Petite enfance, grands effets d’annonce !
Famille . Les 200 000 offres de garde supplémentaires annoncées par la secrétaire d’État pourraient ne jamais voir le jour, s’inquiètent les associations.
À l’heure où 63 % des enfants de moins de trois ans sont gardés par leurs parents la majeure partie de la semaine, 18 % par une assistante maternelle et 10 % par une structure
d’accueil collectif, selon la DREES (statistique des ministères sociaux), un vaste plan pour la petite enfance aurait été accueilli favorablement par les parents. Il n’en est rien. Dans un
entretien accordé au Journal du dimanche, Nadine Morano annonçait gaillardement : « Nous tiendrons les objectifs définis par le président de la République de créer 200 000 offres de
garde supplémentaires ! L’État fait un effort considérable en augmentant le Fonds national d’action sociale (FNAS) de 7,5 % par an, soit 1,2 milliard d’euros supplémentaires, pour la
création de 100 000 places en crèches. » Les 100 000 autres offres de garde naîtront donc des « nouvelles dispositions de diversification des modes de gardes votées par le
Parlement », explicitait-elle encore. Des annonces qui n’ont guère convaincu. Ainsi, l’Union des familles en Europe remarque que, depuis 2000, « 176 000 places nouvelles ont été ainsi
promises. Mais 42 698 seulement ont vu le jour. Avec un budget diminué de moitié, il y a peu de chance que la promesse aventureuse de Mme Morano soit
tenue ».
Aucune garantie
Pour résoudre l’équation, le gouvernement compte opérer un regroupement des assistantes maternelles et un passage de trois à quatre enfants par agrément. Un mode de garde qui reste pourtant
inaccessible pour nombre de familles. Enfin, Nadine Morano compte sur le « développement de l’accueil collectif : crèches classiques, d’entreprise, création de jardins d’éveil,
optimisation des places de crèches hospitalières ». Tout cela, pourtant, sans avoir de garantie de la part desdites entreprises ou des hôpitaux. Et, bien loin de l’annonce des 100 000
places de crèche,le financement de 30 000 places, prévu dans le cadre d’une nouvelle convention d’objectifs et de gestion avec la CNAF, revient en fait à faire supporter aux collectivités
locales la charge de ce nouveau plan.
« Budget fermé »
« La CNAF participe au financement des équipements, dont 10 000 places en entreprise et 20 000 places créées par les collectivités locales, les intercommunalités ou les associations. Or,
avec ce nouveau système, les CAF participeront seulement au financement des équipements qui se créeront. Cela signifie que si les collectivités ne le décident pas politiquement et
financièrement, la CNAF se retrouvera avec des crédits qu’elle ne pourra dépenser », explique Jacqueline Farache, administratrice. « Ce système de budget fermé comporte par ailleurs
deux écueils : la CNAF peut jouer la prudence et ne pas financer certains projets de peur de manquer d’argent par la suite ; ou encore être trop généreuse au début et ne plus avoir de
crédits à la fin des quatre années de la convention ». Si l’on considère qu’une place de crèche coûte 16 680 euros par an et que la Caisse d’allocations familiales n’en finance qu’un
tiers, les familles l’autre tiers, il reste… 5 560 euros par berceau à la charge des municipalités. En soumettant, de fait, la création de 100 000 places de crèche aux possibilités financières
et à la volonté des communes ou des entreprises, l’État est bien loin du droit opposable à la garde d’enfants évoqué par Nicolas Sarkozy l’an dernier.
Lina Sankari
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