Des lycéens très encadrés !
Éducation . Reprise en douceur de la mobilisation avec quelques milliers d’élèves dans les rues de France. « Un tour de chauffe » (dixit la FIDL) sous haute surveillance policière.
« Y en a marre de ces guignols qui ouvrent des prisons et ferment les écoles ! »
Non, ce n’est pas du Victor Hugo mais le cri de guerre des milliers de lycéens qui, hier, ont battu le pavé parisien en direction du ministère de l’Éducation. Tête de turc des
manifestants : un ministre qui, depuis le temps, doit savoir où ils « se mettent » sa réforme des lycées. Et à qui ils demandent qu’il renonce aux 13 500 suppressions de postes
dans l’Éducation prévues à la rentrée prochaine. L’UNL et la FIDL, les deux principales organisations lycéennes, ont fait de cette condition un préalable à toute reprise des discussions. Mais,
malgré les promesses d’un Darcos prêt à tout « reprendre à zéro », voire à relancer une vaste « consultation », sa volonté de dialogue se traduisait surtout par une présence
policière des plus conséquentes, en manifestation comme aux abords des établissements scolaires : « Apparemment, dans plusieurs lycées, les policiers ont dispersé toute tentative de
blocage ou de rassemblement, nous a expliqué Antoine Evenou, de l’UNL. C’est le signe que le gouvernement a peur de la mobilisation des lycéens. »
« Pour nous, c’est un succès »
Pour Alix Nicolet, de la FIDL, « on assiste à un durcissement puisque la présence de la police est désormais systématique, voire préventive. Ce n’est ni plus ni moins de l’intimidation.
Mais si le pouvoir croit que c’est ainsi qu’ils vont empêcher les lycéens de se faire entendre, il se trompe. Pour nous, des manifestations réunissant des milliers de personnes, des dizaines de
lycées bloqués, des centaines d’AG trois jours après la rentrée, c’est un succès. » Pas étonnant d’ailleurs qu’on se fasse rappeler à l’ordre lorsqu’on ose demander si le mouvement a du
mal à reprendre : « Le mouvement, il a pris puisqu’on est là. Cela fait plus de deux mois qu’on est mobilisé, nous rétorque-t-on. Et il n’y a pas que les lycéens. Il y a aussi des
profs avec nous… »
Jean-Michel, conseiller d’orientation à Créteil et militant du SNES-FSU, lui, craint que le gouvernement « ne veuille faire des exemples et que les lycéens, se mobilisant aussi pour éviter les suppressions de postes, ne payent, en quelque sorte, pour nous ». En tête, la répression qu’ont connue les élèves du lycée Joliot-Curie à Nanterre (lire par ailleurs), les camarades de Gaëlle et de
Sarah - mises en examen l’une pour « menaces de mort et atteinte aux biens », l’autre pour
« outrages » - nous confirmant défiler aujourd’hui « pour le retrait de la plainte de la proviseure comme de la réforme de Darcos ». Même son de cloche de la part d’Édouard,
élève au lycée professionnel d’Asnières : « On ne se contentera pas d’un recul. »
Quatre lycéens arrêtés près de Rouen
Car, comme nous l’expliquent Rui et Faustine, du lycée Voltaire à Paris : « On n’est pas dupe. S’il a repoussé sa réforme, c’est pour la faire passer cet été pendant qu’on sera en
vacances. Mais on ne laissera pas faire », assurent ces lycéens qui ont bloqué leur établissement et qui, mardi déjà, ont tenté d’organiser un rassemblement « sauvage » place de
la Concorde : « Mais on a été rapidement rappelé à l’ordre ». Et, vu la mobilisation policière hier, face à la reprise en douceur de celle des lycéens, il va falloir s’y
habituer. Comme à Saint-Étienne du Rouvray (près de Rouen), par exemple, où quatre lycéens ont été interpellés après l’incendie d’une voiture. Pour reprendre l’expression de la FIDL, en
attendant les mobilisations à venir du 17 et du 29 janvier, hier n’était qu’un « tour de chauffe ».
Sébastien Homer
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