paru dans La Marseillaise du 3/11/08

Derrière la notion de changement, il y a tout et parfois son contraire. Mais surtout des sujets d’inquiétudes, d’angoisses qui dominent les préoccupations d’une société confrontée à un recul social.
Les Etats-Unis sont embourbés dans une guerre sans fin, meurtrière et inutile en Irak. Ils sont aussi engagés en Afghanistan. Les menaces et les rodomontades de G.W Bush répondant à celles de l’Iranien Ahmadinejad font craindre le pire. Le peuple américain, lui, est étranglé par les inégalités, le chômage et maintenant la crise économique et financière. George W.Bush aura, en six ans, dilapidé et l’empathie du monde, et le soutien du peuple américain nés des tragiques attentats du 11 septembre 2001. Son crédit et celui du pays s’est considérablement terni enfin par sa propre responsabilité dans la crise financière qui secoue aujourd’hui le monde et qui a été déclenchée par celle des subprime.
« Changer »
Rien d’étonnant donc à ce que les conséquences d’un tel bilan - même McCain s’en est écarté - ait suscité une profonde
envie de changer chez les Américains. Changer dans leur vie : les « boys » qui meurent dans une guerre inutile. Changer cette politique qui a aggravé la pauvreté, qui a jeté 1 300 000 citoyens
hors de leur maison pour cause d’escroquerie au subprime, qui rend la vie précaire et ruine les retraités, qui rend inaccessibles les soins médicaux aux moins aisés, la crainte du lendemain, le
chômage, l’endettement, les expulsions, les exclusions… Changer de personnel politique : tout plutôt qu’un nouveau Bush, pour redorer le blason d’un pays qui ne semble plus être maître du monde.
Un jeune noir plutôt qu’un vieux faucon blanc… Derrière la notion de changement, il y tout et parfois son contraire. … Mais surtout des sujets d’inquiétudes, d’angoisses qui dominent les
préoccupations d’une société confrontée à un recul social
Un triple enjeu
L’élection doit donc répondre à un triple enjeu : l’international, l’intérieur, la sortie de la crise. Chaque candidat
s’est attaché à capter cette profonde aspiration des Américains. Voire des autres peuples du monde. Mais le choix des programmes s’est plus concentré sur le spectaculaire que sur le fond,
laissant dans le flou les solutions. Notons toutefois que le candidat républicain est visiblement prêt ouvertement à poursuivre la marche vers la catastrophe sur le plan international et est tout
aussi prêt - moins ouvertement - à la poursuivre aussi sur le plan intérieur.
Du côté démocrate, si l’on enregistre quelques déclarations d’intention fortes, on ne peut pas dire qu’elles rompent avec les fondamentaux de la course au profit. Le charisme de Barack Obama est
tempéré, c’est le moins qu’on puisse dire, par son éloge de Ronald Reagan et de Nicolas Sarkozy…
Un démocrate sera toujours un peu mieux qu’un républicain, mais le vrai changement n’est pas à l’ordre du jour. Aucun candidat ne vise concrètement à redresser les inégalités socio-économiques, à
traiter la question des 12 millions d’immigrés sans papiers traités comme des criminels, à instaurer un ordre mondial de paix et de respect du droit international en se démarquant de la « guerre
contre le terrorisme » de Bush et Cheney.
Comment gagner ?
Chaque candidat lance ses dernières forces dans des cibles précises : les indécis, l’électorat hispanique et les «
swing states ».
Très courtisés par les deux camps, les quelque 6% d'électeurs américains indécis joueront un rôle clé lors de la présidentielle. C’est le meilleur espoir de John McCain pour parvenir à réduire
l'écart avec son adversaire démocrate Barack Obama qui domine toujours les sondages.
Ces indécis, très difficiles à cerner, peuvent se trouver dans tous les milieux sociaux. Leur choix devrait être particulièrement déterminant dans les Etats-clés où le vote est très disputé. En
Floride, dans l'Indiana et en Ohio. Mais l'élection de 2008, à l'issue de laquelle Barack Obama pourrait devenir le premier président noir de l'histoire des Etats-Unis, ne ressemble pas aux
scrutins du passé, en raison du facteur racial qui brouille les cartes. L'indécision de ces électeurs pourrait en fait masquer les ambivalences de certains votants quant à la couleur de peau du
candidat démocrate.
Par ailleurs il existe quelque neuf millions d'hispaniques résidant aux Etats-Unis qui pourrait influencer le résultat du scrutin, un enjeu bien compris par les deux candidats qui multiplient les
efforts pour conquérir cet électorat. Barack Obama a enregistré trois annonces de campagne entièrement en espagnol, une grande première pour un candidat à la présidentielle. Les spots télévisés,
de 30 secondes chacun, sont destinés à cinq Etats-clés à forte population hispanique (Nouveau-Mexique, Colorado, Floride, Nevada et Virginie). Ces Etats sont aussi des "swing states",
c'est-à-dire qu'ils ne sont en principe acquis à aucun parti et peuvent faire basculer le scrutin.
Le républicain John McCain reproche à son rival de ne jamais s'être rendu en Amérique Latine, alors que lui y est allé à plusieurs reprises.
Et après la victoire
?
Qu'il s'appelle Obama ou McCain, le prochain président des Etats-Unis devra revoir les promesses de la campagne
électorale face à la montagne de dettes accumulées pour sortir le pays de la crise financière.
Les Etats-Unis ont clos fin septembre l'exercice budgétaire 2008 sur un déficit record de 455 milliards de dollars. Ce déficit pourrait dépasser les 1.000 milliards lors de l'exercice 2009 qui a
démarré début octobre.
Crise financière oblige, le Trésor devra lever 700 milliards de dollars pour voler au secours du secteur financier, tandis que le ralentissement économique pèsera immanquablement sur les
recettes. Enfin, l’endettement national dépasse déjà les 10.000 milliards . Incontestablement, ce sont les citoyens qui vont -encore - payer la note, alors que les candidats promettent une baisse
de la fiscalité. Sans aller plus loin. Sans remettre en cause la logique du système qui a conduit à cette catastrophe. Sans direction d’action pour le contrôle des fonds publics débloqués pour
les destiner à l’emploi notamment, sans véritable politique de relance économique.
C’est dans ce contexte que s’est déroulée la campagne électorale des présidentielles américaines. Paradoxe : jamais campagne n’aura connu une telle débauche d’argent. De ce point de vue, le
premier enseignement à tirer est celui de l’effacement médiatique des « petits candidats » qui ne pouvait pas suivre le rythme et le coût de cette « superproduction » à l’américaine.
La démocratie tant vantée dans ce pays prend ici toute la dimension de sa réalité. n
Décryptage
Rolland Martinez
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