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Politique - Article paru le 22 août 2008 dans l'humanité

Pour les dix ans d’ATTAC… le temps des questions

Feux de la rampe éteints, fascination médiatique envolée, l’association fête ses dix ans sans flonflons.

Ce soir à Toulouse, lors d’une université d’été où l’on attend 800 participants, ATTAC France fête ses dix ans. Un de ses anciens présidents au moins ne sera pas de la fête : Jacques Nikonoff, mis en minorité lors de la crise de 2006, a fondé récemment avec d’autres membres de l’ancienne direction d’ATTAC un nouveau mouvement : le M’PEP, Mouvement politique d’éducation populaire. En 2005 avant la scission, l’association altermondialiste comptait environ 30 000 adhérents et tenait le haut du pavé dans les médias et la galaxie de la gauche.

Où en est ATTAC aujourd’hui ? « La crise est totalement derrière nous », affirme Aurélie Trouvé, qui copréside ATTAC France avec Jean-Marie Harribey. La jeune présidente de l’association altermondialiste qui a stabilisé cette année ses effectifs autour de 14 000 adhérents évoque la « sérénité des débats internes » et le redressement financier du mouvement. « Nous avons gardé le noyau militant d’ATTAC et nous voulons à la fois le pérenniser et le renouveler », affirme-t-elle. Aurélie Trouvé reconnaît cependant le recul « de la visibilité d’ATTAC ». « De ce point de vue, la crise nous a touchés. On redresse la barre petit à petit », assure-t-elle. La présidente d’ATTAC invoque surtout la situation politique française pour expliquer les difficultés du mouvement. « Où créer la brèche alors que le gouvernement multiplie les coups, et qu’il faut résister à cette offensive ? » demande-t-elle. Elle constate « l’absence de dynamique du mouvement syndical et associatif », mettant cette situation au compte principalement de « l’état de la gauche politique ». Pour Aurélie Trouvé, cependant, « il n’y a pas d’essoufflement général de l’altermondialisme ». La première université d’été d’ATTAC Europe s’est tenue en juillet à Sarrebruck avec 800 participants, dont 200 Français. Citant l’Afrique et l’Asie, la dirigeante altermondialiste montre que le mouvement mondial s’étend géographiquement et socialement.

« Nous ne sommes plus en 1998-1999, dans la phase où il s’agissait de contester un système ultra dominant. Aujourd’hui, le système est en crise, contesté par ses propres partisans. L’éducation populaire reste un levier essentiel de conscientisation, mais ce n’est plus suffisant. » Depuis la crise d’ATTAC, Christophe Ventura, qui avait participé à la tentative de constitution de listes « 100 % alter » lors des élections européennes de 2004, s’investit avec Bernard Cassen et Ignacio Ramonet dans l’association Mémoire de luttes. Ils sont les promoteurs de ce qu’ils nomment « le post-altermondialisme ». S’appuyant essentiellement sur l’expérience de l’Amérique latine, ils veulent repenser « les rapports entre l’altermondialisme et la sphère politique » pour « donner aux luttes et aux mouvements sociaux une colonne vertébrale idéologique ». « Il n’y a pas de projet opposable au modèle systémique néolibéral », note-t-il. L’association souhaite ouvrir le débat pour élaborer « un manifeste du socialisme du XXIe siècle ».

Aujourd’hui, Jacques Nikonoff ne « veut plus parler d’ATTAC. Nous ne voulons pas relancer les conflits, nous voulons entretenir avec ATTAC les meilleures relations possible ». Le M’PEP, qui revendique 600 adhérents, se définit comme un mouvement « qui veut mettre de la politique dans l’éducation populaire et de l’éducation populaire dans la politique ». Il lance une campagne sur le thème « Changer d’Europe ». « Nous militons pour que la France sorte de leuropéenne et noue de nouvelles alliances », explique le porte-parole du mouvement. Dimanche, lors de sa première université d’été qui se tient à Poitiers, le M’PEP doit lancer un appel à la constitution de listes pour les élections européennes de l’an prochain. Critiquant notamment la position du Parti communiste, Jacques Nikonoff explique que « sortir de l’eurolibéralisme et rester dans l’Union européenne, ça n’a aucune cohérence, c’est de l’eau tiède ».

ATTAC France, qui revendique son autonomie par rapport aux partis politiques, proposera quant à elle que le prochain Forum social européen convoqué fin septembre à Malmö, en Suède, débouche sur une mobilisation à l’échelle européenne pour « l’harmonisation des droits du travail en Europe » et « le désarmement des marchés financiers ». Avant les élections européennes, elle souhaite que les 20 ATTAC d’Europe s’adressent aux candidats pour les interpeller sur « l’Europe sociale et un nouveau traité fondateur pour l’Union européenne ».

Olivier Mayer

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Tag(s) : #Politique
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