« Certains médecins ont une vraie vocation et travaillent bien. Mais quand ils osent faire leur
métier en conscience, ils se heurtent à des difficultés qui peuvent aller jusqu’à un changement de service dans les 48 heures ». Parole de syndicaliste. photo
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Pénurie de médecins, manque de temps pour aller sur le terrain, proximité avec les employeurs…
Le monde de la santé au travail attend une réforme qui devrait compléter une première modification ayant du mal à porter ses fruits.
« Ce qu’il nous faut, ce ne sont pas des médecins militants mais des hommes qui sachent convaincre
». Philippe Huguier est secrétaire général de l’Association interprofessionnelle de santé et médecine du travail (AISMT 13), un des quatre services inter-entreprises de santé au
travail que recense les Bouches-du-Rhône. L’homme déboule dans ses locaux de la rue Falque, dans le centre de Marseille. Pressé mais disponible, il aime d’évidence son métier
dont le cœur est, dit-il, « le salarié ». Plus posé, le responsable juridique de l’association, Sylvain Troussard, s’en réfère aux textes : « La médecine du travail a été
officiellement définie en octobre 1946. Elle a pour but d’éviter toute altération de la santé des travailleurs du fait de leur travail ». Et d’insister : « Elle est uniquement
préventive et n’a pas de fonction de contrôle ou de prescription ».
De médecine du travail à la santé au
travail
Toutes les entreprises y sont obligatoirement soumises. Les plus grosses se débrouillent en interne pour créer un service autonome, en l’occurrence il s’agit d’Eurocopter,
d’ArcelorMittal et des raffineries. Les autres organisent des associations dont l’activité est réglementée par le code du travail et qui reçoivent un agrément de la direction
régionale du travail, agrément reconduit tous les cinq ans. Le département recense quatre services inter-entreprises et des services professionnels dans le bâtiment et la
métallurgie.
Dans ce service payé par l’entreprise, le médecin examine le patient à son embauche, lors de visites de surveillance et à l’occasion d’une reprise de travail après une
interruption de plus de 21 jours. Sans oublier les visites sur site pour appréhender l’environnement du salarié afin de formuler des recommandations visant à améliorer les
conditions de travail et toutes les actions diverses et variées de prévention et de sensibilisation. Si cela est toujours vrai, les « dosages » ont évolué depuis 2004, date de
la dernière réforme du système. « Les problèmes d’amiante ont montré que l’examen médical n’était peut-être pas suffisant et qu’il fallait rééquilibrer les choses », synthétise
Sylvain Troussard. Les visites sur les lieux de travail occupent désormais un tiers temps et, pour les réaliser, le médecin du travail est désormais secondé par un technicien,
compétent dans les domaines de la toxicologie, de l’ergonomie, de la psychologie, de la sécurité… « En fait, nous sommes passés du concept de médecine du travail à celui de
santé au travail », ajoute Sylvain Troussard avant d’affiner encore son propos : « la procédure collective prime désormais sur l’action individuelle ».
« Les médecins n’ont pas le temps de
venir sur le lieu de travail »
Voilà pour la théorie car dans les faits, selon Jean-Philippe Murru, syndicaliste CGT à Arkema et membre du Comité d’hygiène et de sécurité du Golfe de Fos, « on n’a pas vu
beaucoup de différences de puis 2004 car les médecins n’ont pas le temps de venir sur le lieu de travail. L’essentiel de leur travail se résume à la visite d’aptitude. Leur
rapport avec le salarié se résumant à cette visite, l’impact des conseils du professionnel de santé dépend du rapport qui se tisse dans le cabinet ». Mais pour lui, le nœud du
problème est dans les relations médecin/patron : « le comité doit travailler avec la médecine du travail et dans une grande partie des cas, il y a une forte dépendance avec la
direction ».
Et d’imaginer un système pour « mettre fin à ces rapports contractuels via un organisme d’état pour organiser la redistribution financière ». Se refusant à une peinture
caricaturale le syndicaliste précise : « Certains médecins ont une vraie vocation et travaillent bien. Mais quand ils osent faire leur métier en conscience, ils se heurtent à
des difficultés qui peuvent aller jusqu’à un changement de service dans les 48 heures ».
Une pénurie de
médecins
La prochaine réforme devrait, selon Philippe Huguier de l’AISMT 13, « relever surtout de l’ajustement par rapport à 2004 ». Parmi les précisions envisagées : davantage de
partenariat, « travailler en commun peut être intéressant mais il y a un vrai risque… d’éparpillement ». Pour le secrétaire général, le problème central est cependant ailleurs :
dans le numerus clausus des facs de médecine qui provoque la pénurie de praticiens. « Pourtant, nous avons de plus en plus de personnes attirées par ce métier. Avant, les
médecins choisissaient ce secteur pour la sécurité et le confort horaire. Depuis dix ans, certains viennent en toute connaissance et par réel intérêt ».
« Certains médecins sont très bons, excellents même. Ils sont partie prenante de l’entreprise et ont une vraie vocation », confirme Jean-Philippe Murru, « mais le manque
d’attrait financier nuit vraiment au volume ». Un mauvais médecin servile, il ne saurait y avoir pire cas de figure.
Reportage Angélique Schaller
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