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Société - Article paru le 20 novembre 2008 dans l'Humanité

Gérard Aschieri : « Ne méprisez pas cette mobilisation, monsieur Darcos ! »

Le syndicaliste met en garde le ministre de l’Éducation nationale sur le malaise qui traverse le corps enseignant.

Secrétaire général de la FSU, Gérard Aschieri explique les raisons de la mobilisation, aujourd’hui, des personnels de l’éducation nationale. Et met à l’index la volonté du gouvernement de « faire de la concurrence une règle d’organisation ».

Les appels à la mobilisation concernent les enseignants de la maternelle à l’université. Cela fait longtemps qu’un mouvement de l’éducation nationale n’a pas eu cette ampleur. Comment l’expliquez-vous ?

Gérard Aschieri. Il y a tout de même eu une importante succession de conflits dans l’éducation ces derniers mois. Si on remonte au passé récent, le 15 mai dernier a été marqué par une mobilisation d’envergure. Le 19 octobre, il y a eu une manifestation nationale. Suivies demain (aujourd’hui - NDLR) de cette grève qui, comme vous le dites, concerne les enseignants de la maternelle à l’université. Si la mobilisation se maintient, voire s’accroît, c’est d’abord parce que, du côté du gouvernement, on refuse de l’entendre. Celui-ci poursuit sa politique, d’où la colère des personnels. D’une certaine manière, si la grève est un succès, les premiers responsables seront le ministre Xavier Darcos et le gouvernement.

Vous dites que le gouvernement « poursuit la même politique ». C’est-à-dire ?

Gérard Aschieri. C’est d’abord une politique de suppressions d’emplois. Mais c’est aussi une accumulation de pseudo-réformes menées sans la moindre consultation des personnels et de leurs représentants. Pis, ces réformes vont à l’inverse de ce qui serait nécessaire pour notre système éducatif, en particulier pour lutter contre l’échec scolaire. Ceci est caractéristique des initiatives de Xavier Darcos comme de celles de Valérie Pécresse (la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche - NDLR).

Suppression de milliers de postes et de la carte scolaire, formation plus « généraliste » des enseignants… Diriez-vous que le système éducatif change de nature ?

Gérard Aschieri. Je dirais plutôt que le gouvernement tente de transformer le service public d’éducation. C’est le cas, en effet, via la suppression de la carte scolaire, mais aussi de la loi « liberté et responsabilités des universités ». Tout ceci vise à faire de la concurrence une règle d’organisation du système : concurrence entre les universités ou les écoles, entre les personnels, entre les élèves… L’idée étant que cette concurrence va permettre d’améliorer l’efficacité du système d’éducation. C’est un contresens.

Si je m’en tiens à la suppression de la carte scolaire, cela revient à mettre en concurrence les établissements et à accroître les inégalités. Certaines écoles perdent déjà des élèves et de la mixité sociale. Concernant les universités, leur autonomie sert de prétexte à une mise en concurrence accrue des établissements, avec manifestement l’objectif de ne maintenir qu’une douzaine d’universités capables de rivaliser avec leurs homologues internationales.

Au final, ce sont les familles et les jeunes issus des milieux défavorisés qui vont en payer le prix. Regardez ce qui se passe à l’école primaire : avec la suppression de l’école le samedi matin, les élèves et les enseignants vont devoir suivre le même programme avec deux heures de cours en moins. Ceci implique une intensification du travail scolaire. Le ministre nous assure qu’il y aura un soutien supplémentaire pour compenser cet effet. Et il détruit les RASED (réseaux d’aides spécialisés aux élèves en difficulté - NLDR), pourtant dédiés à lutter contre l’échec scolaire.

Le ministre prétend mener une politique sociale. Mais il met en place des structures qui vont conforter, si ce n’est amplifier, les inégalités sociales. Votre avis sur le service minimum ?

Gérard Aschieri. D’après la loi, le service minimum consiste à mener des négociations en amont des conflits. Je constate que la direction de la SNCF tente au moins de le faire, tandis que le ministère de l’Éducation nationale n’a pas eu la moindre once d’approche des organisations syndicales. C’est révélateur de la politique du gouvernement. Or l’intensité de la grève va rendre difficile l’application de ce service minimum. Xavier Darcos reporte ses responsabilités sur les élus locaux. Au contraire, le ministre devrait mesurer que la mobilisation correspond à quelque chose de profond. Ne méprisez pas cette mobilisation, monsieur Darcos ! C’est une question de dignité, pour nous. Les enseignants ont besoin de confiance et d’une dynamique positive, pas de mépris.

Entretien réalisé par Vincent Defait

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Tag(s) : #Education
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