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Politique - Article paru le 23 septembre 2008 dans l'Humanité

Editorial par Pierre Laurent

On peut gagner !


Les Français dans leur écrasante majorité sont contre la privatisation de La Poste et sont déterminés à le manifester dans les urnes si leur avis était sollicité par référendum. Les résultats de l’enquête CSA que nous publions sont nets et sans bavure. La journée d’action organisée aujourd’hui par les syndicats et les personnels de l’entreprise publique recueille également un très large soutien. Ce n’est pas rien alors que la bataille ne fait que commencer. Avec un tel potentiel, la mobilisation qui s’engage a toutes les raisons de se fixer comme premier objectif l’abandon pur et simple du projet gouvernemental, et non son amendement à la marge, comme condition d’une relance de l’activité publique postale.

Nicolas Sarkozy a déjà senti le danger. Pour le contourner, il a annoncé dès la semaine dernière la création d’une commission qui doit remettre son rapport d’ici au 30 novembre. Le but sera sans nul doute de noyer le poisson, et de vendre dans un premier temps à l’opinion et aux personnels un changement de statut, avec un actionnariat de l’État restant provisoirement majoritaire et un maintien des garanties statutaires pour les agents fonctionnaires. On connaît le refrain. Le problème pour le gouvernement est que le procédé commence à être sérieusement éculé. Notre édition de lundi a rappelé le précédent de France Télécom : mêmes promesses, même processus pour une privatisation et une marchandisation de l’entreprise en bonne et due forme à l’arrivée. Quant aux garanties pour le personnel, c’est déjà une peau de chagrin. Seuls 57 % des agents bénéficient encore du statut des fonctionnaires. La précarité ronge depuis longtemps la vie des employés postaux et par contrecoup la qualité des services rendus.

La bataille sur l’avenir de La Poste est emblématique d’un enjeu qui concerne la place des services publics dans l’ensemble de la société française. Le gouvernement s’est fixé pour but de les éradiquer, afin de faire place nette aux appétits financiers. Or à chaque fois que la logique de service public est supplantée par celle de la mise en concurrence, les résultats sont identiques : marchandisation exacerbée, écrémage des activités rentables, rupture de l’égalité d’accès aux services, accroissement des inégalités entre territoires, explosion des tarifs. Cette évolution menace aujourd’hui les domaines essentiels de notre vie en société : communication, santé, éducation, transports, énergie…

Dans le cas de La Poste, le droit à la communication serait immédiatement dégradé dans de très nombreux territoires ruraux mais aussi urbains (notamment dans tous les quartiers excentrés, là où la présence postale est déjà largement défaillante par rapport aux besoins). Alors qu’une synergie nouvelle des Postes et Télécommunications aurait dû être inventée avec la révolution numérique, c’est la voie inverse qui a été choisie pour ouvrir tous les secteurs à l’hyperconcurrence. Audiovisuel, télécommunications, et maintenant communication postale, chaque nouvelle possibilité technologique sert à accroître les marges financières des groupes invités à se partager le gâteau plutôt qu’à démocratiser l’accès aux services.

La bataille de La Poste comporte un autre volet essentiel. Ce qu’il est désormais convenu d’appeler la Banque postale demeure le lieu d’accueil de nombre de comptes modestes, et concentre une part remarquable de l’épargne populaire. Il y aurait quelque indécence à soumettre, grâce à la privatisation, tout cet argent à la loi des marchés financiers, au moment même où tous les moyens d’État du monde capitaliste se mobilisent pour éponger leur incroyable faillite. C’est l’inverse qu’il serait urgent d’entreprendre : s’appuyer sur les atouts publics qui demeurent pour reconstituer un pôle public à même de financer le crédit populaire et l’investissement utile des entreprises. Prôner la privatisation de la Banque postale en plein krach, quel aveu de dogmatisme ultralibéral !

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Tag(s) : #Politique
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