Société - Article paru le 20 novembre 2008 dans l'Humanité
Les RASED rasés de la carte ?
Marseille,correspondant régional.
Table rase des RASED. C’est la volonté de Xavier Darcos qui veut supprimer 3 000 postes au sein de ces réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté. « Pas assez efficaces », justifie le ministre de l’Éducation nationale. Ces réseaux associent des psychologues, des rééducateurs (maîtres G) et des maîtres E chargés de l’aide à dominante pédagogique. Ils constituent en quelque sorte une « brigade volante » qui intervient dans les écoles à la demande des enseignants.
En 2004-2005, le département des Bouches-du-Rhône comptait près de 150 de ces réseaux, avec une centaine de psychologues, autant de rééducateurs et deux cents maîtres E. Deux enseignantes marseillaises nous expliquent la démarche et l’utilité de ces réseaux.
Sylvie Nolin, maître E, intervient dans les quartiers Sud de Marseille :
« Nous nous adressons à des enfants en rupture de savoir. Ce sont les enseignants qui font appel à nous. Ensuite, nous rencontrons l’ensemble des intervenants : enseignants, enfants, familles. Il s’agit toujours d’un travail d’équipe. Le ministre affirme que ces réseaux ne sont pas efficaces. Mais ce n’est pas mesurable à partir du moment où il s’agit d’un travail d’équipe. Ce que l’on constate, c’est l’utilité de notre regard. Si l’enseignant se retrouve seul face aux difficultés, il sera parfois démuni. Xavier Darcos affirme également qu’il veut aider les élèves avec le soutien dans les classes : nous sommes dans le registre du soutien scolaire. Avec les RASED, cela va au-delà : nous nous adressons à l’enfant qui n’a pas compris pourquoi il devait apprendre. »
Josiane Korobeinik, maître G, intervient dans les quartiers Nord de Marseille :
« Nous ne sommes pas des techniciens de la difficulté scolaire. Nous sommes des enseignants. En tant que maître G, je travaille sur le rapport des élèves à l’école. Mais nous avons une conception de l’enfant dans sa globalité. L’enfant n’est pas stigmatisé. Avec les RASED, l’école cherche avec tous les acteurs, y compris les familles, les moyens d’y remédier. Il faut bien insister sur le fait que nous ne sommes pas un réseau entre nous. Nous créons des liens entre tous : enseignants, élèves, familles. Dans le 14e arrondissement de Marseille, où j’exerce, il y a beaucoup de demandes d’aide de ce type de la part des enseignants.
Ensuite, si nous manifestons aujourd’hui, ce n’est pas seulement pour la défense des RASED, c’est pour une conception de l’école. Car ce qui est attaqué, c’est à la fois le professionnalisme des enseignants et l’école maternelle puisque notre mission comporte également un important aspect de prévention. Il faut souligner d’ailleurs que les réseaux n’aident pas que les élèves en difficulté. Notre intervention nourrit un regard croisé qui profite à l’ensemble des élèves. Les RASED font partie intégrante de l’école de la République. Avec ces réseaux, l’école prend ses responsabilités face à la difficulté. »
Christophe Deroubaix
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