Casser la croûte plutôt que crever la dalle

Un marché paysan s’est installé, hier, près de la Préfecture à l’initiative du PCF et d’agriculteurs syndiqués. Pour montrer
que la baisse du pouvoir d’achat n’est pas inéluctable.
28 septembre 2008
Marseille, hier matin près de la Préfecture, les tables en bois se mettent en place. Les cagettes d’aubergines, de poivrons e de raisins passent de main en main pour être déposées sur les étals afin d’être vendues. Les paysans s’activent à peser fruits et légumes qu’ils vendent directement aux consommateurs. Une fois n’est pas coutume : les gens paieront le juste prix sans que les intermédiaires ne s’en mettent plein les poches.
C’est autour du pouvoir d’achat la principale préoccupation de : Français aujourd’hui, que près de mille personnes sont rassemblées l’initiative du Parti Communiste français. « Cassons la dalle », c’est le nom que porte cette initiative pour l’augmentation des salaires des pensions, des retraites et minima sociaux. « Nous voulons briser la chape de plomb qui pèse sur le pouvoir d’achat. Cette action festive et populaire nous permet d’exprimer notre mécontentement », explique Pierre Dharréville pour le PCF.
Quand les paysans s’allient aux politiques
Odette fait son marché, tout en participant à la manifestation. « Ce sont des prix dérisoires. C’est bien ce que font les paysans, ça permet aux gens de manger des fruits et des légumes. Même avec deux retraites, j’ai déjà réduit la consommation de viande et de poisson ». Odette est très remontée : « Ils sont en train de tout nous enlever, ça me dépasse que les gens ne réfléchissent pas par eux-mêmes ».
Michelle passe là par hasard, à vrai dire, elle habite à côté. « Je trouve ça très chouette, en plus ça se conjugue avec la manifestation contre la vie chère. J’y adhère totalement, si cela pouvait se faire toutes les semaines ! ». Elle montre fièrement son porte-monnaie qui a 44 ans d’existence et qui n’a déboursé que 3 euros pour 1 kilo de patates et de raisins, une salade et deux bottes de radis. « J’en aurais eu pour 8 euros ailleurs ». La bonne affaire, ils sont des centaines à la réaliser ce samedi matin.
Et ce, grâce à la coopération des paysans de l’Etang-de-Berre, Châteauneuf-les-Martigues, du Modef leur syndicat (Mouvement de défense des exploitations familiales) et des militants et représentants lu PCF. « On fait ici la démonstration qu’on peut lutter contre les baisses successives du pouvoir d’achat », déclare Jacques Messeguer, adjoint à l’Education à Châteauneuf-les-Martigues. Producteur de tomates et responsable du Modef dans les Bouches-du-Rhône, Daniel Roche décharge les cageots de fruits et légumes. « La grande distribution est en situation de quasi-monopole, elle peut ainsi faire pression sur les cours. Nous, nous vendons nos produits de moins en moins cher et le consommateur ne s y retrouve pas ».
Augmenter les salaires une solution à la crise
Des solutions, il en existe. « Il faudrait abroger la loi scélérate dite de modernisation économique et la remplacer par un cadre légal qui encadre les marges de la grande distribution. Nous proposons un coefficient multiplicateur. Par exemple, si une grande surface achète un fruit à 1 euro, elle ne pourra pas le vendre à plus de 1,5 euros ».
Michel Vaxès, député des Bouches-du-Rhône, dénonce « La dépression de la demande qui sera accélérée par le budget 2009 et enfoncera le pays un peu plus dans la crise. Contrairement à ce que l’on nous dit, l’argent doit aller à la satisfaction des besoins sociaux, c’est une amorce du chemin vers la sortie de la crise ». Jean-Marc Coppola, secrétaire fédéral du PCF, affirme : « ça fait 40 ans qu’une recette n’a plus été utilisée : la revalorisation générale des salaires, pensions, retraites et minima sociaux. Non seulement c’est une urgence pour les familles en difficulté, mais c’est aussi une réponse à la crise financière ». Mais, est-il possible d’augmenter les salaires ? « L’argent dégagé par les gains de productivité doit servir les hommes et les femmes de ce pays ». « Nous allons mener une croisade et un débat de façon à ce que cette idée, qu’il est possible d’augmenter les salaires, devienne majoritaire ».
Et ce n’est qu’un début, car si les profits montent en flèche, la colère, elle, aussi. Rendez-vous est pris, le 29 septembre à 12h au Vieux-Port, pour dire au Président de la République, en visite à Marseille, que l’on veut une autre politique.
Piedad Belmonte (La Marseillaise, le 28 septembre 2008)
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