Spécial Etats-Unis
De Chicago à Washington, les destins croisés de l’Amérique et d’Obama !
De sa ville d’élection à la capitale fédérale, reportage au coeur de l’Amérique, qui traverse la pire crise de son histoire récente et place ses espoirs dans le nouveau président.
États-Unis, envoyé spécial.
Partout. Obama et la crise. La crise et Obama. Comme une dialectique. Comme la certitude de la maladie et l’espoir du vaccin. Une seule face imprimée, c’est un faux billet. Les deux, cela
devient politiquement monétisé. Publiant un sondage, vendredi dernier, le quotidien USA Today analysait : « Les Américains n’ont jamais été aussi pessimistes depuis des décennies sur
l’état du pays mais ils expriment une confiance grandissante dans la capacité d’Obama de remédier aux problèmes. ». « Des attentes stratosphériques », selon le
quotidien.
De Chicago, cité de l’initiation, à Washington, ville de la consécration, parcours en six
étapes.
À Chicago, le South Side espère
Chicago vaut bien une messe. Surtout dans le South Side, les quartiers noirs de la ville. Pour les fidèles, trois jours « sacrés » s’annoncent : dimanche, « jour du
Seigneur », lundi, journée à la mémoire de Martin Luther King, et mardi, avec l’entrée en fonction du premier président noir de l’histoire des États-Unis - un gars de Chicago, qui plus
est, de ces célèbres quartiers sud. En fait, Obama habite Hyde Park, une sorte d’« enclave » multiculturelle et relativement aisée dans un South Side noir et pauvre. Le quartier est
organisé autour de l’université de Chicago, dans laquelle Obama a, un temps, enseigné, connue pour son « école » d’économistes néolibéraux, entraînée par Milton Friedman, mais qui a
également abrité une « école » de sociologie, progressiste, elle. Hyde Park a la réputation d’être politiquement « liberal » dans une ville qui n’est, de toute façon, pas
franchement de droite. Peu d’indices laissent deviner qu’un président américain possède sa demeure dans le coin. Quelques touristes venus prendre des photos et des affiches que le maire
démocrate, Richard Daley, a fait accrocher aux réverbères : « Félicitations à Barack Obama ». Rien de plus. Pas le genre de Hyde Park.
Pour en revenir à notre messe, c’est à quelques pâtés de maisons plus au sud que se trouve l’Apostolic Church of God, immense édifice de briques rouges. Une église, aux États-Unis, c’est d’abord un lieu social, avant même d’être un lieu de foi. L’Apostolic Church of God organise d’ailleurs des activités aussi diverses que des conférences, des entraînements de base-ball ou des ateliers de soutien aux victimes du cancer. Et une église « noire » c’est encore un peu plus que cela, comme nous l’avait fait remarquer, il y a plusieurs années, un pasteur - d’Atlanta : « Nous ne divorcerons pas de notre spiritualité. C’est la base même de notre contestation. »
Le « service » commence. Pour l’habitué de la liturgie catholique, apostolique et romaine, le contraste est pour le moins saisissant. Ouverture en musique « live » jouée par l’orchestre qui a pris place dans la fosse. Entrent alors en scène une centaine de choristes, vêtus de robes bleu azur. En prélude, une assistante du pasteur dit une prière. « Merci Dieu de nous avoir envoyé ton fils, Jésus, et le Dr King, puis Barack Obama qui ne sera pas seulement notre président, mais le président de tous les Américains. » De la salle jaillissent des « amen ! », tellement désordonnés qu’ils donnent l’impression d’un canon.
Notre voisin, mastodonte de 1,85 mètre et 150 kg contenus dans un costume noir aux fines rayures blanches s’enquiert alors de la motivation d’un Blanc muni d’un calepin. « Ah, Obama, bien sûr. Vous savez ce que ça signifie ? Vous savez d’où viennent tous ceux qui sont dans cette église : de l’esclavage. Même si Obama n’est pas issu de cette histoire-là, il est noir. C’est une percée majeure dans notre histoire. »
C’est l’heure du sermon du pasteur Byron Brazier. Il parle d’abord de Martin Luther King, « l’homme qui a changé le paysage de l’Amérique, l’homme qui a préparé le terrain au président Obama ». Puis de l’ère qui s’ouvre : « Nous resterons fermes sur les buts à atteindre. Nous continuerons à nous battre pour l’égalité jusqu’à ce que la bataille soit remportée. Et n’oublions pas que la responsabilité du changement incombe à tous les Américains, pas à un seul d’entre eux. »
On termine évidemment par un gospel, ce chant créé par les esclaves pour maintenir l’espoir. Un espoir plus vivace
que jamais.
