La grève a été reconduite jusqu’à mercredi à la faculté des sciences de Saint-Jérôme. (Photo MIGUE
MARIOTTI)
Supérieur. La grève se poursuit à la fac des sciences de Saint-Jérôme. Les trois conseils de
l’université de Provence demandent le retrait des réformes.
L’amphi Pasteur était plein à craquer hier en début d’après-midi pour une assemblée générale des
personnels à laquelle participaient les étudiants du campus. A l’ordre du jour, la reconduction de la grève jusqu’au retrait du décret réformant le statut des
enseignants-chercheurs.
Après plus d’une heure de débat, les personnels : maîtres de conférence, professeurs, techniciens et personnels administratifs voteront par une écrasante
majorité la poursuite de leur mouvement (153 pour, 4 contre et 5 abstentions) jusqu’à mercredi inclus. C’est du jamais vu dans l’histoire de la faculté des sciences de
Saint-Jérôme, qui comme la faculté de droit de l’université d’Aix-Marseille III (à laquelle est rattachée l’IEP d’Aix) ont voté pour la reconduction de la grève.
Le matin, ce sont les trois conseils de l’université de Provence, réunis en congrès, qui réaffirmaient leur opposition à la réforme de la formation et du
recrutement des enseignants du premier et du second degré, ainsi que le changement de statut des enseignants-chercheurs. Ils ont demandé au gouvernement de retirer ses
réformes.
C’est la première fois qu’une telle contestation s’organise, jusqu’au sommet de l’université. Elue au conseil national universitaire, Mme Fuccio-Lauricella a
indiqué que la CNU, dont un tiers des membres est nommé par le ministère, avait réclamé le retrait du décret. « C’est une question de survie, nous ne voulons pas aller aux
funérailles de l’université », a-t-elle lâché. Il n’y a finalement que les représentants de l’UNI, un syndicat étudiant classé à droite, pour afficher leur hostilité à la grève
et lancer, non sans rougir, que les budgets de la recherche étaient en augmentation. L’argumentaire est aussitôt démonté par le témoignage de chercheurs.
Tous ceux qui ont pris la parole hier dans l’amphi Pasteur ont exprimé leur crainte de voir la recherche, puis l’université changer radicalement de forme,
d’aspect… Les étudiants, qui ont apporté leur soutien aux professeurs, ont indiqué que la valeur de leur diplôme pouvait être une réponse au chômage galopant. « C’est notre rôle
de rappeler au gouvernement que l’éducation, c’est l’avenir. » Un étudiant en 2e année de droit a affirmé que le décret porte atteinte au droit français et à la constitution.
Est-ce un hasard, si ce sont les juristes qui sont parmi les plus mobilisés.
« L’indépendance de la recherche est inscrite dans les statuts. C’est un acquis de la démocratie. » La création du CNRS découle du même principe. Un opérateur
de la recherche ne peut pas être manipulé. Il doit être hors de toutes pressions (politique, financière).
Au fond, le décret réformant le statut des enseignants-chercheurs n’est que l’arbre qui cache la forêt. « C’est la logique économique maximale et pas
l’intérêt commun qui décide. On ne peut pas imaginer l’enseignement sans recherche et la recherche sans enseignement. » Si jusqu’à présent les universitaires s’étaient
autocensurés, maintenant dans les AG, les langues se délient. « Nous sommes tous concernés par une mutation qui se fait sous nos yeux. » La question est maintenant de savoir si
la recherche et l’enseignement public ont encore de l’avenir.
CATHERINE WALGENWITZ
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