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Cultures - Article paru le 24 septembre 2008 dans l'Humanité

Entre les murs au tableau, premières interrogations



Réactions après l’avant-première au théâtre Victor-Hugo de Bagneux (Hauts-de-Seine).

« Il y a sans doute des enseignants dans la salle. Est-ce que le film leur rappelle des choses ? » Le jeune homme qui interpelle le public ne dira rien de ses sentiments même si on le devine quelque peu perplexe. Effectivement, pris au premier degré, le film peut décontenancer. Parce qu’il n’est pas un film sur l’école, sur le système éducatif. Bien sûr, l’action se déroule dans l’enceinte scolaire, mais les interrogations que porte le film se déploient autour du fonctionnement de la démocratie, de l’apprentissage de la citoyenneté au sein d’un système extrêmement formaté et hiérarchisé. Les réactions sont aussi diverses que le vécu de chaque spectateur, de ce qu’évoquent pour chacun les situations du film. Les remarques fusent dans une salle pleine dont Jean-Sébastien Chauvin, critique et sélectionneur du festival Entre Vues de Belfort, anime les échanges.

« Le film montre la violence de l’institution. Échec de la démocratie ou manque de discipline ? », interroge l’un. « Quel respect vis-à-vis de l’autre, de son voisin, de la hiérarchie ? Où placer les limites ? », s’inquiète un autre. « Où va-t-on avec toutes vos libertés ? », déclare un père de famille « d’origine étrangère » ainsi qu’il se présente. « Un élève qui parle mal au prof, peut-être parle-t-il mal à ses parents ? Comment dessiner collectivement les limites de la démocratie ? » Et aussi : « Quelle est la place du prof ? De l’élève ? Comment restaurer le dialogue quand il est rompu ? »

Touchée dans son coeur de métier, une enseignante s’offusque : « Je suis atterrée par ce prof manipulateur. Lui possède le langage, pas les élèves. Si la démocratie c’est la capacité des élèves à dire n’importe quoi… Le coup du portable toléré en classe, c’est acheter la paix sociale, comme lui fait remarquer un de ses collègues. » Mais pour cet autre, le film montre bien « la difficulté inhérente à toute démocratie, celle qui se donne un espace commun de règles. La crise de la citoyenneté, de l’incivilité n’est pas qu’une question de moyens mais de culture, d’apprentissage de la citoyenneté ».

L’épisode du conseil de discipline dans le film soulève une batterie de réactions : « Il est révélateur du sentiment de culpabilité de l’enseignant », estime une spectatrice. « Il témoigne de la violence du système », renchérit un autre. « Le malaise est provoqué par le conseil de discipline, estime cette ancienne professeur de français. C’est un constat d’échec pour toute équipe éducative. Aucun signal n’a fonctionné en amont. » « Ça m’évoque un système très hiérarchisé. La scène du conseil de discipline, tout comme celle du conseil de classe, j’ai du mal à les digérer », ajoute un autre. Une mère de famille tempère : « C’est un film qui doit ouvrir les portes. Comment faire avec les difficultés pour avancer ? Comment les enfants peuvent-ils discuter entre eux s’ils passent leur temps à s’insulter ? Que faire ? On peut - et il faut - dédramatiser mais ce film interpelle tout le monde, enseignants, élèves et parents qui devraient s’investir plus. »

« Ce film est un bel hommage à la jeunesse d’aujourd’hui. » « Il fait le pari de l’intelligence », ajoute une autre. « J’ai énormément apprécié le film, dit celui-ci. Mais le film provoque en moi un sentiment de malaise, tant il montre la souffrance des profs comme des élèves. Aucun des personnages n’est simple, le réalisateur a filmé la complexité. Voilà un film qui pose beaucoup de questions, qui n’apporte pas toutes les réponses et qui - surtout - contient beaucoup d’humanité. Tous les personnages filmés, quels qu’ils soient, sont aimés. Et rendre ça à l’écran alors que la tension, le conflit sont omniprésents, c’est fort. Cantet ouvre le débat. Il nous rend un grand service. Il pousse à réfléchir collectivement. Le film interpelle les politiques. L’école a besoin d’aide, de soutien, pas de recettes. »

Marie-José Sirach

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Tag(s) : #CULTURE
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