Editorial par Maurice Ulrich
Pourquoi Sarkozy est allé à Saint-Lô pour prononcer des voeux ?
Mais pourquoi donc aller à Saint-Lô ?
La charmante et modeste préfecture de la Manche n’en demandait pas tant, qui recevait hier le chef de l’État pour
ses voeux aux enseignants, assortis de quelques nuages de lacrymogènes. Bonne année ! Pourquoi Saint-Lô ? Après s’être occupé des affaires du monde en donnant le sentiment que tout
allait changer pour que tout continue de plus belle comme avant, le président entend montrer sans doute qu’il se rapproche des Français et qu’il les entend. Ainsi, il a entendu le malaise de la
jeunesse. Il a, pour y répondre, nommé un haut-commissaire, Martin Hirsch, et lancé une mission sur le lycée, qui devra « associer tous les lycéens de France ».
Déjà le président, la semaine passée, était à Strasbourg pour ses voeux aux personnels hospitaliers dont il a aussi entendu le malaise. C’est, leur a-t-il expliqué en substance, que vous êtes mal organisés. Ce que confirmait du reste le week-end et dans le Journal du dimanche, Philippe Juvin, chef des urgences à Beaujon et, par ailleurs, secrétaire national de l’UMP chargé de la santé, qui se fie pour cela à des études américaines. Les causes des défaillances tiennent à des erreurs d’organisation.
Les hôpitaux américains, comme on sait, sont un exemple pour le monde entier. Où Nicolas Sarkozy va-t-il aller désormais ? Question malaise, il n’a que le choix, mais qu’on nous protège de ses voeux.
Qui croit-il abuser ? Les manifestants qui l’ont accueilli à Strasbourg, qui étaient des milliers à Saint-Lô ? Il voudrait associer tous les lycéens de France à la réforme des lycées. Mais il ne les a pas entendus ! Voila des semaines maintenant qu’ils rejettent une réforme que le ministre de l’Éducation nationale a dû mettre de côté en attendant des jours meilleurs. Voilà des semaines qu’ils clament dans la rue leur refus des 13 500 suppressions de postes dans l’éducation nationale. Il n’y a pas à faire semblant de leur donner la parole. La parole, ils l’ont prise. Cela ne suffit pas ?
Ils seront encore dans la rue le 17 janvier et déjà on entend les commentaires du côté de la majorité. Comment, le président les a entendus et ils n’en démordent pas ? C’est de la manipulation. Manipulation aussi pour les hôpitaux. Les tragiques erreurs qui ont marqué ces derniers temps l’actualité sont instrumentalisées d’une manière indigne. Mais voila des mois que les personnels dénoncent des logiques de rentabilité et de flux tendu qui, précisément, conduisent à ces erreurs à l’hôpital. Le gouvernement ne fait pas que botter en touche en parlant d’organisation. Il veut prendre appui sur les problèmes posés pour exiger de la rentabilité, faire des directeurs d’hôpital des patrons et encourager toujours plus le passage au privé des soins les plus lucratifs.
Le retour au terrain de Nicolas Sarkozy, après les tapis rouges, va être secoué. Dans leur majorité, les Français
sont insatisfaits de son action face à la crise. Ils rejettent majoritairement ses réformes dont celle des lycées ou le travail du dimanche. Voici un an tout juste, c’était sa personnalité qui
faisait problème, résumée avec le « bling-bling ». En ce début d’année, c’est sa politique qui ne passe pas. Il s’est flatté la semaine passée d’être un omniprésident, et non un roi
fainéant. Mais qu’est-ce qu’un omniprésident qui non seulement ne produit rien au regard des attentes, mais dont la politique va à contresens de leurs aspirations en matière de sécurité de
l’emploi, de pouvoir d’achat. Dans la crise, le chef de l’État et le gouvernement n’ont sécurisé que les banques, les plus riches et les dividendes. Pour le reste, pour l’hôpital, pour
l’éducation nationale, il n’est pire sourd, on le sait, que ceux qui ne veulent pas entendre.
Parce qu’ils entendent trop bien.
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