Nicolas Sarkozy hier à Venelles : une mise en scène parfaite pour
les JT du 20 heures. ROBERT TERZIAN
Ah si j’étais riche. Le chef de l’État promet un cadeau fiscal pour les plus nantis : une nouvelle baisse de l’ISF contre un investissement dans les
PME.
Le président de la République l’a encore répété hier : il aime le
terrain, refuse de « [s’]enfermer » à l’Elysée. Mais si Nicolas Sarkozy s’aère deux fois par mois, c’est sous très haute protection policière et très loin des « vrais gens »,
passablement en colère il est vrai contre celui qui se fit élire en 2007 sur le thème du pouvoir d’achat. Les salariés des entreprises des Bouches-du-Rhône, menacées de
fermeture, auront eu beau manifester à quelques kilomètres de là, à Gardanne, rien n’y a fait. Pas un mot du chef de l’Etat à leur adresse.
C’est Venelles, petite commune UMP des Bouches-du-Rhône, transformée - comme une bonne partie du pays d’Aix - en bunker, qui a servi de théâtre au président de la République,
flanqué de quatre ministres mutiques et venus faire de la figuration : Christine Lagarde, Valérie Pécresse, Luc Châtel et Hubert Falco.
Dans un gymnase, devant un public largement acquis et trié sur le
volet, Nicolas Sarkozy est venu délivrer son message, vanter, une fois de plus, sa conception d’une « société du mérite et de la récompense ». Le thème de la rencontre, « la
croissance par l’innovation et la recherche », a surtout servi de prétexte au chef de l’Etat pour rappeler à tous ceux qui contestent ses « réformes » qu’il ne lèverait pas le
pied, ne changerait pas de cap. « Je dis aux universitaires, leur donner l’autonomie, c’est leur faire confiance. C’est un choix sur lequel je ne reviendrai jamais. » Les
suppressions de postes d’enseignants dans les lycées ? « J’assume. Quand je vois le nombre de lycéens diminuer, je ne vois pas pourquoi embaucher des fonctionnaires
supplémentaires. »
Mais le clou de la matinée - ce fut d’ailleurs l’unique annonce
concrète - concerne une nouvelle mesure fiscale pour les hauts revenus. Les contribuables assujettis à l’Impôt sur la fortune (ISF) pourront bénéficier d’un nouvel allégement
fiscal s’ils choisissent d’investir dans les PME. La mesure existe déjà - elle fait partie du bouclier fiscal - mais Nicolas Sarkozy propose de relever le plafond de
défiscalisation. Fixé actuellement à 50 000 euros, il pourrait passer à 100 000 euros. « Mon idée, c’est que tous ceux qui paient l’ISF peuvent devenir financeur d’une activité
entrepreneuriale », a justifié le président de la République. Il en a profité pour dénoncer « la fantasmagorie autour de l’ISF. La question n’est pas de désigner des
adversaires, de punir les gens, mais d’apporter des réponses à la crise ».
Devant son public, s’adressant plus à son camp qu’à l’ensemble des
Français, Nicolas Sarkozy a condamné les séquestrations de patrons dans les usines. « Qu’est-ce que c’est que cette histoire d’aller séquestrer les gens ? On est dans un Etat de
droit, je ne laisserai pas faire les choses comme ça. » Une condamnation qui pourrait un peu plus attiser la colère des salariés victimes de la crise et à qui le chef de l’Etat
tourne décidément le dos.
FRANÇOISE VERNA
Délire sécuritaire
Que le chef de l’Etat bénéficie de mesures de sécurité, rien de plus normal. Mais les déplacements de Nicolas Sarkozy déclenchent, à chaque fois et de plus en plus, un
déploiement proprement hallucinant de forces de l’ordre. Il s’agit, au-delà de la protection du président de la République, de tenir à l’écart toute manifestation, toute
démonstration de mécontentement. Pas moins d’un bon millier de policiers et de gendarmes ont été déployés sur un large périmètre des Bouches-du-Rhône. Autoroute, chemin vicinal,
sentier : tout ou presque était sous haute surveillance. La presse voit, elle aussi, ses marges de manœuvres réduites. Tout doit être sous contrôle. Surtout les images qui
viendront abreuver les journaux télévisés, montrant un président « sur le terrain ».
Deux étapes officielles étaient au programme dans le pays d’Aix : le technopôle de l’Arbois et Venelles. Une troisième, à Bouc-Bel-Air, se voulait discrète. Et pour cause,
puisqu’il, le chef de l’Etat, allait y rencontrer les militants de l’UMP. Mais là encore, malgré le caractère partisan de cette ultime visite, la petite commune a été mise sous
contrôle. Paradoxe, un tel déploiement de forces est aussi un terrible aveu de faiblesse. A la mesure de l’impopularité de Nicolas Sarkozy.
F.V.
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