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International - Article paru le 9 janvier 2009 dans l'Humanité

Gaza : Tel-Aviv intensifie sa sale guerre !



GAZA . Le nombre de victimes civiles s’alourdit d’heure en heure, les avions, les hélicoptères et la marine pilonnant comme jamais le territoire. Des ONG et la Croix-Rouge hurlent leur indignation.


Frontière de Gaza,
envoyé spécial.


Un jour de plus. Un jour de plus de destruction et de morts. Les avions et les hélicoptères israéliens se sont déployés comme jamais semant la terreur au sol suivant la fameuse formule américaine « shock and awe », « choquer et effrayer ». Alors que les combats se poursuivaient dans les localités toutes proches de Gaza City, l’armée israélienne a particulièrement frappé le sud de la bande de territoire, le long de la frontière avec l’Égypte.


Plus les jours passent plus les civils tombent. « Près de 30 000 personnes ont fui la zone frontalière de Rafah », explique Ahmed Keshta depuis cette localité du sud de la bande de Gaza qui borde l’Égypte. « Hier les Israéliens ont lancé des tracts par avion disant qu’il fallait quitter les lieux parce qu’ils allaient bombarder. Vingt-cinq maisons ont été détruites par ces attaques. Ce matin beaucoup de gens essayaient encore de fuir, certains emmenaient des affaires avec eux mais partaient sans rien, précipitamment. Sur la partie est du secteur, les chars israéliens se sont positionnés à l’aéroport de Rafah. À Khan Younès, deux personnes ont été tuées par des obus de chars. »


Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a accusé l’armée israélienne de l’avoir empêché d’accéder à des blessés palestiniens à Gaza, dont des enfants coincés pendant cinq jours dans leur maison avec le corps de leur mère tuée dans des combats. Des ambulances n’ont été autorisées que mercredi - soit cinq jours après le début des combats - à accéder à plusieurs maisons dans le quartier de Zeitoun, à Gaza ville, où se trouvaient des blessés et des morts. « Les militaires israéliens devaient avoir connaissance de la situation mais n’ont pas porté secours aux blessés. Elle n’a permis, ni à nous ni au Croissant-Rouge Palestinien (PRCS), d’aider les blessés », a souligné Pierre Wettach, le directeur du CICR pour Israël et les territoires palestiniens.


Une équipe d’ambulanciers « a trouvé quatre enfants à côté de leur mère morte dans l’une des maisons. Ils étaient trop faibles pour se tenir debout. Un autre homme a aussi été découvert vivant, lui aussi trop faible pour se relever », a précisé le CICR. « Au total, 12 corps reposaient sur des matelas » dans cette maison, ajoute-t-il. Dans une autre maison du quartier, les ambulanciers ont découvert « 15 survivants de la même attaque, dont plusieurs blessés. Dans une autre maison encore, ils ont trouvé trois corps supplémentaires », ajoute le CICR. « Pour les ambulances c’est très difficile, ils ne peuvent pas s’approcher des lieux où se trouvent les Israéliens », témoigne Ahmed Keshta. « Aujourd’hui, avec l’aide de la Croix-Rouge, 50 corps ont pu être récupérés. Mais on ne peut pas enterrer les morts. Les corps sont mis à l’hôpital pour être identifiés par les familles et sont ensuite entreposés. » Ahmed signale qu’aujourd’hui c’était relativement calme de 13 heures à 16 heures. Mais à 16 heures très exactement j’ai vu moi-même deux roquettes s’abattre sur une maison. Cette nuit ça va être encore terrible sur la frontière.


Les négociations n’avancent pas entre les Égyptiens et les Israéliens. Le Hamas étudie encore le plan proposé par l’Égypte et la France, mais ce vendredi le mandat de Mahmoud Abbas prend fin, alors il ne faut pas s’attendre à ce que les opérations s’arrêtent ». Malgré cette interruption des combats, des soldats israéliens ont ouvert le feu sur un camion qui participait à une mission d’aide de l’ONU dans la bande de Gaza et tué le chauffeur, a annoncé Adnan Abou Hasna, un porte-parole des Nations unies encore sur place. L’incident s’est produit lors d’une pause décrétée par Israël pour autoriser l’acheminement de l’aide humanitaire dans le territoire palestinien. Il a précisé que l’ONU coordonnait la livraison de l’aide avec Israël et que le véhicule présentait les insignes et un drapeau des Nations unies au moment où les tirs ont eu lieu. Après l’attaque d’une école de l’ONU qui a fait quarante morts, le drapeau des Nations unies sert visiblement de cible aux soldats israéliens.


« Nos sources à Gaza ont indiqué que des soldats israéliens étaient entrés et avaient pris position dans plusieurs maisons palestiniennes en contraignant les familles à rester dans une pièce au rez-de-chaussée pendant qu’ils utilisaient le reste de leur maison comme base militaire et poste pour leurs tireurs embusqués », a dénoncé Malcolm Smart, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International. « Cette pratique accroît de toute évidence les risques pour ces familles palestiniennes et signifie de fait qu’elles sont utilisées comme boucliers humains. » Une pratique courante pour l’armée israélienne qui se protégeait de cette manière pour avancer dans les rues du camp de Jénine en avril 2002. Israël utilise également des armes au phosphore blanc dont la caractéristique est de brûler les peaux jusqu’à l’os, sectionnant même les membres. Cette utilisation est visible car les roquettes qui transportent ce combustible éclatent en l’air formant de longs filaments semblables à une méduse.

Comme toujours, l’armée israélienne explique qu’elle utilise cette arme uniquement pour faire écran de fumée afin de protéger ses soldats ce qui lui permet de ne pas enfreindre la loi internationale à ce sujet. Les missiles sont également constitués d’uranium appauvri dont on sait les dégâts que cela provoque : pollution, malformation des nouveau-nés… Mais les seuls journalistes qui peuvent maintenant entrer sont « embeded », c’est-à-dire qu’ils sont sous le contrôle de l’armée israélienne. Il n’y a aucune liberté de mouvements. L’information est encore muselée.

Les chaînes de télévision israéliennes passent des images en boucle où l’on voit les soldats patrouiller dans des rues, brandir des uniformes de combattants du Hamas, où encore manger des sandwiches. Au détour d’un plan, cependant, on aperçoit les membres d’une même famille assis à même le sol pendant que les soldats investissent la maison. On voit encore de longues files d’hommes, menottés et les yeux bandés, dont on ne sait pas où ils sont emmenés. Des scènes qui vont se reproduire dans les jours prochains, Israël se satisfaisant d’un arrêt des combats trois heures par jour, bombardant à outrance le reste du temps et alors qu’à l’ONU aucune résolution n’est encore prise par un Conseil de sécurité présidé par la France.


Pierre Barbancey

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Tag(s) : #Monde
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