Face à la crise
La Guadeloupe toujours mobilisée contre « les profiteurs » !
Yves Jégo, secrétaire d’État à l’Outre-mer, propose une augmentation de 2 % des salaires. Les grévistes maintiennent leurs exigences d’une revalorisation de 200 euros net, y compris pour les minima sociaux.
Pointe-à-Pitre, envoyée spéciale.
Lors de sa visite à la Guadeloupe au printemps 2006, pour la campagne présidentielle, le candidat Sarkozy avait une formule magique contre la vie chère : les heures supplémentaires. Mercredi, pour sa première rencontre avec le collectif Lyannaj kont pwofitasyon (LKP), à l’origine de la grève générale, le secrétaire d’État à l’Outre-mer, Yves Jégo, ne s’est pas risqué à refaire la plaisanterie du « travailler plus pour gagner plus ».
Il aura fallu près de trois semaines de conflit pour que le gouvernement se décide enfin à ouvrir « une discussion préalable à l’ouverture de négociations quadripartites État-collectivités-patronat-LKP ».
Après que le LKP eut exposé ses 149 revendications, dont les plus immédiates portent essentiellement sur l’emploi et le pouvoir d’achat, les négociations en tant que telles devaient s’ouvrir formellement hier, à Basse-Terre. Sous haute pression. Accompagnés par une foule de plusieurs milliers de manifestants jusqu’aux grilles du Port autonome de Pointe-à-Pitre, où avait lieu la rencontre, les 49 représentants des organisations composant le collectif ont reconduit, à leur sortie, le mot d’ordre de grève générale, toujours massivement suivie hier. « Le problème de la vie chère et du pouvoir d’achat se pose depuis longtemps mais là nous avons atteint l’asphyxie, expliquait Johann, un étudiant mobilisé. Nous attendons des réponses depuis le 20 janvier et jusqu’ici la réponse du gouvernement a été la fuite. »
Tous témoignaient des blessures sociales profondes causées par la précarité et par un taux de chômage qui s’établit, officiellement, à 24 %, un taux très largement sous-estimé, selon le LKP. Tous soulignaient, aussi, le bilan calamiteux de politiques de défiscalisation qui se sont traduites par la multiplication des cadeaux au patronat, sans le moindre effet positif pour l’emploi.
Mercredi matin, plusieurs centaines de grévistes s’étaient rassemblés devant le centre commercial de Baie-Mahault, bloquant avec des montagnes de chariots les entrées du magasin Carrefour, symbole de l’envolée injustifiée des prix. « Hold-up », « spoliation », « exploitation », « dépossession », « pratiques mafieuses » : les manifestants n’avaient pas de mots assez durs pour décrire le comportement de la petite minorité de « possédants », descendants de colons, qui règnent en maîtres sur l’économie de la Guadeloupe, en particulier les circuits de grande distribution.
En fait, les premières annonces du secrétaire d’État sur le gel des loyers HLM en 2009, ou encore sur la baisse de 10 % des prix d’une centaine de produits de première nécessité, n’ont pas réussi à désamorcer la mobilisation, qui suscite dans la population une incroyable sympathie. Les grévistes insistent en effet sur une hausse des salaires, des retraites et des minima sociaux sans laquelle les promesses en gain de pouvoir d’achat restent à leurs yeux illusoires. Sur ce point, Yves Jégo indiquait mercredi « espérer » des « engagements du patronat pour augmenter les salaires ». « Tout ceci méritera encore beaucoup de travail pendant de longues journées. Nous sommes sur la politique des petits pas », a-t-il reconnu, avant de promettre l’ouverture d’un « Grenelle de la Guadeloupe ». « Il a abandonné l’arrogance affichée lors de sa précédente visite et pris la mesure de notre détermination et du rapport de forces que nous avons établi. C’est une bonne chose », commentait Jean-Marie
Nomertin, secrétaire général de la CGTG, à la sortie de la rencontre. Porté par un mouvement populaire d’une ampleur et d’une vitalité impressionnantes, le collectif, qui regroupe la totalité des organisations syndicales, mais aussi des partis politiques et des associations culturelles, continuait, à la veille des négociations, d’afficher une unité sans faille. « La Guadeloupe, c’est nous », chantaient les manifestants en quittant le Port autonome pour rejoindre le Palais de la mutualité, théâtre, chaque soir, d’un meeting où se décident les actions et la conduite du mouvement. « Nous restons soudés, car nous n’avons pas d’autre arme que notre unité, confiait une manifestante. Si elle est si forte, c’est qu’elle est à la mesure de notre souffrance. » Une conviction qui pourrait faire des émules ailleurs. Hier, à l’appel de douze syndicats, la Martinique était à son tour en grève pour « l’amélioration des conditions de vie et de travail ».
Rosa Moussaoui
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