Politique - Article paru le 21 novembre 2008 dans l'Humanité
Face à la crise
Suppressions d’emplois, c’est au tour de PSA !
Renault a ouvert la voie il y a deux mois. PSA est à présent dans son sillage. Peugeot-Citroën a dévoilé hier un plan de suppressions de 3 550 postes. Intitulé « projet de redéploiement des emplois et des compétences », il sera présenté en CCE le 2 décembre. Comme le plan dégainé par Renault en septembre, le projet de PSA s’articule en deux volets, un qui concerne tout le groupe et un autre ciblé sur un site.
Le premier volet prévoit un guichet de « 2 700 départs volontaires » sur l’ensemble de l’entreprise, pour les salariés de structures (ouvriers professionnels, employés, techniciens, agents de maîtrise et cadres). Le deuxième volet vise spécifiquement l’usine qui produit des véhicules moyen et haut de gamme, en perte de vitesse avec la réduction de l’accès au crédit et le bonus-malus écologique. À savoir PSA-Rennes, qui souffre, selon la direction d’une « forte sous-activité de 20 % ». Comme Renault-Sandouville (où sont fabriquées la Mégane et la Laguna), où un millier d’emplois vont être supprimés, le site Peugeot-Citroën breton (qui produit la C5 et la C6) est donc dans la ligne de mire. Un programme de « départs volontaires » de 850 personnes va y être lancé, ainsi que la mutation de 900 ouvriers polyvalents vers d’autres sites (notamment, Sochaux, Mulhouse, Aulnay et Poissy). Autre point commun avec Renault-Sandouville : avant même la réduction d’effectifs, le creux de production a été comblé de manière anticipée, avec de larges tranches de chômage technique. « L’usine va être intégralement arrêtée du 4 décembre au 6 janvier », déplore Michel Bourdon délégué CGT à Rennes. Il y a quelques semaines, la suppression d’un millier de postes d’intérimaires avait déjà été annoncée à Rennes. Fin octobre, l’entreprise avait revu à la baisse ses prévisions de ventes, en chute de 3,5 % pour 2008. Hier, la direction a donc évoqué, pour justifier ce plan, « la crise financière et industrielle » qui « a entraîné une réduction violente des volumes de ventes ». Néanmoins, pour Marcel Merat, délégué central CGT et employé à PSA-Poissy, ces mesures s’inscrivent surtout dans « la continuité du plan Cap 2010, qui vise à réduire les coûts de structures ». Jean-Pierre Mercier, délégué central à PSA-Aulnay, estime de son côté que la direction se sert du « prétexte de la crise économique pour poursuivre la politique d’augmentation de la productivité qu’elle mène depuis des années ». Le syndicat FO de PSA, dans un communiqué, en appelle au gouvernement : « Il y a urgence, l’État a su mettre de l’argent pour aider les banques, il serait temps aujourd’hui qu’il se réveille et fasse quelque chose pour l’automobile. »
Pour compresser ses effectifs, PSA compte utiliser la mobilité interne ou externe et les incitations à la réalisation de projet personnel ou au départ à la retraites. Les syndicats restent pour l’heure dubitatifs sur l’efficacité de ces mesures. La CGT en réclame de plus précises, dont un « plan de départ en préretraite dès 55 ans pour l’ensemble des salariés et l’embauche des jeunes en CDI ». « Il faut un dispositif efficace pour permettre aux anciens, qui n’en peuvent plus, de partir en préretraite et d’être remplacés par des jeunes », précise Marcel Merat. Ricardo Madera, délégué central CFDT chez PSA, rappelle de son côté que « le dernier plan de départ volontaire a été un échec » et se demande « quels critères exacts vont être mis en place cette fois-ci ». En effet, c’est le troisième plan de départ mis en place par PSA en deux ans. Le premier, en mai 2007, a donné lieu à plus de 5 000 suppressions de postes. Le deuxième en janvier, prévoyait 1 000 « départs volontaires ».
Mehdi Fikri
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