Du statut de personnes handicapées dans lequel la société prétend les enfermer, les intéressés
souhaitent, avec leurs associations, accéder de plein droit au statut de citoyens, y compris en terme d’emploi et de pouvoir d’achat. PHOTo: RT
Directrice de la Délégation des Bouches-du-Rhône de l’Association
des Paralysés de France, Mireille Fouqueau s’explique sur le sens de la Semaine nationale des handicapés et l’engagement de son association dans le mouvement
social.
Quel est le dessein de cette Semaine
?
Historiquement, c’est à la fois un temps d’information, de sensibilisation du grand public et un temps de collecte de fonds afin de développer des actions de
proximité en direction de nos adhérents et des personnes en situations de handicap moteur.
L’APF considère que le handicap
concerne tout le monde…
Effectivement, je crois qu’il faut être lucide. L’allongement de la durée de vie nous conduit à constater l’accroissement du nombre de personnes dépendantes.
Et aucun de nous n’est à l’abri d’une maladie invalidante ou évolutive, d’un accident de la vie.
La loi du 11 février 2005 « pour
l'égalité des droits et des chances des personnes handicapées » avait suscité beaucoup d’espoirs. Où en est-on ?
D’autant plus d’espoirs que notre association s’était investie pour son émergence. Comme toute loi, elle ne peut avoir de valeur que si les gens s’en emparent
pour la faire vivre. Sur la question du handicap, il y a beaucoup de chose à faire évoluer dans les mentalités, dans le regard que notre société porte sur le handicap. Mais il
n’y a pas que les mentalités. Il y tant à faire, dans le domaine de l’accès aux droits des personnes handicapées, de leurs ressources, des établissements
spécialisés.
L’APF insiste sur « l’accès à tout pour
tous »…
C’est exact et c’est l’ambition affichée par la loi de 2005. Une question qui nous tient à cœur car notre volonté est de faire de ces personnes des citoyens à part entière.
C’est à dire tendre à ce qu’elles soient dans le droit commun et non pas uniquement dans des dispositifs spécifiques. Si ces dispositifs doivent exister quand cela est
indispensable, notre combat consiste à faire en sorte que la pleine citoyenneté leur soit acquise.
Pour résumer, ce processus d' « égalisation » des chances implique deux principes selon nous. D’une
part le principe d'accès à tout pour tous auquel vous faisiez référence et d’autre part la compensation individualisée. Cette dernière devrait viser à compenser, par une
politique de protection sociale, la rupture d'égalité qui peut encore exister à titre individuel malgré la mise en œuvre du principe d'accès à tout pour
tous.
Pour tous, il y a la crise et le
pouvoir d’achat. Où en est-on pour les personnes handicapées ?
La Semaine nationale des personnes handicapées est fortement marquée par le mouvement « Ni pauvre, ni soumis » dont l’APF est à l’origine et qui regroupe près
d’une centaine d’associations. Il est vrai que la situation nous oblige à constater que les personnes en situation de handicap sont les vraies oubliées dans la crise.
Depuis la manifestation nationale où nous avions rassemblé plus de 35000 personnes à Paris le 29 mars 2008, peut de choses ont bougé. Le collectif « Ni pauvre ni soumis »
considère que les réponses apportées par le président de la République ne sont pas à la hauteur des enjeux, notamment la mise en place d’un revenu d’existence qui demeure la
revendication majeure. Aujourd’hui seuls 5% d’augmentation de l’Allocation Adulte Handicapé (AAH) ont été obtenus au 1er septembre 2008. Et encore, l’augmentation ne concerne ni
les bénéficiaires de l’allocation supplémentaire de solidarité, ni les personnes bénéficiant d’une pension d’invalidité ou de rente d’accident du travail.
Au total, les personnes que nous accompagnons sont non seulement fragilisées par leur situation, mais se heurtent à l’absence de véritable revalorisation de leurs ressources. En
plus, elles doivent faire face désormais à l’augmentation des restes à charge avec la mise en place des franchises médicales. La crise financière et sociale rend encore plus
urgente la réponse à la revendication d’un revenu d’existence. Car avec une AAH revalorisée à 652,60 euros, en-dessous du seuil de pauvreté, nous sommes loin de la revendication
de ressources pour vivre décemment.
L’APF, appelle à se joindre au mouvement social le 19
mars.
Est-ce le rôle d’une association comme la vôtre ?
Oui, nous sommes dans notre mission d’appui des personnes en situation de handicap. Sur des questions comme le pouvoir d’achat ou l’emploi, deux sujets sensibles pour nous, il
est urgent de mettre en avant les convergences qui peuvent exister entre les attentes des personnes handicapées et l’ensemble du mouvement social actuel. Au-delà de ce jour, il
nous paraît aussi nécessaire, un an après le grand rassemblement à Paris, de dire au président de la République que nous sommes toujours là, déterminés à faire respecter les
engagements pris.
Dans l’immédiat, nous l’interpellons pour que deux mesures soient prises d’urgence. D’abord l’élargissement de la prime de solidarité active de 200 euros - qui doit être versée
au 1er avril - aux titulaires de l’AAH et de l’allocation de solidarité invalidité.
Enfin, nous attendons un Grenelle de la solidarité pour la mise en œuvre du revenu d’existence. Ces revendications seront au cœur de notre présence dans les manifestations du 19
mars, elles le seront aussi le 28 mars, où à Marseille, nous fêterons dans l’action le premier anniversaire de la mobilisation de 2008 avec un rassemblement devant la
préfecture. Ailleurs d’autres initiatives sont en discussions.
Entretien Pierre BASTIEN
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