Actus humanite.fr 03-02-2009
Universités, l'acharnement coupable !
par Jean Fabbri
"La ministre Valérie Pécresse se refuse encore aujourd’hui à prendre en compte l’exceptionnelle mobilisation des universitaires et dans le monde scientifique, contre les textes, les dispositions budgétaires, avec lesquels elle entend remodeler, contre leurs personnels et contre les étudiants, l’enseignement supérieur et la recherche. Refusant de retirer des textes très contestés et d’ouvrir de sérieuses négociations avec les organisations représentatives, comme au sein des instances de l’enseignement supérieur et de la recherche, Valérie Pécresse s’est adressée, à grand bruit, à la veille de la phase de grève reconductible qui a débuté le 2 février, à chaque universitaire… en limitant son propos à un seul des enjeux.
La formulation de la prose ministérielle témoigne de l’embarras certain de la ministre mais ne change pas la logique du projet de décret (sur le statut des enseignants-chercheurs) dont le SNESUP combat les principes. Ce texte organise la toute-puissance des présidents d’université dans une gestion devenant locale des carrières des personnels, dévalorise l’évaluation scientifique nationale dans les sections élues (aux deux tiers) du Conseil national des universités et méprise les enjeux et les libertés scientifiques. Ce texte relève d’une vision managériale de l’enseignement supérieur et substitue la concurrence à la collégialité.
Ces logiques, répétées jusqu’à l’écœurement par le président de la République dans un discours sur « l’innovation » le 22 janvier dernier, vont jusqu’à la liquidation du CNRS et des organismes de recherche qui font pourtant l’admiration du monde entier. Objectif visé : un étroit contrôle des choix scientifiques !
La ministre, désavouée par des dizaines de votes dans les instances universitaires, par plus de vingt mille collègues en grève et dans les manifestations du 29 janvier, s’entête aussi pour faire passer en force le brutal reformatage de la formation des enseignants du premier et du second degré et des concours qui ouvrent la voie aux recrutement de ces personnels. Ce dispositif a soulevé contre lui 72 des 83 universités ! Il doit être retiré.
Si Valérie Pécresse envisage de s’allier les étudiants, elle risque fort d’être déçue : eux aussi ont à souffrir d’une politique plus orientée vers la « com » et l’autosatisfaction que vers la résolution des difficultés qu’ils rencontrent : pouvoir d’achat des bourses, absence d’aides à la mobilité, lisibilité réduite des formations. L’exigence immédiate de l’annulation des 1030 suppressions d’emplois prévues au budget 2009 répond à la double fonction des universités : permettre de former mieux les nouvelles générations et d’élaborer de nouvelles avancées scientifiques. Cette revendication fait converger étudiants, personnels techniques, chercheurs enseignants et parents. Plus que jamais, l’intensification de la grève spectaculairement suivie, depuis lundi dernier, des universités les plus vastes (Strasbourg, Paris-VI aux plus petites (Nîmes, Troyes, Albi…) et qui gagne les écoles d’ingénieurs, les IEP, les IUT, les IUFM, est à l’ordre du jour. Environ 40 % des enseignements non assurés, la quasi-totalité des jurys du premier semestre reportés : l’engagement des universitaires est massif et confiant.
Les revendications unitaires sont claires :
retrait du décret statutaire et maintien
du CNU dans son rôle de gestion nationale des carrières ;
retrait des lourdes dégradations voulues par Xavier Darcos et Valérie Pécresse dans la formation et le recrutement des enseignants du premier et du
second degré, maintien des concours actuels en 2010, ouverture d’un vaste débat national public pour améliorer la formation ;
suspension immédiate des 1 030 suppressions d’emplois prévues au budget 2009 dans les universités et la recherche, lancement d’un plan pluriannuel de
recrutement au cœur d’un vrai « plan de relance ;
arrêt du démantèlement du CNRS et des organismes de recherche. La ministre a tenté une ultime manœuvre en présentant sa démarche et son texte statutaire,
peu modifié sur le fond, comme la condition d’une revalorisation des carrières. Il n’en est rien. Dominique de Villepin avait cherché de la sorte à alléger le contenu idéologique du CPE… avant
d’être contraint par la puissance des manifestations à faire abroger cette disposition législative !
L’heure est au renforcement de l’action unie de toute la communauté universitaire et du monde de la recherche et aux
visibles soutiens citoyens dans les manifestations prévues les 5 et 10 février prochains".
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