Le cri d'alarme de Julien Lauprêtre
Au moment où se déroule la Journée mondiale du refus de la misère, les associations s’inquiètent des effets de la crise sur les plus pauvres. Julien Lauprêtre, président du Secours populaire français, a lancé un « cri d’alarme ».
Ressentez-vous déjà les effets de la crise dans vos permanences ?
Julien Lauprêtre. La crise financière n’arrive pas comme un orage dans un ciel serein. Nous sommes alertés, depuis quelques mois, par nos bénévoles dans toute la France, d’un
accroissement de la pauvreté. Nous avions déjà ressenti ce phénomène en début d’année, au moment des émeutes de la faim dans les pays du tiers-monde. Dans nos permanences, nous observions
un accroissement de 15 % à 20 % des demandes d’aides.
Qui sont ces gens ?
Julien Lauprêtre. Des personnes en difficulté que nous n’avions pas l’habitude d’accueillir : des jeunes en grand nombre, des familles monoparentales, des enfants de
familles immigrées, des travailleurs pauvres et des retraités. Avec la crise financière que nous connaissons aujourd’hui, une grande crainte s’empare d’eux et ne cesse de grandir. Elle est
très forte chez nos bénévoles aussi : on parle de chômage en hausse, de difficultés à maintenir le pouvoir d’achat… Nous avions pour habitude de recevoir des personnes en état de
grande pauvreté que nous suivions des années. Aujourd’hui, arrivent chez nous des gens qui ne croyaient pas, encore récemment, avoir besoin un jour du Secours populaire. Des gens issus des
classes moyennes, avec des salaires décents, qui joignaient les deux bouts sans trop de difficulté, et qui, aujourd’hui, viennent demander de l’aide. Même si ça peut être ponctuel, c’est un
phénomène qui nous inquiète. En cas de crise économique, nous craignons le pire.
Les donateurs du Secours sont-ils toujours aussi généreux ?
Julien Lauprêtre. La générosité des Français ne se dément pas. On l’a vu avec le drame qui a marqué la vallée de la Sambre. C’est une caractéristique du peuple français. Ce qui a
changé, par contre, c’est que cette générosité s’exprime avec plus de difficultés. Quand on fait un appel aux dons par courrier, on s’aperçoit que les donateurs sont toujours nombreux mais
qu’ils donnent moins en général. Ils s’en excusent souvent, prenant soin d’expliquer leur situation. La générosité est toujours là mais les moyens des donateurs ne sont plus les mêmes. Ce
qui nous oblige à chercher de nouvelles formes de solidarité, à solliciter plus nos partenaires par ailleurs.
Pourquoi avoir choisi de lancer un « appel solennel » aux pouvoirs
public ?
Julien Lauprêtre. Nous sommes les avocats des pauvres. Nous sommes un aiguillon pour le pouvoir. Nous interpellons les pouvoirs publics pour leur faire part de la situation telle que nous
la voyons. Nous leur disons qu’à côté de leurs statistiques économiques nous leur apportons celles du coeur et de la raison, recueillis dans les 1 400 permanences d’accueil et de
solidarité. Toutes disent : il y a une croissance des demandes. Toutes les associations sont d’accord sur ce constat. Pour l’instant, la mise en place du revenu de solidarité active,
par exemple, n’a pas permis de faire baisser le nombre de gens qui viennent nous voir. Si des mesures sont prises pour que nos bénévoles soient moins sollicités, tant mieux. Pour l’instant,
hélas, je n’ai rien vu venir. C’est pour ça que j’appelle les pouvoirs publics à prendre les dispositions financières pour faire face au désastre annoncé.
Entretien réalisé par Dany Stive
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