l’Humanité des débats
Le retour de mémoire du camp de Gurs, de la guerre d’Espagne à la Shoah !
« Gurs, une drôle de syllabe, comme un sanglot qui ne sort pas de la gorge », écrivait Louis Aragon. Gurs ou l’un des plus vastes camps d’internement sur le sol français. Soixante-dix ans plus tard, que dire et comment parler de cette tragédie ? Comment rappeler que des centaines de milliers d’Espagnols, républicains pour la plupart, ou encore des volontaires des brigades internationales animés par les idéaux de liberté et de solidarité, contraints, en 1939, à l’exil sous le feu du dictateur Franco, se sont vu offrir comme terre d’accueil un enclos barbelé ? Que sait-on de ces milliers de femmes allemandes ou autrichiennes, majoritairement juives, parmi lesquelles la philosophe Hannah Arendt, atrocement nommées les « indésirables », elles aussi parquées à Gurs ? Qui parle de ces quatre mille juifs déportés de ce camp d’enfermement, via Drancy, à destination du camp de la mort d’Auschwitz ? « De la guerre d’Espagne à la Shoah, 1936-1945 », tel est l’ambitieux projet rétrospectif d’un collectif de bénévoles animées par l’Amicale du camp de Gurs, l’association Mémoire de l’Espagne républicaine (MER) et la municipalité d’Oloron-Sainte-Marie, à l’occasion du 70e anniversaire de la création de ce camp. Un projet rythmé, trois semaines durant à partir d’aujourd’hui, autour d’expositions, de colloques et autres actions pédagogiques en direction des écoliers et collégiens pour accomplir un travail de mémoire complet sur « ce sinistre symbole de la barbarie qui s’est abattue sur l’Europe », annonce Bernard Uthurry, maire de la commune béarnaise.
Un parti pris de mémorisation des destins de plus de soixante mille internés de 1939 à 1944 et de cinq mille autres après la Libération. L’initiative n’est pas peu grande puisqu’elle embrasse les épisodes dramatiquement saillants de cette période : de la Retirada à la déportation, de l’hypocrite politique de non-intervention en Espagne à la logique d’internement du gouvernement d’Édouard Daladier, des Espagnols embrigadés dans les compagnies de travailleurs étrangers (CTE) mis à disposition de la défense nationale du déclenchement de la guerre mondiale aux heures sombres de la collaboration du régime de Vichy. Ces trois semaines dédiées au travail de mémoire et à la réappropriation des valeurs de liberté et de démocratie débuteront par l’inauguration d’une plaque commémorative en hommage aux victimes du camp de Gurs en présence des autorités françaises, allemandes et espagnoles, avec la participation d’un représentant du gouvernement central.
Mettre en lumière, en somme, l’histoire de ce camp et son cimetière de mille soixante-quatorze tombes, les vies fauchées comme l’espoir increvable de ces femmes et ces hommes internés, que l’État français, dans une (vaine) tentative, a voulu étouffer en plantant des arbres dans cette clairière de la honte.
Renseignements : www.oloron-ste-marie.fr
Cathy Ceïbe
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