À Detroit, le big flop des big three
Quelques centaines de personnes, tout au plus. Dans quelques minutes, le salon automobile de Detroit va ouvrir ses portes et les allées du Cobo Center sont presque désertes. La veille, pour le
traditionnel gala de charité, 7 000 tickets ont été vendus contre 15 000 habituellement. Brian, trente-cinq ans, « designer » chez General Motors depuis dix ans, a amené sa famille,
comme chaque année. Il n’en revient pas : « C’est la plus petite affluence que j’ai jamais vue. C’est triste. Les gens en dehors du Michigan ne comprennent pas que, sans l’industrie
automobile, cet État n’est plus rien. Les Américains devraient acheter des voitures américaines. Ce n’est pas une question de patriotisme mais de maintien des emplois. » En bon Américain,
optimiste et accueillant, il nous propose de nous faire découvrir « les meilleurs produits de l’histoire de l’automobile américaine ». En commençant par General Motors, et sa marque
Chevrolet qui dévoile sa Malibu Hybrid et sa voiture électrique, la Volt, toutes « fuel efficient » (économes en énergie), nouveau maître mot des géants de « Motor City »
après une décennie consumée à tout miser sur les 4×4 et autres pick-up. Le PDG de Ford a même un nouveau slogan : « 40 MPG » (miles par gallon), soit environ 6 litres au cent. La
compagnie présente d’ailleurs à Détroit sa Fusion Hybrid. « Hybride », comme cette photo apposée à l’entrée du gigantesque stand : côte à côte, Alan Mulally, le PDG, Ron
Gettelfinger et Bob King, respectivement président et vice-président de l’UAW (United Auto Workers), le puissant syndicat. Avec ce titre : « Nous travaillons ensemble à la
qualité ». Pour l’instant, les PDG travaillent surtout à une réduction drastique des coûts, voire à la renégociation des contrats signés en 2007 (eux-mêmes déjà marqués par des concessions
syndicales), conditions dictées par l’administration Bush lors du plan de sauvetage de décembre.
Le même Ron Gettelfinger, invité d’une chaîne américaine aux côtés de Rick Wagoner, le PDG de General Motors, a refusé la perspective d’une renégociation mais a ajouté : « Nous allons voir ce que nous pouvons faire comme modifications afin que la compagnie continue de vivre. » Satisfait, Rick Wagoner pouvait conclure : « Nous devons travailler ensemble à la réduction des coûts comme nous avons déjà travaillé ensemble ces trois ou quatre dernières années à améliorer certains aspects. » Selon les derniers chiffres du ministère du Commerce (rapportés par le très informé site Labornotes.org), même si les ouvriers de l’automobile renonçaient purement et simplement à leur salaire, le coût de production d’une voiture ne baisserait que de 5 %.
Afin de mieux cerner l’attitude de la direction de l’UAW, nous avons contacté Mark Brenner, directeur de Labornotes. Il n’y va pas avec le dos de la cuillère. « Je pense que l’UAW a commis une énorme erreur dans la façon de gérer la crise. D’abord, ils n’ont pris aucune position distincte de celles des directions des "big three" et cela les a profondément discrédités car chacun sait que celles-ci ont terriblement mal géré les entreprises, à tel point que l’on pouvait se demander s’il fallait les sauver. Les dirigeants de l’UAW n’ont même pas tenté de transformer ça en combat public pour la défense de bons boulots pour les travailleurs. La seule action qu’ils aient demandée à leurs membres est d’écrire et d’appeler leurs élus. Pourquoi ne pas organiser une manifestation face au Congrès ou donner carte blanche à tous les représentants locaux pour expliquer à la presse combien la disparition des compagnies serait néfaste aux salariés et à leurs familles ? Ou même une marche à Detroit. Les attaques de la droite sont devenues tellement manifestes ("les syndicats sont le problème", "les salariés sont surpayés") que les autres syndicats sont venus au secours de l’UAW. Mais ce dernier a raté le coche pour poser le problème, y compris en termes d’assurance santé et d’environnement. »
Étrangement absents lors de l’ouverture au public du salon de Détroit, les syndicalistes étaient présents, quelques jours plus tôt, lors de la journée consacrée aux médias et aux professionnels. Ils y ont distribué un tract qui mérite d’être cité dans sa quasi-intégralité :
« Nous voyons cette crise comme une opportunité de poser les fondations pour une vie décente pour les générations futures de travailleurs.
