Fête de l’Humanité 2008
Les mots crus de François Béranger
En cette année 1982, la question est posée : le vrai changement c’est quand ? Ce titre d’une chanson de François Béranger met le doigt sur le virage conservateur qu’amorce alors le pouvoir mitterrandien. Disons-le tout net : malgré la pertinence de cette interrogation, Béranger a chanté dans le désert ! La décennie 1980 s’est mue de plus en plus en années fric, en années frime. Tapie est élevé au rang de modèle. Les « chanteurs engagés » – l’expression disparaît du vocabulaire – sont chassés des scènes et des bacs à disques. Béranger n’échappe pas à cette mise à l’écart.
Son premier enregistrement date de 1969, époque d’effervescence politique ô combien ! Dans Tranche de vie s’expriment déjà les deux versants de François Béranger. Une certaine angoisse devant l’existence : « Àquoi ça sert de vivre et tout / À quoi ça sert en bref d’être né ? » Et une révolte devant les injustices : « Les flics, pour c’qui est d’la monnaie / Ils la rendent avec intérêt… » En 1973, il compose le Tango de l’ennui dans lequel il évoque les usines Renault où, comme son père, il fut ouvrier : « Je mesure aujourd’hui combien favorisé / J’étais quand je travaillais chez P’tit Louis / ÀBillancourt-sur- Seine dans l’entreprise modèle / Je participais à l’expansion… » L’année suivante, il exprime dans le Vieux son espoir d’un monde meilleur : « Mais peut-être que pour nous/Nous les vieux de demain/ La vie aura changé/En s’y prenant maintenant / Nousmêmes et sans attendre/À refaire le présent. » En 1976, François Béranger se produit à la Fête de l’Huma devant 70 000 personnes !
Après la traversée du désert des années quatre-vingt, Béranger sort un peu de l’oubli dans la décennie suivante. Le climat idéologique change. Les politiques ultralibérales démontrent qu’elles ne sont pas la solution mais le problème. Le chanteur retrouve la scène et réalise de nouveaux albums, qui ne rencontrent il est vrai qu’un succès d’estime. Lorsque François Béranger meurt en 2003, à soixante-six ans, rares sont les hommages qui lui sont rendus. Jusqu’à ce disque sorti en avril dernier, Tous ces mots terribles, du nom d’une de ses chansons. Une bonne quinzaine d’artistes et de groupes y interprètent un titre de Béranger.
Ce disque sera prolongé par un concert à la Fête de l’Huma sur la scène Zebrock, le vendredi 12 septembre à 21 h 40. Un concert, intitulé « Plateau Béranger », pour donner chair, donner vie à l’album. Franck, le chanteur de Marcel et son orchestre, reprendra Magouilles blues. Pour Franck, « Béranger était un chroniqueur des luttes sociales. Il préférait les mots crus aux mots creux. » Franck aimerait bien dédicacer Mamadou m’a dit – qui sera interprété par Raoul Petite – au ministre de l’Immigration Brice Hortefeux. Hubert- Félix Thiéfaine chantera Tranche de vie et Gérard Blanchard Tous ces mots terribles. Edgard Ravahatra a préféré Dans les arbres, et les Blaireaux Antonio. Les Szgaboonistes ont opté pour En avant.
Emmanuelle Béranger, fille de François, a été parmi les instigateurs de l’album. Elle sera bien sûr à la Fête de l’Huma. Elle a choisi deux chansons pour ce concert : La fille que j’aime, « en principe interprétée par un homme mais que je trouve marrante », et Combien ça coûte ? (1998) : « Puisque la seule valeur qui vaille/Dans cette fin de millénaire/C’est la monnaie, la mitraille/Le fric, le pèze, le numéraire… » À la fin du concert, les musiciens et les chanteurs se retrouveront tous ensemble sur la scène. Pour une surprise.
Bruno Vincens
Vendredi 12 septembre à 21 h 40
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