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Politique - Article paru le 20 décembre 2008 dans l'Humanité


Editorial par Patrick Le Hyaric

Le président Sarkozy s’énerve…



Par Patrick Le Hyaric


En déplacement jeudi dans les Vosges, le président de la République s’est montré très excédé par les cailloux jetés par le peuple dans sa belle machine, prétendument invincible. Son problème est que toutes les belles paroles qu’il a déversées depuis des années sur le pays, en faisant croire qu’il allait résoudre tous les problèmes, lui reviennent à la figure comme un boomerang. L’histoire qu’il racontait chaque jour aux Français n’était qu’une fable. Il prétendait aller chercher la « croissance avec ses dents ». Voilà que nous sommes dans une grave récession qui pourrait malheureusement déboucher, dans les mois à venir, sur un véritable chaos social. Ce sempiternel mot d’ordre « du travailler plus pour gagner plus » n’était qu’un château de cartes. Travailler plus ! Le chômage a repris une dramatique courbe ascendante. Des centaines de milliers de travailleurs, de cadres sont contraints au chômage partiel et à la précarité. Quant à gagner plus ? Il n’a pas été dégagé un seul euro pour les salaires. Chacun comprend aujourd’hui que l’allongement de la durée hebdomadaire du travail, le travail du dimanche, le recul de la retraite à 70 ans et la précarité érigée en mode de gestion de l’emploi n’ont pour seul objectif que de renforcer la surexploitation de ceux qui travaillent.

Cela est d’autant plus facilité que le nombre de chômeurs et l’insécurité de l’emploi augmentent.

C’est précisément l’origine de la crise. Et en tentant de profiter de celle-ci pour accélérer le démantèlement des droits sociaux, économiques, démocratiques, M. Sarkozy aggrave la crise elle-même. Le plan dit de relance, annoncé hier, vise la relance des places boursières mais n’aura aucun impact positif sur la vie quotidienne de ceux qui n’ont que leur travail ou leur retraite pour vivre. Sa colère contre l’opposition, avant-hier, est un aveu en ce sens. « Si l’opposition a des idées pour résoudre les problèmes des Français, qu’elle n’hésite pas à les donner », a-t-il lancé vert de rage. Remarquons d’abord que ses choix sur le travail du dimanche, les coups portés aux hôpitaux, à la carte judiciaire, à l’enseignement, la privatisation de La Poste, le service minimum, les cadeaux aux plus riches, dont le feu amendement Marini tentant d’exonérer d’impôts les boursicoteurs qui ont perdu de l’argent, sont contestés, y compris au sein de la majorité.


Quant aux propositions « pour résoudre les problèmes », qu’il nous soit permis de lui en suggérer quelques-unes pour faire face aux urgences sociales. Puisque les caisses ne sont pas vides, décidons immédiatement d’impulser une augmentation des salaires et des retraites. Bloquons les plans de licenciements dans les entreprises qui font des profits. Pour les entreprises en difficulté, des commissions spéciales, associant les représentants des salariés, les élus, les banques et l’État, doivent examiner leur situation et
y soutenir l’activité et l’emploi par un crédit sélectif et bonifié par l’État. Conditionnons l’aide aux banques à de nouveaux critères d’attribution des crédits pour l’emploi et la formation. Engageons la réflexion et des expérimentations pour une sécurité sociale professionnelle. Le plus grand plan social, celui de la suppression de 30 000 postes dans les services publics, doit être annulé. Que l’ignoble bouclier fiscal protégeant les riches soit remplacé par un bouclier social pour les plus pauvres. Un plan audacieux pour que toute personne ait un toit et puisse manger à sa faim doit être inventé.


Ceux qui luttent aujourd’hui contre les actuels choix négatifs, au Parlement comme dans la rue, n’organisent pas « la pagaille », comme le dit M. Sarkozy. De telles menaces ont déjà servi dans le passé pour faire accepter l’autoritarisme du pouvoir en place. Prenons-y garde. Le peuple crie justice et rien d’autre. Quant à suivre le monarque élyséen déclarant, dans le même déplacement, « qu’on attende calmement les prochaines élections ». C’est un inacceptable appel à la soumission au pouvoir. C’est aujourd’hui que l’argent doit servir à sortir de la crise et non pas à engraisser toujours les mêmes profiteurs.

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Tag(s) : #Politique
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