- Sauver les emplois. Le Congrès et l’administration Obama doivent tout faire pour sauver les emplois dans l’automobile. L’industrie automobile demeure au coeur de l’économie américaine, employant directement trois millions de salariés et indirectement affectant la vie de millions d’autres.
- Transformer l’industrie, sauver l’environnement. Le Congrès doit établir une nouvelle politique de l’industrie en dirigeant et finançant le caractère actuel de l’industrie automobile. Nous devons développer nos efforts pour produire des automobiles à faible consommation d’essence, des voitures électriques, et se brancher aux technologies vertes comme aux moyens de transports en commun comme le train à grande vitesse. Nous ne pouvons pas plus longtemps nous voiler la face sur le réchauffement climatique.
- Un système national de santé. Les big three reconnaissent qu’un tel système leur ferait économiser des milliards. Le sauvetage de l’industrie auto devrait être lié à la création d’un système national de santé. »
Alors que l’attention semble focalisée sur l’avenir des trois multinationales, ou au moins de l’une d’entre elles
(Chrysler est largement donnée perdante), Bruce Raynor a récemment souligné, dans un point de vue publié par le Los Angeles Times, un autre enjeu de taille. « Les compagnies automobiles
étrangères implantées dans le Sud ont un plan pour réduire les salaires et les prestations sociales dans leurs usines américaines. Et pour y parvenir, elles ont besoin de détruire l’UAW »,
estime le président de Unite Here, syndicat « indépendant » qui a quitté la grande centrale américaine, l’AFL-CIO, en 2005. Et de rappeler, à juste titre, que les membres du Congrès
qui ont le plus insisté pour que l’UAW fasse des concessions sont des élus de l’Alabama, du Kentucky et du Tennessee, autant d’États qui accueillent des usines Honda, Toyota, Nissan et
Volkswagen. Pendant la campagne présidentielle, l’UAW avait officiellement soutenu Obama. Obama soutiendra-t-il l’UAW ?
À Cleveland, des maisons à 1 000 dollars
Laquelle voulez-vous ? Celle sur Morison Avenue, 150 mètres carrés, 3 chambres, 2 salles de bains : 999 dollars (1). Ou celle sur la 133e rue, plus grande, 210 mètres carrés, mais un
peu plus chère : 1 490 dollars. Ou alors, carrément, pour 2 000 dollars, achetez cet immeuble de quatre appartements de 85 mètres carrés chacun. À Cleveland, après les
« foreclosures » (les saisies), c’est l’heure de l’indécente braderie. Après avoir piégé et expulsé des milliers de familles, les banques vendent leurs ex-maisons pour une poignée de
dollars.
Dans la plus importante ville de l’Ohio, plus d’une centaine de logements sont actuellement mis en vente à moins de 5 000 dollars (voir www.realtor.com). Les banques ne veulent pas s’embarrasser avec les réparations (nombre de maisons « saisies » ont été vandalisées) et les taxes d’habitation. Elles soldent, donc. Au grand bonheur d’ « investisseurs » privés qui, sans vergogne, se constituent un portefeuille de propriétés. Et, en plus, pour financer les réparations, ils pourront bénéficier d’un programme spécial de prêts lancé par le ministère du Logement. Six millions de dollars ont déjà été versés pour l’aire de Cleveland. Le sénateur George Voinovich s’est félicité de ces « bourses » : « Au milieu d’une crise financière déclenchée par l’effondrement du marché immobilier, je ne peux pas penser à un meilleur investissement que d’aider à redévelopper les propriétés saisies en Ohio. » Ou comment passer par pertes et profits les familles flouées. À Cleveland, ces dernières sont majoritairement noires. Elles font partie de ce que l’on appelle ici la classe moyenne inférieure, c’est-à-dire qu’elles ne vivaient pas en dessous du seuil de pauvreté. Enfin, pas avant d’acheter. Car désormais, elles vont gonfler les statistiques qui placent Cleveland, selon une publication récente de l’US Census Bureau (l’équivalent de l’INSEE) au quatrième rang des villes américaines les plus pauvres.
À l’échelle du pays, ce sont trois millions de familles jetées sur le trottoir. Et des millions d’autres menacées.
Barack Obama a appelé à un « large effort » contre les « foreclosures ». Un plan d’aide d’un montant de 50 à 100 milliards de dollars est étudié. Il pourrait être l’un des
premiers à être mis en oeuvre par la nouvelle administration.
À Youngstown, il était une fois l’Amérique industrielle
« De la vallée de Monongahela À la coulée d’acier de Mesabi
En passant par les mines de charbon des Appalaches
L’histoire est toujours la même
Sept cents tonnes de métal par jour
Maintenant, Monsieur, vous me dites que le monde a changé
Une fois que je vous ai rendu riche
Assez riche pour que vous oubliiez mon nom… »
Via son album The Ghost of Tom Joad (1996), Bruce Springsteen nous avait pourtant prévenus : l’épicentre de ce drame c’est « Ici, dans le nord-est de l’Ohio. Ici, à Youngstown ». Mais, même mis au parfum par le « boss », le choc demeure. Ce qui a été et qui n’est plus.
Le passé, c’est au Centre historique de l’industrie et du travail que l’on y replonge. En ouverture du parcours, une phrase placée en exergue : « Le travail d’un être humain n’est pas une commodité ou un article de commerce. » Le parcours replonge de manière assez émouvante dans l’âge d’or de la sidérurgie, de l’usine à la vie de famille. La diffusion d’une émission de radio des années 1950 ajoute à l’ambiance et… à la nostalgie. Puis, sur un écran de télévision, surgit le visage du PDG d’une grande entreprise. Il annonce la fermeture du site. Nous sommes au début des années 1980. Le syndicaliste Ed Mann réagit : « Nous allons nous battre pour nos emplois. Ce qui se passe aujourd’hui détermine le futur de la ville pour les vingt prochaines années. » En fin de parcours, une feuille blanche avec ces quelques mots d’une main anonyme : « Cela a été un long et dur combat et nous avons perdu. »
25 000 emplois supprimés en trente ans ; 150 000 habitants en 1980, 80 000 recensés en 2006 : Youngstown
symbolise plus qu’aucune autre ville le déclin organisé de l’industrie américaine qui ne pèse plus que 13 % dans le PIB. On comprend mieux l’importance des 3 millions d’emplois de
l’automobile.
En Virginie, les raisons d’un « swing »
C’est un rendez-vous typiquement américain. L’adresse : 10 268 Main Street, à Fairfax. Le lieu : un « déli » ouvert 24 heures sur 24, dans un centre commercial. La
méthode : décontractée, pas la peine de passer au bureau pour parler politique. Deux cafés, un chocolat chaud. Joseph Harmon, président depuis un an du Parti démocrate pour le comté de
Fairfax (1 million d’habitants), le plus peuplé de l’État (7,5 millions d’habitants) et Patrick Le Floch, franco-américain, trésorier, engagé au Parti démocrate après le déclenchement de la
guerre en Irak, prennent place. Comment et pourquoi la Virginie, sudiste par son histoire comme par sa culture, a-t-elle majoritairement voté démocrate pour la première fois depuis 1964 et
Lyndon Johnson ?
« Depuis six ans, il y a une tendance de la Virginie à devenir plus progressiste », note d’abord Patrick. Le nord de l’État, proche de Washington, bénéficie du rayonnement de la capitale (emplois fédéraux et militaires, entreprises high tech). Il vote « bleu » (démocrate) depuis longtemps, tout comme Richmond, la capitale de l’État. « Démographiquement, les grosses zones urbaines qui sont plus progressistes prennent de plus en plus de poids démographique par rapport aux zones rurales ou suburbaines », ajoute Joseph.
La référence à un sondage sortie des urnes réalisé par CNN laisse les deux compères perplexes. Selon cette enquête, McCain aurait recueilli 60 % parmi les électeurs blancs. Seul le vote massif des « minorités » (Noirs, Latinos, Asiatiques) aurait permis de faire basculer ce « swing state ». Au demeurant, la lecture des « données CNN » amène à livrer la même analyse pour l’ensemble du pays.
