la monnaie nationale (sucre), a porté l’estocade à une population acculée à la faillite, à l’image de la crise argentine de 2001.

Vendeur ambulant dans la rue, Pablo Revelo vit du commerce informel. « La dollarisarion a constitué un changement radical. Avant on mangeait pour un 1,25 dollar, aujourd’hui ,c’est impossible. Nous avons la monnaie du diable », lâche-t-il. Résorber l’isolement physique et moral ainsi que la fracture sociale - plus de 40 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté - devient une gageure dans ces conditions. « La dette est immense, reconnaît Manuela Gallegos, ministre du secrétariat des Peuples, des Mouvements sociaux, et du Pouvoir citoyen. Elle va au-delà de la question sociale. La crise d’injustice sociale s’est répercutée dans des espaces d’exclusion. Dans la grande majorité des pays toute cette tension ressurgit avec pour lien une correction : l’inclusion alternative. »

L’intervention populaire contre le modèle néolibéral aura été un facteur déterminant pour freiner l’hémorragie. Les années quatre-vingt-dix voient apparaître sur la scène politique le mouvement indigène, à l’instar du cousin bolivien, dont le slogan est « rien seulement pour les Indiens ». « Les travailleurs, les théologiens de la libération, les syndicalistes ont tous été du processus », nuance Humberto Cholango, président d’Ecuarunari, l’organisation des Indiens de la Sierra (montagnes), l’un des trois piliers de la Confédération des nationalités des indigènes de l’Équateur (CONAIE). « S’il n’y avait pas eu les efforts de tous ces secteurs touchés par le néolibéralisme, s’il n’y avait eu cette conscience du peuple, il n’y aurait pas un Correa », affirme-t-il. Critique sur l’action du gouvernement, Ecuarunari comme la CONAIE n’ont donné aucune consigne de vote pour la présidentielle mais soutiennent en revanche les candidats du Mouvement indigène Pachakutik (gauche) aux autres scrutins (députés nationaux et provinciaux, préfets, municipalités). Car pour Cholango, « il faut approfondir les réformes structurelles ».

Les ruptures annoncées ont avivé un trop-plein d’attentes et cette impatience s’exprime souvent par un discours radical. « Les secteurs sociaux et populaires ont fait leur la proposition de changement de Rafael Correa », explique Edgar Ponce, secrétaire national exécutif du Réseau national des travailleurs de l’énergie électrique d’Équateur (ENLACE), secteur économique stratégique. « Nous nous identifions avec la révolution citoyenne », voulue par le président mais, ajoute-t-il, des forces internes à la majorité cherchent à isoler « des secteurs sociaux sur lesquels il faut pourtant compter ». Sur un autre plan, comme au Venezuela, la mise en oeuvre des réformes se heurte aux rouages de la bureaucratie et aux cadres intermédiaires de l’administration acquis à l’opposition, laquelle détient par ailleurs les médias privés et les principaux leviers économiques. Autant d’obstacles provoquant incompréhension et frustration, alors que « l’on assiste à un réveil en Amérique latine pour en finir avec l’échec des politiques passées », précise Edgar Ponce, qui plaide « pour l’unité des organisations syndicales afin de consolider le processus ».


Où en est l’Équateur depuis trois ans ?


 « Les changements sont incomparablement grands et infiniment petits par rapport à ce qu’il faut faire », répond Manuela Gallegos. La ministre énonce les politiques d’inclusion sociale avec la mise en place de programme sociaux dans la santé et l’éducation, mais également de réintégration citoyenne dans la sphère publique. À l’échelle de la région, la coopération permet aussi à l’Équateur et à d’autres pays de lancer nombre de projets impossibles à réaliser seul. C’est la voie choisie pour se soustraire à toute forme de dépendance.


Cathy Ceïbe

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Tag(s) : #Monde
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