Automobile : 7000 personnes sont venus soutenir les salariés de SBFM !
Hennebont (Morbihan), envoyé spécial.
Au revers de son manteau, René Le Bourvellec, secrétaire CGT du comité d’entreprise de la Société bretonne de fonderie et de mécanique (SBFM), implantée depuis 1966 à Caudan (Morbihan), dans la
banlieue de Lorient, et aujourd’hui gravement menacée après une mise en redressement judiciaire en novembre dernier, a piqué des petits pin’s. Gage d’élégance ou démonstration ostentatoire de
ses goûts ? Les deux losanges barrés d’un acronyme a priori étranger rappellent une évidence : le constructeur automobile Renault et la fonderie SBFM ont partie liée. « Ce sont
des antiquités, admet le syndicaliste, mais on les ressort parce qu’aujourd’hui ils sont plus que jamais d’actualité. On prépare même de nouveaux autocollants avec le losange de Renault et le
sigle de la SBFM… » Sur l’un des deux pin’s de René, il est écrit : « L’emploi, c’est la vie. »
Un cri du coeur partagé par la grande foule qui a envahi, samedi matin, les rues d’Hennebont, une petite bourgade
voisine. À l’appel de la CGT de l’entreprise, rejoint par les unions départementales CGT, FSU, Solidaires, FO et CGC, 7 000 personnes d’après les organisateurs (2 000 selon la police) ont
défilé dans les rues étroites de cette ville qui fut longtemps au centre de l’histoire sociale et ouvrière de tout le département. Tous sont venus soutenir la principale revendication des 560
salariés de la SBFM - que Renault reprenne en son sein la fonderie externalisée en 1998 ou, à tout le moins, que le constructeur automobile garantisse les investissements nécessaires à une
relance - et, plus globalement, « défendre l’emploi dans le Morbihan ». « Nous n’accepterons sous aucun prétexte un enterrement de première classe, ni le moindre licenciement sur
le site de la SBFM, avertit sous les vivats Pierre Le Ménahès, délégué syndical CGT de la fonderie. L’heure est à la mobilisation générale. Nous sommes tous concernés : défendre l’emploi
des salariés de la SBFM, c’est défendre l’emploi de tous les salariés du département. »
Gros risques de « casse sociale »
La veille de la manif, dans les locaux syndicaux de la SBFM, où la CGT, en situation de quasi-monopole, peut prendre ses aises, Pierre Le Ménahès reparcourt, au calme et sous l’étoile du Che,
le chemin vers une « véritable casse économique et sociale » : création de la fonderie par la régie Renault en 1966 sur les cendres des forges d’Hennebont, et surtout grâce aux
luttes qui se sont développées à cette époque, « externalisation » des fonderies, dont celle de Caudan, à la fin des années 1990, rachat par la branche fonderie de Fiat (Teksid), puis
nouvelle cession, début 2006, à Florindo Garro, un petit industriel italien en passe de constituer un modeste conglomérat d’usines spécialisées dans le secteur… Placé en redressement judiciaire
le 28 novembre par le tribunal de commerce de Lyon, le groupe Zen, qui entend présenter un « plan de continuation » le 20 janvier, risque d’entraîner dans sa chute la SBFM dans le
Morbihan, mais aussi les diverses fonderies du groupe Rencast (900 salariés), Florence et Peillon à Lyon (400 personnes), ou Fabris à Châtellerault (380 salariés). « Dans le contexte
actuel, la crise a vraiment bon dos, estime-t-il. Les dirigeants du groupe saisissent l’opportunité pour nous enfoncer la tête sous l’eau, mais nos problèmes, nous le savons pertinemment,
remontent à bien plus longtemps. En vérité, c’est très simple : le leitmotiv à l’époque de l’externalisation par Renault, c’était la diversification des clients, mais que ce soit avec
Teksid ou avec Garro, on n’a jamais d’apports de pièces nouvelles. Aujourd’hui comme hier, Renault est notre principal client, à hauteur de 67 %, et PSA arrive derrière, avec
17 %. »
Alors qu’à cause du chômage partiel le parking de la fonderie est déjà presque désert et qu’un chuintement, trop discret pour ne pas être suspect, émane de l’usine, Pierre Le Ménahès énumère sévèrement les erreurs commises ces dernières années : « Pour nous, c’est très clair, il n’est pas question de continuer avec l’actionnaire actuel, qui a une méconnaissance totale du secteur. En fait, c’est plus un artisan qu’un industriel ; il n’a jamais compris que, dans une fonderie, il fallait faire des investissements importants pour que ça tourne. Comme ses prédécesseurs de Teksid, Florindo Garro ne nous a jamais donné les moyens humains et matériels pour fonctionner. Les départs des anciens, à travers les plans amiante, nous ont fait perdre des compétences et des savoir-faire, sans qu’on ne cherche jamais à les remplacer. On a réduit à zéro les coûts de maintenance, c’était une absurdité économique !… »
À l’intérieur de la SBFM comme sur la place publique, la revendication d’un retour dans le giron du constructeur
automobile est portée avec force. « Renault a dû reprendre la fonderie de Cléon du fait des problèmes d’approvisionnement, rappelle encore le syndicaliste (lire page 3). Pour nous, c’est
exactement pareil. La SBFM est incontournable, stratégique et indispensable au fonctionnement de Renault. » Venus avec une petite délégation du Mans (Sarthe), où sont usinés les
collecteurs d’échappement et les porte-fusées fabriqués à la SBFM, quelques syndicalistes CGT de Renault confirment : « Carlos Ghosn a promis l’année dernière qu’il regarderait la
situation des fonderies de très près, rapporte Xavier Raynaud. Là, c’est vraiment le moment de le faire. Il faut réintégrer la SBFM dans Renault. »
Rendez-vous mardi au ministère
Demain mardi, le « comité de résistance pour l’emploi à la SBFM », constitué de représentants syndicaux et d’élus locaux de gauche comme de droite, a rendez-vous au ministère de
l’Économie pour défendre cette option. À la tête du bataillon d’écharpes tricolores présentes dans le défilé samedi, Gérard Perron, maire et conseiller général PCF d’Hennebont, veut croire
qu’il est possible de relancer la SBFM : « En 1966, quand les forges d’Hennebont ont été fermées, les gens se sont battus et ils ont contraint le pouvoir à lancer cette fonderie de
Renault. Cette tradition des luttes ouvrières a nourri notre territoire de génération en génération. C’est ce qu’on voit aujourd’hui dans la rue… » Faute d’une reprise par Renault, depuis
son bastion fort de 400 syndiqués (sur 560 salariés), Pierre Le Ménahès promet que les salariés, rompus aux grèves dures et aux occupations de leur fonderie, « rendront tous les
coups ».
Thomas Lemahieu
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