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International - Article paru le 20 décembre 2008 dans l'Humanité

 

Massacres des Arméniens, le sujet n’est plus tabou en Turquie !



Ankara . La pétition demandant pardon aux Arméniens a recueilli 11 000 signatures. Le président prend ses distances à l’égard du premier ministre, qui ne la soutient pas.

La question arménienne - les massacres commis par l’armée ottomane en 1915 - n’est plus un sujet tabou en Turquie. En lançant une pétition signée par plus de 11 000 personnes dans laquelle elles demandent « pardon » aux Arméniens, les auteurs de ce document ne s’attendaient pas à rencontrer autant de succès dans un pays où parler des 1,5 million d’Arméniens massacrés par les Ottomans est passible de prison. « Ma conscience ne peut accepter que l’on reste indifférent à la Grande Catastrophe (terme désignant le génocide arménien) que les Arméniens ottomans ont subie en 1915, et que l’on nie. Je regrette cette injustice et, pour ma part, je partage les sentiments et les peines de mes soeurs et frères arméniens et je leur demande pardon », lit-on dans le document circulant sur la Toile.

Ce texte a soulevé une levée de boucliers des milieux nationalistes et conservateurs turcs, relayés par les médias de la droite extrême. Le MHP (Parti de l’action nationaliste) a dénoncé « ces soi-disant intellectuels » qui veulent « transformer en champs de bataille les valeurs sociales et spirituelles de la société turque ». Au nom de leurs 42 collègues assassinés entre 1974 et 1984 par l’Armée de libération de l’Arménie (ASALA), une soixantaine d’anciens diplomates turcs, qui ont qualifié cette pétition de « trahison », se sont demandé si ses auteurs « ont songé à s’excuser auprès des victimes du terrorisme arménien à travers l’histoire » ! Et quand on connaît le degré de nuisance de ces milieux nationalistes et négationnistes, il est facile d’imaginer des risques encourus par les auteurs de ce texte. Pour avoir évoqué en août 2005, dans un entretien à la presse suisse, « le massacre d’un million d’Arméniens et de 300 000 Kurdes », l’écrivain et prix Nobel Orhan Pamuk, poursuivi en justice avant d’être relaxé, a été contraint à l’exil suite aux menaces à son encontre. Deux ans plus tard, en janvier 2007, le journaliste d’origine arménienne Hrant Dink a été assassiné par un jeune extrémiste turc à Istanbul !

Au plan politique, le premier ministre Tayyip Erdogan, qui avait pourtant encouragé en 2005 la tenue d’une conférence sur les massacres de 1915, a négativement réagi : « Je n’accepte pas cette campagne, je ne la soutiens pas et je n’y prends pas part », a-t-il déclaré. Telle n’est pas la position du chef de l’État turc, Abdullah Gül, qui a choisi de positiver cette affaire. « L’avis du président est que le fait que cette question soit débattue librement dans des cercles académiques et publics est une preuve de la présence d’une discussion démocratique en Turquie. » En juillet 2007, à l’occasion d’un match de football opposant les deux équipes nationales, il a été le premier chef d’État de la Turquie moderne à se rendre en Arménie et à tenter un rapprochement entre les deux pays.

Quoi qu’il en sera, le débat de mémoire est lancé en Turquie, car ils sont de plus en plus nombreux ces intellectuels turcs qui veulent que toute la vérité soit dite sur un événement que l’histoire officielle continue de nier.

Hassane Zerrouky

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Tag(s) : #Monde
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