Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Cultures - Article paru le 24 septembre 2008 dans l'Humanté

Rabah, une aventure humaine



Rabah Naït Oufella est l’un des vingt-quatre élèves du film. Portrait.

Juin dernier : Rabah, l’« élève perturbateur » d’Entre les murs, tourne avec Guillaume Depardieu dans Au voleur, le premier long métrage de Sarah Petit. Pour l’heure, il est l’« élève de la classe » qui continue de hanter les plateaux. Timide et apparemment secret, Rabah n’hésite pas pourtant à parler de « son » Cannes : « On était une bande d’amis. Je pensais qu’on allait passer inaperçus. Après la palme, il m’a fallu cinq jours pour réaliser. C’était vraiment une autre ambiance qu’au collège. On s’entendait beaucoup mieux… même avec les profs. Au départ, je pensais que le film allait être un court métrage à deux francs. Je ne savais pas qui était Laurent. Il est très simple et ça m’a d’autant plus étonné que tous les médias s’intéressent à nous. Laurent ne voulait pas trop y croire non plus mais il nous a protégés. On était reparti de Cannes parce qu’on avait école le lundi lorsqu’on nous a rappelés et on a fait demi-tour. C’était fou, le car a explosé. On a commencé à croire à un prix. Je n’étais même plus sur terre dans ma tête. On était tellement contents qu’on ne se parlait pas. On savait tous ce que pensait l’autre. »

Rabah est d’origine kabyle. Né à Paris, il a une éducation franco-algérienne. « Je parle kabyle et je suis musulman », dit-il. Il est fier de son quartier, le 20e arrondissement de Paris où se trouve son collège, Françoise-Dolto. C’est là que Laurent Cantet, un beau jour de l’automne 2006, a invité ceux de quatrième à venir le mercredi après-midi participer à un atelier. « Au départ, on était une cinquantaine, raconte Rabah, puis certains ont commencé à se lasser. Laurent a gardé les fidèles. Au début du tournage, il y avait une petite caméra, et plus les mercredis passaient plus il y avait de matériel. Puis Laurent nous a dit qu’on allait être payé mais qu’il faudrait dire au revoir à nos vacances. On nous a fait des contrats par la DASS. On commençait à manger gratuitement, à recevoir des chèques. J’ai vu que le cinéma brasse de l’argent et j’ai eu un sentiment de responsabilité. »

Si Rabah porte son nom dans le film, il fait un rôle de composition. Avec toute la distanciation nécessaire à l’acteur. « J’essayais de comprendre mon personnage. Je me demandais comment je réagirais si j’étais un élève perturbateur. Ce que je ne suis pas. Je l’ai fait sans me prendre la tête. Petit à petit, à force d’avoir une caméra braquée sur mon nez toute la journée, j’ai fini par l’oublier. Je ne me souviens pas d’avoir eu le trac. Je fais des scènes de rap. Ça m’a aidé. J’ai la tchatche, c’est un truc de notre génération. On peut parler des heures. Sans thème. Le rap m’a canalisé, m’a apporté du vocabulaire. J’ai fait ma première scène à onze ans. »

Rabah fait des spectacles… quand le coeur lui en dit. Sa musique est réalisée par Kamel dit Booger, un surveillant de son collège. Mais surtout Rabah écrit ses textes tout le temps… en prenant son temps. Il en a même écrit un sur la palme d’or. « J’explique dans cette chanson que j’ai toujours fait du rap et que maintenant je fais du cinéma. J’essaye d’avoir un style particulier, d’aborder des thèmes autrement. Je suis engagé. Je ne rappe pas gratis. Cannes pour moi a été une expérience sociale. Je montre le revers de la médaille. Je dis que c’était une super aventure puis je dis des phrases provocantes du style : "On me paye des habits, on dirait que je suis un clochard." Esbroufe et travail. Tout me nourrit. Le rap est plus qu’une passion pour moi. Je rappe depuis toujours, depuis que je suis né. J’essaye de garder la même motivation au cinéma. »

Le cinéma semble l’avoir choisi. La préparation du film de Laurent Cantet s’est faite durant l’année scolaire 2006-2007 et le tournage durant l’été 2007. Pendant l’hiver, la mère d’une des élèves a entendu parler du rôle d’Ali dans le film de Sarah Petit. Elle lui a recommandé Rabah. « J’ai d’ailleurs remercié la mère de Louise en direct sur France 2. On a fait un test avec Sarah puis on est parti chez Guillaume Depardieu faire des essais. Il a écouté le rap que je fais et a bien aimé. Pendant les répétitions, Guillaume m’a donné quelques tuyaux. Pendant les prises, il m’encourageait. C’est un grand. Je pense que je peux progresser en tant qu’acteur car je ne suis ni l’élève du film de Laurent ni le personnage d’Ali du film de Sarah. J’aime cette adrénaline qui monte quand on joue. Je suis zen. J’avais l’impression d’être un apprenti mais aussi dmon niveau. Ali ressemble un peu au Rabah d’Entre les murs, un perturbateur qui fonce sans réfléchir et peut ensuite le regretter. »

Aujourd’hui, Rabah suit des cours dans un lycée et désire faire un BTS. « Je m’assure parce que je sais que rappeur ou acteur a une chance sur dix de marcher. Les études et le rap avant tout. La musique est plus facile à gérer avec l’école. Mon projet est de faire un album, un maxi de poésie urbaine. Mes préférences vont vers Soprano, Youssoupha, Disiz la peste. Je peux faire acteur sans me prendre la tête. Depuis le tournage d’Au voleur, je me suis un peu - démarqué du groupe. Avec Entre les murs, on ne s’intéressait pas plus à moi qu’aux autres. Aujourd’hui le regard est différent, plus individualisé. »

À Cannes, « j’ai appris à parler aux médias tout en sachant que ça n’allait pas durer. Je sentais une montée à 100 % avec une descente à 200 %. J’ai eu peur de cet anonymat. Mon avantage est qu’une semaine après, j’étais de nouveau sur un plateau. Mais je ne veux pas prendre la grosse tête. J’ai vraiment peur de m’envoler. Je veux rester moi-même. Je peux le faire bien tout en restant propre. Pour moi, rien n’a changé, je suis toujours Rabah. »

Michèle Levieux

Publicité
Tag(s) : #CULTURE
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :