Les « bureaux » du Planning à Toulon : « un lieu de conscience et d’écoute ». BRUNO
ISOLDA
Toulon. Une soirée débat aura lieu le jeudi 22 janvier au cinéma le Royal autour des « Bureaux
de Dieu », réalisé par Claire Simon.
« Les bureaux de Dieu » : le titre choisi par Claire Simon pour son dernier film a de quoi
interpeller. Il n’a d’ailleurs pas manqué de provoquer « un tollé parmi les militantes » du Planning familial, indique Marie-Claude Caïs, présidente varoise de l’association.
Difficile en effet d’affirmer que ce mouvement pour le droit des femmes à disposer de leur corps fait une quelconque allégeance au religieux. Ce n’est d’ailleurs visiblement pas
le propos de la réalisatrice. « Elle nous a expliqué qu’il n’y avait aucune allusion au jugement dernier, mais elle considère que les bureaux du Planning sont un lieu de
conscience, où l’effet miroir permet de prendre une décision, de faire ce que l’on veut après avoir été écoutée », explique Marie-Claude Caïs. Et d’ajouter que « Claire Simon
nous connaît depuis longtemps. Elle avait déjà travaillé avec le Planning pour son film Mimi qui raconte l’histoire d’une jeune femme homosexuelle de manière très poétique
».
Ecoute et éducation
populaire.
Quoi qu’il en soit, le Planning varois a décidé d’organiser une soirée autour de ce film. Elle se
déroulera le jeudi 22 janvier à 20h00 au cinéma le Royal à Toulon. La projection sera suivie d’un débat animé par les représentantes de la structure toulonnaise. Celles-ci
prendront en outre le soin de préciser que « Les bureaux de Dieu » sont à la fois « document et fiction ». Un document nourri du travail effectué par Claire Simon auprès « de
gens de terrain dans les Plannings de Marseille, Grenoble et Paris ». Et une fiction, non dénuée « d’émotion », mais dont « le scénario comporte un certain nombre de choses
aléatoires ». Marie-Claude Caïs ne juge pas inutile de souligner que, contrairement à ce que l’on voit dans le film, « pour délivrer une pilule contraceptive, il faut un médecin
et non pas seulement une conseillère conjugale. Les entretiens ne se déroulent pas non plus de la manière dont ils sont montrés dans Les bureaux de Dieu ». L’échange qui
s’ensuivra sera ainsi l’occasion de « dire ce que l’on est, ce que l’on fait ». « Nous sommes dans l’écoute et dans l’éducation populaire, pour ouvrir aux femmes des horizons
qu’elles n’ont pas forcément. Et, au final, ce sont elles qui choisiront », poursuit-elle.
Diminution des financements
publics.
Informer sur l’action du Planning s’avère d’autant plus nécessaire que celui-ci se voit actuellement
confronté à une diminution des financements publics. « Un récent rendez-vous avec la DDASS nous a confirmé que tous les crédits destinés à nos missions sur le thème du conseil
conjugal et familial vont baisser de 25%. Ces crédits nous permettent de recevoir des personnes et de répondre à leurs questions sur l’IVG, la pilule du lendemain, les violences
conjugales, la sexualité, ainsi que d’intervenir dans des établissements scolaires et dans des centres qui accueillent des gens en précarité ». On imagine aisément les
conséquences : un affaiblissement « de la réactivité par rapport à la demande ». « Il y a ces 25% de moins et, surtout, les priorités qui vont changer et devront être axées sur
la parentalité, la famille, la médiation familiale », ajoute-t-elle. Aussi, revenant aux « Bureaux de Dieu », Marie-Claude Caïs déclare-t-elle : « Avoir choisi ce film, c’est
dire : voilà ce que l’on a fait, ce que l’on coûte à l’Etat. Pas beaucoup en réalité, mais même ça, ça va diminuer. Ce film, c’est également informer les citoyens sur la loi sur
l’IVG, rappeler combien elle est mal appliquée ». Alerter, aussi, sur un contexte qui n’a rien de « réjouissant » et dans lequel « la prévention liée à la sexualité est le
parent pauvre ». Sans omettre non plus les « régressions » actuellement à l’œuvre. « Avec le décret pour la reconnaissance des fœtus morts nés et la loi sur la bioéthique, des
brèches s’ouvrent et le droit des femmes à disposer de leur corps est menacé. Il y a tout ce qui se passe en Europe. En Italie, par exemple, les délais sont assez souples, mais
de plus en plus de médecins font jouer la clause de conscience et l’accès à l’IVG devient excessivement difficile ». Marie-Claude Caïs appelle à ne pas oublier que « le droit à
l’avortement n’est pas un droit fondamental. C’est une tolérance liée à la notion de détresse. Heureusement c’est la femme qui l’apprécie. Or, dans des pays voisins, il s’agit
du médecin. Et là, on peut se faire du souci ». Attention, donc, à ce que l’on considère comme acquis.
AGNES MASSEI
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