Les achats et les sorties culturelles : les deux fonctions essentielles du centre-ville. Photo
MM
Problème de transport et saleté sont les premiers
obstacles à la fréquentation du centre-ville dont les fonctions sont d’abord commerciale et culturelle.
« Ici, on est tranquille, on a tout sous la main. Alors, aller à Marseille, en sachant qu’on ne
pourra pas se garer ou qu’il faudra payer un parking très cher, ou se casser la tête avec les bus et les métros… Non, vraiment ». Michèle di Palma est allaudienne depuis cinq
générations. Après une brève étape dans le centre de Marseille pour ses études de commerce, elle est vite retournée dans son village natal devenu une ville depuis. « Aujourd’hui
nous avons tout, des centres commerciaux à la Valentine, des cinémas, plein de boutiques, des fêtes, de concerts ». Même pour les sorties exceptionnelles, elle préfère Aix, «
c’est plus beau, plus propre », le centre de Marseille ne gardant plus que ses fonctions administratives, « j’y vais pour des papiers ou si j’ai besoin d’un avocat ». Cette
retraitée refuse cependant de peindre Phocée en noir, « je suis convaincue que Marseille est une très belle ville et que je ne la connais pas assez… » Mais la fonction balade
est assez peu en valeur, « rien n’est fait pour attirer, c’est sale, pas pratique, même les trottoirs sont étroits… »
Pour l’ambiance
Très proche d’une autre zone commerciale, Plan de Campagne, Daniel Gagneux n’y mettrait les pieds pour rien au monde. Installé aux Pennes Mirabeau, cet éducateur de 48 ans vient
« très régulièrement » dans le centre-ville marseillais. Pour ses courses - « parce que j’aime l’ambiance du centre ville » - et pour ses sorties, restaurants, cinémas ou
concerts. Mais cet enthousiaste ne peut que reconnaître que « la situation a évolué ». « J’ai connu la Fiesta des Suds à ses débuts, j’ai traîné à la Plaine… A l’époque, il y
avait vraiment quelque chose de magnifique, tout le monde se mélangeait. Mais aujourd’hui, on a beau continuer à dire que Marseille est une ville de mélange, le port ne brasse
plus beaucoup de choses. J’ai l’impression que les BoBos sont arrivés, qu’on ne se mélange plus, que tout est cher et aseptisé »… Puis de partir dans un grand rire avant de
lâcher un « peut-être aussi que je vieillis ».
Des équipements dans les
quartiers
Pas « Bobo » mais parisien venu s’installer à Marseille, Bertrand Quantin a trouvé son bonheur à Pont-de-Vivaux. Venu chercher le soleil, ce père de famille n’est pas déçu… par
le climat. Sa pratique du centre-ville est cependant essentiellement professionnelle. Ayant monté sa boîte de coatching informatique, Au temps des clics,
il vient dans le centre pour former particuliers, professionnels ou membres d’une collectivité. Pour le reste… le premier obstacle reste les transports. « Entre l’incivisme des
gens et les problèmes pour se garer, je redoute de prendre le volant. Mais on ne peut pas prendre les transports en commun sauf à habiter près d’une station de métro. Même les
vélos sont cantonnés dans le centre et les quartiers sud ». Profondément urbain, il ne pourrait envisager de s’installer à la campagne mais estime que les équipements ne
devraient pas être cantonnés au centre-ville : « rien n’est proposé dans les quartiers : pas de cinéma, rien pour l’éveil culturel des enfants, pas de médiathèques correctes,
quelques bibliothèques aux horaires improbables…
Se cultiver ou simplement
marcher
Marie-Hélène Cretat a, elle, la chance d’être sur le trajet du 21, une des lignes les mieux desservies de Marseille. « Aller en ville n’est pas très compliqué, soit le bus soit
la voiture jusqu’au Prado et là, le métro » explique cette institutrice à la retraite installée à Mazargues. Au départ, pour cette femme venant de la campagne, « la ville
c’était terrible ». Finalement, elle a trouvé ses repères et va « assez souvent dans le centre », voir ses filles, aller au théâtre, à l’opéra, visiter une exposition ou «
simplement marcher ». Mais de préciser, « je n’ai pas d’a priori et donc je peux me balader partout, sans écouter tout ce que les gens disent sur le centre de Marseille
».
Plus besoin du
centre
Pour Françoise Quenigier en revanche installée dans le quartier de la Croix Rouge à Château Gombert, les visites dans le centre-ville de Marseille ne sont plus qu’un lointain
souvenir. « Avant j’y allais régulièrement. D’origine créole, c’est là que je trouvais tous les aliments particuliers dont j’avais besoin ». Mais aujourd’hui, la simple
évocation du centre marseillais provoque deux commentaires : « sale et encombré ». Dès lors, cette institutrice se débrouille à son échelle : « les courses ? Sur les marchés,
dans les petits commerces et les grandes surfaces du coin. Les légumes ? Via une AMAP. La lecture ? La bibliothèque du Merlan ou la FNAC de la Valentine. Le cinéma ? Les trois
Palmes ». Elle a gommé tout besoin de ce centre-ville marseillais. « Sans parler d’utilitaire on devrait pouvoir aller flâner… Mais rien n’est fait pour donner envie. Pire, on
ne se sent même pas en sécurité ».
Reportage Angélique Schaller
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