Une infirmière déclenche le droit d’alerte à l’hôpital de Strasbourg !
Soins . Constatant une mise en danger des patients par manque de personnel, au centre hospitalier de Hautepierre, dans la capitale alsacienne, Sandra Geiss a dû « dégager sa responsabilité ».
Strasbourg (Bas-Rhin), correspondance particulière.
Comment soigner 30 patients quand on est une seule infirmière ? « Mission impossible », s’insurge Sandra Geiss. Infirmière à l’hôpital de Hautepierre, à Strasbourg, la jeune
femme de trente-deux ans a déclenché vendredi 9 janvier son droit d’alerte, procédure prévue par l’article L4131-1 du Code du travail qui permet à un employé de se dégager de toute
responsabilité s’il estime que la situation présente « un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé ainsi que de toute défectuosité qu’il constate dans les systèmes de
protection ». Sauf abus manifeste, il ne peut être sanctionné.
La sécurité, plus assurée
Sandra Geiss rejoint en 2003 le service de médecine physique et de réadaptation fonctionnelle de Hautepierre. « C’était ce que j’attendais du travail d’infirmière : la réunion de
beaucoup de spécialités et un côté relationnel », se souvient-elle. Atteints de lombalgies, de tétraplégies, de scléroses en plaques, etc., les patients souffrent de pathologies lourdes.
Souvent âgés, ils ont aussi besoin d’être écoutés et rassurés. Mais les conditions de travail se dégradent. Des collègues tombent malades, partent en congés maternité. Le seuil minimal de deux
infirmières n’est souvent plus respecté. La qualité des soins s’en ressent : « On réduit le nombre de levées, plus de toilettes complètes », égraine Sandra Geiss. Au nom de la
mutualisation des lits vacants, le service prend des patients d’autres spécialités. Le 16 décembre dernier, l’ensemble des infirmières et aides-soignantes adresse une pétition au directeur
général des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) pour attirer son « attention sur le fait que la sécurité des patients n’est plus toujours assurée ». Le 8 janvier, la CFDT
prévient la direction qu’ « il existe un danger potentiel pour les patients et une insécurité professionnelle pour les agents ». Rien n’y fait. Jusqu’à vendredi dernier, quand Sandra
Geiss décide de dire stop !
À 13 h 30, au moment de sa prise de service, Sandra Geiss se retrouve une fois de plus seule infirmière, alors que
le planning en prévoit deux. Avec deux aides-soignantes, elle est censée s’occuper de 30 patients, dont un en isolement car il porte un germe résistant aux antibiotiques. Elle doit aussi gérer
deux sorties, deux admissions, huit permissions de week-end, commander les médicaments pour la semaine prochaine. À 14 h 15, l’infirmière, soutenue par la CGT dont elle est adhérente, transmet
à la direction une lettre dans laquelle elle explique : « Je ne peux dans ces conditions-là assurer une qualité des soins optimum, ainsi que la sécurité des patients. En cas de
problème, d’incident ou d’accident, la situation décrite me contraint à dégager ma responsabilité. »
Le bien-fondé de l’alerte
Sa lettre remise, Sandra Geiss retourne dans son service. Sa démarche fait rapidement sentir ses effets. La cadre de santé du service reçoit l’ordre de sa supérieure de pallier elle-même
l’absence de la deuxième infirmière. La hiérarchie reconnaît donc de facto le bien-fondé de l’alerte. D’un coup, les gestionnaires de la pénurie deviennent des faiseurs de miracles. À 16 h 45,
Anne Metzinger, directrice adjointe des ressources humaines des HUS, annonce l’arrivée d’une infirmière à temps plein dans le service au 1er février. Vers 18 heures, la direction attribue une
autre infirmière à mi-temps. Enfin, Anne Metzinger convie ce mardi personnel et syndicats à une réunion « pour faire le point complet de la situation du
service ».
Alain Peter
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