Face à la crise
Les Français veulent une suite au 29 janvier !
Sondage . Selon un sondage CSA-l’Humanité, 61 % des personnes souhaitent que les syndicats poursuivent la mobilisation. Une majorité juge inefficace la politique économique du gouvernement.
Le 29 janvier ne doit pas rester sans lendemain. Interrogés vendredi, juste après la journée d’action interprofessionnelle, les Français ont en quelque sorte fixé leur feuille de route aux
syndicats : à 61 %, ils souhaitent que les organisations des salariés « appellent à poursuivre la mobilisation », selon un sondage CSA/l’Humanité. Sans surprise, mais de
façon tout de même très significative, une majorité écrasante de sympathisants de gauche (84 %) partagent cette attente. Finalement, les Français sont « assez cohérents » avec
eux-mêmes, note Jean-Daniel Lévy, de l’institut CSA : avant le 29, ils avaient exprimé un fort soutien à la mobilisation, « à un niveau supérieur à ce qui est habituellement
enregistré » pour ce type d’événement ; après, ils veulent toujours « faire passer le message » : que leurs attentes sociales, en matière de pouvoir d’achat, d’emploi,
etc., « soient bien prises en compte ».
Mouvement durable
Loin d’une brusque éruption de fièvre, tout semble indiquer que nous en sommes aux débuts d’un mouvement durable. L’envie de voir les syndicats prolonger l’action est d’autant plus marquée
qu’aux yeux de nos concitoyens le plan gouvernemental de « relance » « ne semble pas produire les effets qu’ils en attendent », observe Jean-Daniel
Lévy.
Second grand enseignement de notre sondage : Nicolas Sarkozy et son gouvernement, en dépit de leurs efforts massifs de « communication », ne convainquent pas. Depuis jeudi, le chef de l’État et son équipe s’emploient à réduire la mobilisation enclenchée à une simple « manifestation d’inquiétude », sans remise en cause de leur politique, et en se contentant de promettre une vague concertation. Près de 6 Français sur 10 se disent « pas satisfaits » de cette attitude face au 29 janvier. Le taux atteint les 83 % chez les sympathisants de gauche, et le courant n’épargne pas les électeurs du centre et de la droite : 71 % des sondés proches du Modem et près d’un quart des sympathisants de l’UMP (24 %) se déclarent aussi insatisfaits.
Quant à la politique économique du gouvernement, alors que l’équipe Sarkozy-Fillon va répétant qu’elle est la seule thérapie possible, qu’il s’agirait seulement, en somme, d’avoir la patience d’attendre qu’elle produise ses fruits, une nette majorité de sondés (62 %) considèrent au contraire qu’elle ne « permettra » pas de « lutter efficacement contre la crise ». La défiance atteint ses plus hauts niveaux chez les chômeurs (81 %), les salariés du secteur public (77 %), les étudiants (73 %). Seules 4 % des personnes interrogées trouvent les choix du gouvernement « très efficaces » et 23 % « plutôt efficaces ».
Si les Français « n’ont pas un plan bis », « avec une revendication clairement exprimée », ils
n’en attendent pas moins « une réorientation de la politique suivie », analyse Jean-Daniel Lévy, de CSA. Au total, cette enquête a bel et bien valeur de désaveu pour un premier
ministre qui, hier encore, droit dans ses bottes, prétendait écarter toute idée de « changement de cap ».
Yves Housson
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)