le président BERLAND veut donner du sens au mot performance. Photo SC
Enseignement supérieur. Depuis le 1er janvier l’université de la Méditerranée (U2) peut recruter
elle-même certains de ses collaborateurs et mener une politique de « performance ».
L’université de la Méditerranée (U2) fait partie des 18 premières universités françaises a être
entrée depuis le 1er janvier 2009 dans la voie de l’autonomie. Quelques jours seulement après ce changement de cap, le président Berland a précisé les contours de l’autonomie
qui va doter son université de compétences élargies en matière de gestion de son budget, de sa masse salariale et des ressources humaines.
Ces compétences étaient déjà prévues dans la loi LRU (libertés et responsabilités des universités), mais se voient aujourd’hui totalement confirmées, ce qui risque de changer
l’état d’esprit (service public) de l’université qui pourra s’inspirer des modes de gestion des entreprises privées.
« Une loi qui va obliger les universités à évaluer leurs performances. » Ce qui n’est pas fait pour déplaire au président Berland, qui aura la possibilité de recruter des CDD et
des CDI en mettant en place des comités de sélection. C’est avec des conseils d’administration réduits - le conseil de la vie scientifique passe ainsi de 40 à 30 membres - que
l’université va opérer ces grands changements. Le ministère a totalement transféré la masse salariale aux universités. Ce qui représente la bagatelle de 155 millions d’euros.
Une partie de cette somme pourra être utilisée pour valoriser le travail d’une équipe. L’autonomie ne veut pas dire que l’université pourra faire ce qu’elle veut sur le plan
financier. Il y aura un contrôle systématique du commissaire aux comptes et du recteur. Des garde-fous qui permettront de rappeler qu’il s’agit encore d’argent
public.
Autonomie jusque dans les labos
Dans le détail, les présidents pourront prendre toutes les décisions s’agissant des personnels (titularisation, détachement) et accorder davantage de
flexibilité, de moyens aux unités de recherche. Deux millions d’euros seront accordés au bénéfice de la recherche et 200 000 euros sur des actions spécifiques et 50 000 pour des
primes aux personnels investit dans le passage à l’autonomie, plus bien sûr les moyens de fonctionnement.
Un beau pactole. « Nous pourrons parler d’égal à égal. » Publication, innovation seront les maîtres mots de l’université. « Une culture du résultat », assure Yvon Berland.
Depuis 15 jours, un nouveau système de répartition des moyens est entrer en vigueur : 20% sont attribués en fonction de la performance de l’établissement en matière de formation
et de recherche (contre 3% aujourd’hui). Reste 80% sur les critères objectifs (nombre d’étudiants présents aux examens). S’ajoutent les ressources propres de l’université par le
biais notamment de fondations.
Autre chantier à venir, la gestion de l’immobilier. Si pour l’heure aucune université ne s’est vue confier la gestion de l’immobilier, le président d’Aix-Marseille 2 compte bien
renforcer ses compétences dans ce domaine (280 000 m2).
Le président se veut pragmatique : « Le ressenti sera très vite perçu. Pour ce qui concerne la performance, ce sera plus long. » L’université cherche un nouveau dynamisme, que
rien, même pas le projet de fusion avec les deux autres universités prévu pour 2010 ne saurait empêcher.
CATHERINE WALGENWITZ
Le risque d’un désengagement de l’Etat
Si les présidents d’université foncent tête baissée dans l’autonomie, pour y voir une façon plus libre de faire évoluer l’enseignement supérieur sur le terrain de la
compétitivité, il n’en demeure pas moins que la loi LRU et aujourd’hui son aboutissement avec l’autonomie n’a pas fini de provoquer des réactions de tous ordres.
Généralement, les syndicats d’enseignants et les organisations étudiantes voient dans cette loi un risque de désengagement de l’Etat, de « privatisation » des universités
s’inspirant directement du modèle américain.
Le risque étant de porter l’effort sur des filières aux débouchés certains et de créer de grands déséquilibres entre les universités elles-mêmes.
Julie Tubiana, présidente de l’Unef, craint que l’université soit de nouveau délaissée. Une université à deux vitesses. « On ne sait pas si toutes les universités arriveront à
survivre dans ces conditions. Va-t-on garantir un service public de l’enseignement supérieur ? », interroge-t-elle.
Des zones d’ombre planent encore sur ce processus qui pourrait ignorer les facultés les plus démunies. Les obligations de résultats risquent en effet de réduire les marges de
manœuvre. Au fond, quels seront les avantages de l’autonomie pour les étudiants dont on a garanti que leurs frais d’inscriptions continueraient d’être fixés par le gouvernement.
L’université saura-t-elle faire le pari de la démocratisation avec cette liberté d’entreprendre basée uniquement sur des critères financiers et oublier bien malgré elle ses
fondamentaux.
Une réponse que l’on pourra percevoir seulement à la lecture du prochain budget du gouvernement, une fois le chantier de l’autonomie achevé.
C.W.
|