Photo MLT
Le 3 juillet dernier, en refusant de voter le plan de redressement du Ministère, le Conseil
d’administration du Centre hospitalier Edmond-Garcin d’Aubagne a entamé un bras de fer « au nom de la défense de la santé publique ».
Ils étaient 700, peut-être plus à venir défendre leur hôpital le 30 juin dernier à l’appel du maire
d’Aubagne Daniel Fontaine. Non pas que la mobilisation ait débuté ce jour-là, bien au contraire. Mais plus que jamais, on sentait qu’il fallait franchir un pas dans la lutte
contre les réformes gouvernementales.
Le Centre hospitalier Edmond-Garcin est une institution dans ce bassin sanitaire de plus de 180.000 personnes allant de l’est marseillais à l’ouest varois.
Une référence ayant la confiance des patients : depuis 2002, sa fréquentation a augmenté de 26,5% pour les hospitalisations, de 24% pour les urgences et de 53% pour les
naissances. Sauf que malgré la modernisation de l’établissement dans les années 90, « nous sommes historiquement déficitaires » indique le directeur de l’hôpital Eric Faes,
admettant que « les moyens n’avaient pas suivi » (1).
En octobre 2008, l’Etat a validé le projet d’extension et de mise aux normes de la réanimation à l’hôpital d’Aubagne, tout en remettant en cause le projet de
Pôle Mère-Enfant.
Le choix de la mobilisation populaire
Si l’établissement aubagnais n’est pas menacé de fermeture, il risque de voir la
qualité de ses soins diminuer, à cause de la course à la rentabilité engendrée par la tarification à l’acte (T2A) dont on se demande comment elle pourrait améliorer la situation
d’un hôpital ayant déjà un déficit de 2,4 millions d’euros.
« Déficit », un mot qui fait frémir l’Agence Régionale d’Hospitalisation (ARH). Du coup, voici qu’elle présente au printemps dernier un « plan de redressement
» après avoir refusé le budget initial de 55 millions d’euros proposé par le conseil d’administration.
Ledit Plan est clair. Il entend ramener le déficit à 1,8 millions. Mais à quel prix ! Suppression de 10 lits en chirurgie, requalification d’une dizaine de
lits de médecine en court séjour de gériatrie. Le service d’ophtalmologie sera réduit à sa seule dimension de consultation et les gardes et astreintes seront réorganisées. Sans
parler des économies sur le traitement du linge ou à travers le retrait de la bouteille d’eau gratuite aux patients. De plus, de nombreux départs en retraite ne seront pas
remplacés.
Cette course à la rentabilité, les agents hospitaliers doivent la subir au quotidien. Lors de la réunion publique Christian Lecas (CFDT) avait rappelé « les
non-remplacements et les horaires ahurissants » tandis que Béatrice Rastello (CGT) avertissait : « les personnels sont de plus en plus stressés avec des conséquences graves sur
les soins apportés aux usagers ». Des propos prémonitoires, tenus 6 mois avant les accidents en chaîne survenus dans les hôpitaux français…
Le maire d’Aubagne a appelé la population à se mobiliser, histoire d’obtenir un soutien en vue d’une « première » : le refus par le conseil d’administration
qu’il préside de voter le plan de redressement du ministère. « Nous n’avons pas le choix » avait-il indiqué, « soit nous le votons et nous mettons le doigt dans un engrenage,
soit c’est à l’ARH de revoir sa copie ». C’est cette solution qui a été choisie. Le 3 juillet, 11 voix s’opposent au plan du ministère, 6 l’acceptent et 1 s’abstient. Un acte
majeur même si le plus dur reste à faire.
Les relais locaux de la politique gouvernementale se
positionnent
Rapidement, le Comité de défense « Agir pour l’hôpital public d’Aubagne » voit le
jour. Celui-ci adhère à la Coordination nationale de défense des hôpitaux de proximité. Des réunions publiques se tiennent dans les communes du Pays d’Aubagne et de l’Etoile
pour informer sur les enjeux.
On le sent bien, la question de l’avenir de l’hôpital est un sujet sensible. Au niveau local, les élus de Gauche travaillent en relation avec la mobilisation
populaire. Quant à la Droite, on remarque deux sons de cloches. Alain Grégoire, élu Nouveau Centre et ancien directeur des urgences d’Aubagne nie les difficultés de l’hôpital et
crient à la « manipulation ». Quant à Gérard Gazay (UMP), il admet les difficultés de l’hôpital pour mieux défendre la nécessité du Plan de Roselyne Bachelot jugé « pertinent »
(2)...
Chez les élus de la majorité présidentielle l’idée du rapprochement avec le privé est sous-jacente même si l’hôpital a déjà été fait cocu une fois en voyant
l’IRM lui passer sous le nez au profit de la clinique de La Casamance.
Le partenariat public-privé c’est le choix fait à La Ciotat. Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP alors ministre de la Santé, était venu en vanter les
mérites en 2007. La clinique bénéficiera des installations de l’hôpital public dont un scanner. Coût de l’opération : 41,6 millions dont 34,6 investis par le public et 7 par le
privé.
L’engrenage est en marche…
(1) La Marseillaise du 30 juin 2008.
(2) La Marseillaise du 21 novembre 2008.
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