Editorial par Maurice Ulrich
Notre monde
Et si tout simplement on parlait de mondialisme.
Il n’y a pas si longtemps, tous ceux qui partagent la conviction qu’un autre monde est possible étaient baptisés « anti ». Puis on leur a consenti « alter », du bout des lèvres. Altermondialistes. Les batailles
de mots ont un sens. Qui peut se dire mondialiste, aujourd’hui ? Ceux qui entendent soumettre la planète aux profits des grands groupes capitalistes en imposant, au nom de leur ordre, le désordre, ou ceux qui pensent non seulement qu’un autre monde est possible, mais qu’il est nécessaire et urgent.
La crise économique dans laquelle nous entrons n’est pas un mauvais moment à passer dû à quelques accidents. C’est une crise du système lui-même. Les énormes masses financières en circulation dans le monde sont en quête incessante de rentabilité. Après l’immobilier et le naufrage des subprimes, payé cash par les millions de ménages qui ont perdu leur maison, elles se sont reportées sur le pétrole, le blé, le riz et dans l’agroalimentaire à tel point que, la demande baissant du fait de la hausse des prix, ces derniers reviennent un peu à la baisse. Mais qui fera un jour le bilan des morts de la faim de ces derniers mois ?
A-t-on déjà oublié les émeutes dans les pays les plus misérables dont la véritable raison était dans ces flambées spéculatives ? On parle de ces traders qui manipulent des flux financiers comme de gamins surdoués devant des jeux vidéo. Mais derrière les écrans et leurs chiffres à multiples zéros, il y a la vie et la mort des hommes.
Ce n’est pas terminé. Car, pour rétablir leurs profits, les capitaux en concurrence dans le monde vont encore faire payer les peuples. Misère, chômage, plans de rigueur, casse des acquis sociaux et des solidarités. La crise n’annonce pas la fin de ce système qui s’écroulerait de lui-même pour qu’arrive la relève, l’autre monde. Les accents de guerre froide que l’on entend de nouveau ne sont pas une autre histoire. L’enjeu, c’est un remodelage du monde au profit de la puissance dominante, de ses satellites et ses vassaux, de leurs géants économiques. Il ne s’agit pas seulement de contrôler les ressources pétrolières, quand bien même cela pèse lourd, il s’agit d’une stratégie de long terme à l’échelle planétaire.
La présence française en Afghanistan répondrait, selon le président de la République, à « la défense de nos valeurs au niveau international ». La tolérance, la liberté, l’éducation ? Pourquoi la reconstruction du pays est-elle passée loin derrière l’engagement militaire ? Pourquoi n’a-t-on pas donné la priorité aux routes, aux écoles… ? Pourquoi ces forces sont-elles celles de l’OTAN, abusant d’un mandat de l’ONU, et celles des États-Unis. Nicolas Sarkozy a fait rentrer la France dans la croisade américaine. Au nom du Bien, ou de Wall Street et des places financières ? De quelles valeurs parle-t-on ? Tous ceux qui n’entendent pas rester dans la vie de simples spectateurs ont le devoir cruel de se poser cette question : pourquoi ces soldats sont-ils morts ?
Le rideau se lève, peut-être. Le capitalisme mondialisé pourra-t-il prétendre longtemps qu’il est l’avenir de la planète quand des fortunes insensées et boulimiques se nourrissent de la misère de centaines de millions d’hommes, de femmes et d’enfants, de l’exploitation forcenée du travail humain quand les solidarités collectives sont absentes, de l’épuisement des ressources et de la planète même. ATTAC fête ses dix ans. D’autres forces, d’autres mouvements sont en recherche. Il ne peut y avoir de monopoles, d’exclusives, de concurrence dans la prise en charge commune des affaires du monde, dans le mondialisme. L’autre monde, c’est le nôtre.
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