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International - Article paru le 9 janvier 2009 dans l'Humanité

 

Gaza : « Israël veut imposer un apartheid aux Palestiniens » !

Jeff Halper, coordinateur du Comité israélien contre la destruction des maisons, pointe les raisons de la guerre.


Frontière de la bande
de Gaza, envoyé spécial.


Jeff Halper est venu aux portes de la bande de Gaza avec d’autres pacifistes israéliens avant-hier pour dire publiquement sont refus de la guerre. Il y a quelques semaines il était à Gaza, venu avec un bateau de solidarité internationale, affrété depuis Chypre et qui a brisé le blocus maritime israélien.


Que pensez-vous des raisons invoquées par Israël pour mener cette guerre ?


Jeff Halper. C’est une guerre de pacification. Israël n’essaie pas seulement de pacifier, de détruire le Hamas comme seule résistance effective contre l’occupation israélienne, ayant neutralisé le Fatah, Abou Mazen et l’Autorité palestinienne. Il veut pacifier le peuple palestinien. C’est le fameux « shock and awe » (choquer et effrayer - NDLR), comme on a vu en Irak. Le message israélien aux Palestiniens est « trop, c’est trop », « tolérance zéro ». C’est là que se situe la connexion avec le processus d’Annapolis, ce qu’on ne remarque pas suffisamment. Tout le monde pense que ce processus est dépassé. Pas du tout. Israël se dirige vers un apartheid. Il veut s’étendre sur 85 % du pays, incorporer les grands blocs de colonies, contrôler le Jourdain et Jérusalem et laisser les Palestiniens dans un mini-État formé de quatre îles, trois en Cisjordanie et une à Gaza. C’est ça le but. Tout est en place. Les Américains sont derrière, Abou Mazen est derrière de même que les Égyptiens, les Saoudiens et l’Europe. La seule chose qui ne va pas, ce n’est pas tant le Hamas que sa capacité à exprimer la volonté du peuple palestinien. Les Palestiniens ne sont pas nécessairement d’accord avec l’idéologie du Hamas et son programme. Le Hamas représente peut-être 10 % de la population mais a obtenu 45 % des votes. La plupart des Palestiniens le voient cependant comme la résistance. Israël veut donc intimider le Hamas. C’est pour cela qu’Israël le vise. Mais il n’y arrivera pas. Parce qu’on ne peut pas vaincre un peuple. Dans l’esprit militaire israélien, on pense que si on choque et effraye suffisamment les Palestiniens, ils abandonneront. Là, Abou Mazen reprendra le contrôle de Gaza et on verra l’aboutissement du processus d’Annapolis. Le timing est le suivant : il y a un chèque en blanc de Bush pour créer des faits sur le terrain, ce qu’Israël a toujours fait, qu’Obama ne pourra que reconnaître.


Pensez-vous que le voyage du président français se situe dans ce cadre ?


Jeff Halper. Il est difficile de comprendre ce que veut Sarkozy. Il parle d’un cessez-le-feu humanitaire. Ce qui signifie qu’il ne pose pas le problème en termes politiques. Il ne dit pas qu’il faut résoudre le conflit, qu’il faut parler au Hamas. C’est tout le problème. Si le cadre n’est qu’humanitaire, il n’y a pas de problèmes pour Israël. Il peut autoriser des camions à entrer et dire qu’il n’est pas contre le peuple palestinien. C’est donc assez une étrange approche non politique par rapport à une guerre. Sarkozy ne traite pas de l’aspect politique de cette guerre, pourquoi ça se passe. Il n’y aurait que l’humanitaire. Pas de problème pour Israël qui peut ainsi continuer. C’est une approche terrible. Mais il y a autre chose. Gaza est un terrain d’essai. Israël se fait le pionnier d’une nouvelle façon de mener une contre-insurrection. La guerre est en train de changer et se déroule désormais dans les villes. Israël veut montrer aux États-Unis et à l’Europe combien il contribue à la guerre contre la terreur. Cce qu’on peut appeler les « règles de Géorgie », en référence à la guerre de cet été entre la Russie et la Géorgie. Cette règle peut s’énoncer ainsi : on ne peut pas séparer les combattants des civils. Dans une telle situation, une armée a deux objectifs : protéger ses soldats et remplir sa mission. Les civils ne peuvent entrer dans cette équation. Donc on ne remplit pas les conditions voulues par les lois internationales concernant la séparation des civils et des combattants. On fait usage de tous les moyens dont on dispose, même si on est dans des zones densément peuplées. Israël crée un précédent qui se reproduira par la suite, sera intégré dans la stratégie militaire. Ce qui détruit toute approche de la guerre d’un point de vue des droits humains, celle qui dit qu’on ne peut pas attaquer des civils. Israël dit : oui, on peut attaquer des civils, on doit attaquer les civils.


Que pensez-vous de l’attitude de l’Union européenne qui a rehaussé le statut d’Israël ?


Jeff Halper. Israël se dit qu’il gagne. Pourquoi passer des compromis, négocier si vous pouvez gagner ? Israël se dit que sa réputation internationale se porte bien, Obama et McCain se sont battus pour savoir qui était le plus pro-Israël, l’Union européenne rehausse son statut, il n’y a plus d’attaques terroristes sur le territoire israélien. Tout va bien. C’est pourquoi Israël se permet de faire ce qu’il fait sans être vraiment embêté par les Américains et les Européens qui lui laissent le temps de faire ce qu’elle veut. Pendant ce temps-là rien n’est dit sur la colonisation, sur la construction du mur… Israël pense qu’il peut imposer un régime d’apartheid sur les Palestiniens comme les Blancs en Afrique du Sud, avec le soutien de la communauté internationale.


Entretien réalisé par P. B.

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Tag(s) : #Monde
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