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International - Article paru le 14 août 2008 dans l'Humanité

Editorial par Maurice Ulrich

Guerre et paix

La guerre, monsieur, la guerre. Que n’a-t-on dit, à juste titre, lorsque Bernard Kouchner prononça ces paroles à propos de l’Iran. Et l’on reprocherait aujourd’hui à la présidence française de l’Union européenne d’agir et à Nicolas Sarkozy d’être allé à Moscou, puis à Tbilissi pour y plaider la paix ?

Le plan en six points qui semble avoir été accepté par les deux parties n’est pas une enveloppe vide. Il valide le retour des forces russes sur les positions qu’elles occupaient avant le début des hostilités, comme le retour des forces armées géorgiennes sur leurs bases permanentes, celles qu’elles avaient quittées pour attaquer l’Ossétie du Sud. Il y aura, il est vrai, des discussions internationales, sur les statuts de l’Ossédie du Sud et de l’Abkhazie. Et alors ? C’est bien l’un des noeuds du problème, et qu’eût-il fallu ? Que la Russie les remît à la Géorgie en guise de cadeau avec un ruban rose ou qu’à l’inverse la Géorgie renonçât comme ça, tout d’un coup, à toute revendication sur ces territoires ? Voilà des années, pour ne pas dire des décennies, que le statut de ces deux territoires est un sujet de tension. Quelqu’un a une baguette magique ?

Il faut sans doute le redire, fortement pour lever toute ambiguïté. La riposte russe a pris la dimension d’une véritable mise en garde à tous ses riverains. C’est aussi une démonstration à l’usage du monde et plus particulièrement des États-Unis. Les dirigeants russes n’entendent pas jouer les seconds rôles sur la scène internationale en se laissant ronger aux frontières. Ils ont tiré parti de la provocation, c’est un fait, mais que devait faire l’Union européenne ? Isoler la Russie ? Accroître la tension ? L’administration Bush ne voulait pas d’une médiation. Pourquoi, si ce n’est parce que les États-Unis entendent exercer une influence déterminante dans cette région au coeur des enjeux géostratégiques d’aujourd’hui ? Il n’est que de regarder une carte pour en avoir une idée. L’Europe dans cette affaire n’a pas les mêmes intérêts et, semble-t-il, la même vision que les États-Unis. Il est heureux qu’elle ait fait confiance à la sienne en préférant la médiation à la tension, la recherche de la paix à la poursuite d’une guerre qui, en quelques jours, aura jeté sur les routes des milliers de réfugiés et fait des centaines, peut-être des milliers de morts.

Les ministres européens des Affaires étrangères ont appelé hier les deux parties à respecter l’accord de paix conclu mardi et à en assurer « la mise en oeuvre effective et de bonne foi ». Ce ne sera pas facile. On faisait déjà état hier d’autres tensions, de mouvements de chars. Chacun entend interpréter à sa manière les termes de l’accord. Mais quand la solution de ce genre de conflits (que l’on pense au Kosovo) a-t-elle été facile, sans manoeuvres et sans arrière-pensées, ne serait-ce que parce que la paix, par définition, se fait entre des adversaires qui ont des intérêts divergents. Et il aurait fallu que l’Europe ne s’en mêle pas, ne tente rien, laissant les belligérants face à face en menaçant - pour la forme et quoi sinon ? - la Russie ?

Cette dernière n’est pas un partenaire très malléable. Mais peut-elle être, pour l’Europe, autre chose qu’un partenaire, sauf à se lancer dans une nouvelle guerre froide qui n’aurait, pour le coup, rien d’idéologique mais ne viserait autre chose que le contrôle des marchés, du gaz, du pétrole, du blé ? Ce n’est pas une vue de l’esprit. La crise économique dans laquelle nous sommes entrés, et probablement de manière durable, peut y conduire, « comme la nuée porte l’orage ». Il faut beaucoup de légèreté, pour ne pas dire de cynisme, à entrer, à l’instar de certains médias, dans ces jeux à haut risque. Les peuples n’y ont jamais rien gagné.

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Tag(s) : #Monde
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