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Mille chantiers pour « dynamiser l’économie ». 26 milliards d’investissement qui, selon le
Premier ministre, devraient nous sortir de la crise. Dit comme ça, ça a du chien. Mais une fois décortiqué, aucun économiste, même parmi les plus libéraux, n’y croit
!
L’arrivée hier matin d’un Premier ministre, de dix-huit ministres, de leurs cabinets et d’une ribambelle de « journalistes embarqués » avait sans doute beaucoup moins d’allure
que deux millions et demi de manifestants sur le pavé national jeudi dernier. N’empêche, Elysée et Matignon (devrait-on dire l’Elysée, donc Matignon) avaient voulu y mettre tout
le cérémonial possible pour que le discours de François Fillon, « lançant la phase concrète » du plan de relance gouvernemental apparaisse comme une réponse crédible aux
inquiétudes et à la colère exprimées dans la rue en fin de semaine dernière. Et jusque dans la rhétorique, le gouvernement semblait vouloir rivaliser avec le discours
revendicatif du 29 janvier : « Après le temps des annonces, après le temps des décisions, voilà que s’ouvre le temps de l’action », claironnait le Premier ministre, annonçant
aux Français « une mobilisation nationale urgente et concrète pour faire face à la crise ».
De fait l’emballage est plutôt soigné : 26 milliards
d’investissement et mille projets, le tout consigné dans un plan de 256 pages, voilà qui fait sérieux ! Mais une fois déshabillé de son papier cadeau, le « plan de relance » devient tout de suite moins sexy.
Faisons un sort rapide aux 11 premiers milliards de ce plan. Ils seront destinés, nous annonce le gouvernement à soutenir la trésorerie des entreprises « souvent écrasées par la
crise ». Lesquelles ? Comment cet argent (un tiers de l’ensemble du plan, sil vous plait) sera -t-il distribué ? Et sous quelles conditions ? François Fillon a fait l’impasse
sur le sujet. Mais chacun est désormais capable de constater combien ces « petites attentions » ont, jusqu’à présent, été totalement improductives, du moins sur les effets de la
crise. Pour ne prendre que l’une des dernières en date, la fameuse défiscalisation des heures supplémentaires, arme fatale pour l’amélioration du pouvoir d’achat est unanimement
considérée aujourd’hui comme un accélérateur du chômage. Dans une interview accordée au Monde, le directeur adjoint du département analyse et prévisions de l’OCDE considère
qu’inciter « les entreprises à faire des heures supplémentaires quand il n’y a pas d’activité est nuisible à l’emploi ».
Mais ces 11 milliards-là sont surtout une indication forte que le gouvernement n’a pas l’intention de changer de cap. Droit dans ces bottes, le choix libéral donne la priorité
au soutien à l’investissement plutôt qu’à la relance de la consommation.
Et c’est sans doute là un des tournants, cette idée n’est plus partagée par la majorité des économistes. Pour n’en citer qu’un, Charles Wyplosz. Ce professeur à l’Institut
universitaire de hautes études internationales de Genève est l’un des économistes qui a été consulté par l’Elysée sur le plan de relance. Eh bien Charles Wyplotz préconise*,
lui, un soutien direct de la consommation en direction des familles qui ont les revenus les plus bas : la mesure « a bien marché aux Etats-Unis qui l’ont testé l’an dernier,
explique-t-il, et elle aurait le mérite de répondre aux critiques de l’opposition et des syndicats ». Pour lui, « ce plan est nettement insuffisant ». Il n’est qu’une reprise
plus détaillée des annonces faites par Nicolas Sarkozy le 4 décembre dernier.
C’est l’argent que nous doit
l’Etat
Et nous voilà rendu au deuxième point de l’annonce. Parce que pour être tout à fait clair, les mille
projets annoncés hier matin par François Fillon, ne sortent pas d’un chapeau du magicien anti-crise. Il ne s’agit ni plus ni moins que de chantiers programmés avant la crise et
qui se seraient réalisés de toute façon, même si quelques-uns uns ont été avancés pour coller à la circonstance.
Marseille en a eu la parfaite illustration en fin de semaine dernière. Patrick Devedjian était dans la cité phocéenne pour la promotion de ce plan de relance dont il est le
maître d’œuvre et qui intègrera quelques chantiers marseillais dont le Mucem (musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée.
Et pour tout dire, la prestation de l’ancien patron de l’UMP a eu le don d’irriter Michel Vauzelle : « Cet argent nous était dû, il n’y a rien de nouveau », s’est écrié le
président de la région Paca**. Ce dernier explique en effet que tous ces projets figurent dans le contrat de projets Etat-Region signé il y a deux ans. Donc, fait remarquer
Michel Vauzelle, il n’apporte aucun crédit supplémentaire.
On pourrait encore souligner les effets d’annonce sur la rénovation du réseau ferré pour un montant de 89 millions d’euros quand l’école polytechnique de Lausanne, à qui on a
demandé une estimation de la vétusté de notre réseau, évalue à 3 milliards par an les besoins supplémentaires.
Hier soir, l’opération « esbrouffe » avait pris le nom de code « soufflé ».
Reprenant le sentiment général des économistes, le cabinet Xerfi tranchait : « C’est insuffisant et il s’agit là plus de saupoudrage que d’un soutien massif capable de stopper
la dérive actuelle de notre économie (…) qui a besoin de mesures à effet immédiats, qu’on aurait dû trouver dans une politique de soutien à la demande des ménages » ! Si c’est
lui qui le dit…
* »Le plan de relance est insuffisant » sur le journal
électronique du Temps. www.letemps.ch.
** Voir la Marseillaise du 31 janvier 2009.
Décryptage
Michel Allione
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