Harmon est surpris : « Pour remporter la Virginie, il a bien dû avoir une bonne partie du vote blanc, non ? Seulement 40 %. Ça me paraît peu. Ce n’est pas ce que je ressens ici à Fairfax ». Le Floch, pas étonné : « La Virginie a une population très diverse. Ce ne serait pas surprenant. »
Après les tendances lourdes de la société américaine (urbanisation et vote démocrate, montée en puissance numérique des minorités), évocation du conjoncturel. Honneur aux perdants, les républicains : « L’insatisfaction contre eux était vraiment très forte », résume Patrick, tandis que Joseph développe : « Les républicains ont fait de l’idéologie. Ils ont tellement fait peu de cas des problèmes concrets comme les transports, la santé… Les Américains veulent élire des gens qui gouvernent, pas qui font de l’idéologie. » Côté démocrate, maintenant : « Obama a vraiment mobilisé les gens à la base, avec des campagnes de porte à porte. Ça ne s’était jamais fait avant », avance le président. « Nous avons commencé la campagne alors que le candidat démocrate n’était pas encore nommé, raconte son trésorier. On disait : c’est Clinton ou Obama, d’un côté, ou McCain, de l’autre. Nous étions plus de trois cents militants pendant toute la campagne. Et plusieurs milliers dans les derniers jours. »
« En tout cas, ce sera quatre années existantes. » Quatre années qui commencent aujourd’hui à
Washington.
À Washington, la première marche
« T’es sûr qu’elle est bien prise, la photo ? » « Mais ouais, m’man, c’est la troisième que je prends… »
Voilà qui rassure une dame noire aux fausses allures de Rosa Parks, son manteau, son chapeau, son petit sac à main et son air de ne pas y toucher. « C’est historique ce qui va se passer ici. » À J-7, le gamin a donc immortalisé « m’man » avec en toile de fond le Capitole déjà paré de bannières étoilées. C’est ici que Barack Obama prêtera, aujourd’hui, serment devant le premier juge de la Cour suprême. C’est ici, plus exactement derrière le décorum, dans l’enceinte même et les couloirs du Congrès des États-Unis, que le président élu mais pas encore en fonctions a connu son baptême du feu de premier dirigeant des États-Unis. Le plan de relance qu’il a proposé a suscité un large débat. Les républicains ont évidemment crié « Halte à la dépense ! ». Mais même certains élus démocrates ont fait part de leur doute quant à la proposition de réductions d’impôt de 1 000 dollars par couple et 500 dollars par célibataire. « Un dollar dépensé pour la création d’un emploi est plus efficace qu’un dollar qui sert à une réduction d’impôt », tranche un rapport officiel. Paul Krugman, récent prix Nobel d’économie, suggère d’abandonner les 150 milliards de dollars dans les réductions de charges pour les entreprises - « de peu d’aide pour l’économie » - comme les 150 milliards de réduction d’impôts « même si c’est une promesse de campagne ». « En l’état, le plan Obama ne trouvera son efficacité qu’au dernier trimestre 2010 alors que le chômage sera à 8,8 %. Nous avons besoin d’un plan pluriannuel plutôt que d’un court rebond de l’activité », argumente l’économiste et chroniqueur. Bref, Obama ne rentrera pas à la Maison-Blanche avec un plan ficelé sous le bras.
Les attentes - « stratosphériques » ou pas - demeurent. Partout, dans la capitale fédérale comme dans le reste du pays, elles sont visibles. Dans les couloirs du métro, la campagne de l’organisation progressiste Move On s’affiche. Des Américains prennent la pose, une affichette dans les mains. « J’ai soutenu Obama pour mettre fin à la guerre en Irak », « J’ai soutenu Obama pour un véritable système de santé », « J’ai soutenu Obama pour une énergie propre » Près de la splendide gare de Washington, c’est le célèbre syndicat des teamsters (routiers) qui a déployé sur son nouveau quartier général une immense banderole : « Le changement, nous y croyons. » Et au pied du Lincoln Memorial trônait il y a peu encore un « mur d’expression » pas comme les autres, installé par l’ONG Avaaz (qui signifie voix ou chanson dans plusieurs langues). Sept mètres de long, des dizaines de milliers de messages directement écrits ou recueillis via Internet. Comme un pense-bête géant pour le nouveau président : « Nous voulons un VRAI changement », « Je suis allé voter pour la première fois grâce à vous », « Vous m’avez redonné foi en mon pays ».
À cet endroit même, le 29 août 1963, se sont pressés les participants à la Marche des droits civiques pour écouter
le discours de Martin Luther King « J’ai un rêve ». « L’année 1963 n’est pas une fin mais un début », annonçait le pasteur. On pourrait en dire autant de l’année 2009. Un
« début » potentiel pour le salarié de l’automobile de Detroit comme pour le chômeur de Youngstown, pour le jeune du South Side de Chicago comme pour la famille expulsée de Cleveland,
pour « m’man » comme pour Obama. Tous aux destins inextricablement liés.
(1) Un dollar vaut 0,75 euro.
Christophe Deroubaix
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