La Poste sous contrôle citoyen

Privatisation . La première journée de grève et de manifestation des postiers est soutenue par 57 % des Français. Selon notre sondage CSA, 61 % refusent le changement de statut.
En quelques mois, le mouvement contre la privatisation de La Poste a déjà pris suffisamment de force pour contraindre le gouvernement à la prudence. Les ministres se font discrets. Le président de la République a annoncé la création d’une commission qui doit rendre un rapport le 30 novembre. D’ici là, c’est le PDG, Jean-Paul Bailly, qui monte au front. Le scénario argumentaire est rodé. Mais rouillé. Un document interne, dont nous publions des extraits (P 4), tente vaille que vaille de rassurer les postiers en assénant qu’il n’y aura « Ni statu quo ni privatisation » et que l’ouverture du capital permettra d’obtenir « plus de moyens pour le service public et le garantir sur tout le territoire ». Une « com » qui se veut rassurante mais ne semble persuader que ses auteurs. « Ce document a énervé tout le monde dans l’entreprise », témoigne Colette Duynslaeger, responsable de la fédération CGT. « Malgré une pression pas possible sur les cadres, personne ne croit aux arguments de La Poste », renchérit Régis Blanchot, pour SUD PTT. Les syndicats et les postiers ont, eux aussi, leur argumentaire. Les exemples récents de France Télécom et d’EDF sont là pour rappeler que l’ouverture du capital s’est rapidement traduite par un désengagement de l’État malgré les promesses, par une dégradation du service aux usagers et une augmentation de tarifs.
61 % contre la
privatisation
Oui, c’est une privatisation que vous nous préparez, et non, on n’en veut pas. Voilà en résumé le message que vont faire passer aujourd’hui les milliers de postiers en grève et en manifestation
à l’appel de cinq syndicats, soutenus par les partis politiques de gauche, de nombreux élus qui s’inquiètent de la désertification de leurs territoires et plusieurs associations de défense des
services publics. Dans le bras de fer qui s’engage, il semble que l’opinion publique soit, pour le moins, sceptique sur une privatisation pourtant présentée comme inéluctable. C’est ce que
révèle notre sondage, réalisé par CSA. 61 % des sondés se disent défavorables à un changement de statut de La Poste, dont 40 %, assez radicalement puisqu’ils déclarent n’être
« pas du tout » favorables. Les sympathisants de gauche (75 %) se différencient de ceux dont le coeur penche à droite, mais tout le monde est loin d’être convaincu parmi les amis
de Sarkozy. Il y a, à droite, tout de même 42 % de sympathisants qui s’affichent plutôt contre un passage en société anonyme.
Consulter les propriétaires
Début juillet, le patron de la plus grosse entreprise de France (265 000 employés) a lancé une déclaration de guerre aux personnels et aux usagers de La Poste, en faisant connaître son plan
d’action. En vue de l’ouverture totale du secteur postal à la concurrence au 1er janvier 2011 dans l’Union européenne, Jean-Paul Bailly « propose » de transformer l’entreprise
publique en société anonyme dès janvier 2010, pour ouvrir et augmenter son capital en 2011, sous forme d’une mise en Bourse qui permettrait de capter 3 milliards d’euros dont l’entreprise
aurait besoin pour se « développer ». Selon lui, c’est la seule option possible pour assurer la survie de La Poste en milieu concurrentiel : « Il n’y a pas de voie moyenne
entre le développement ou le déclin », a-t-il encore martelé vendredi dans les Échos. Pourtant, en ces temps de crise financière, confier le développement de La Poste à la Bourse s’avère,
pour le moins, un pari risqué. Jean-Paul Bailly est pressé, puisqu’il souhaite que le changement de statut soit soumis dès le premier semestre 2009 au Parlement. Mais, tout comme le
gouvernement, qui suit de très près l’évolution de l’opinion, il marche sur des oeufs. De ce point de vue, notre sondage montre le visage d’une France qui soutient le mouvement de grève, avec
57 % de bonnes opinions.
L’ensemble des organisations engagées dans la bataille ferraillent sur l’idée qu’il « est impensable que l’on puisse décider de l’avenir de La Poste sans consulter ses véritables propriétaires, les citoyens ! ». Elles ont créé un Comité national de mobilisation de La Poste pour « l’ouverture d’un débat public et un référendum sur le service postal ». Si la question était posée demain, les urnes pencheraient contre la privatisation. Selon notre sondage, 61 % des Français voteraient « non » au changement de statut, une majorité de refus s’exprimant, sans surprise dans le secteur public (73 %) mais aussi dans le privé (55 %).
Fanny Doumayrou et Paule Masson
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