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Article paru le 27 septembre 2008

L’Humanité des débats

Une agriculture écologique peut-elle nourrir la planète ?



Rappel des faits Demain, il faudra produire autrement pour nourrir l’humanité. Mais les décideurs politiques n’ont pas encore tiré les leçons de la flambée des prix des matières premières agricoles, ni des dangers qu’une agriculture spéculative fait peser sur la planète.

Chaperonnés par la commissaire européenne en charge des dossiers agricoles, les 27 ministres de l’Agriculture de l’Union européenne ont flirté avec le degré zéro de la réflexion en début de semaine, à Annecy. Michel Barnier et ses collègues ne semblaient pas pressés de travailler sur des objectifs communs aussi sensibles que la souveraineté alimentaire, la sécurité sanitaire des aliments, la recherche de modes de production plus respectueux de l’environnement.

Cette atonie est révélatrice de l’absence d’intérêt des dirigeants politiques européens pour l’alimentation et le droit de manger à sa faim à notre époque. Pourtant, des évolutions préoccupantes se dessinent à l’échelle de la planète et prennent parfois la forme d’un néocolonialisme ravageur. Des cultures de rente destinées à l’exportation se mettent en place à la vitesse grand V sur des millions d’hectares dans les pays du Sud. Les États-Unis développent une production massive d’agrocarburants à partir de la culture du maïs. L’UE veut en faire autant à partir d’importations massives d’éthanol et d’huile de palme. Sans se soucier de ce que mangeront demain les peuples du Sud.

Les grandes sociétés capitalistes et certains fonds souverains s’intéressent désormais aux matières premières agricoles et à la propriété de la terre, à l’instar de Bolloré en Afrique. La Corée du Sud achète des terres en Mongolie. Des pays gavés de pétrodollars font de même en ex-Union soviétique et ailleurs. En pleine crise financière, le commissaire européen au Commerce et le directeur général de l’OMC se relaient pour appeler à plus de dérégulation des marchés agricoles afin de relancer le cycle de Doha. Dès lors, un véritable scénario catastrophe risque de se mettre en place. Seule la demande solvable déciderait du prix et de l’affectation des ressources alimentaires et agricoles. Seule la rentabilité financière déciderait de l’affectation des terres les plus fertiles, les plus pauvres étant vouées à l’abandon en raison de leur faible potentiel agronomique. Une telle orientation déboucherait très vite sur une tragédie sociale, économique et écologique. Elle peut être évitée si l’on redonne la primauté à la souveraineté alimentaire et aux pratiques agronomiques qui améliorent la productivité des sols sans les épuiser.

Gérard Le Puill

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Tag(s) : #GEOGRAPHIE
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