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Société - Article paru le 13 août 2008

Editorial par Dany Stive

Régularisons !

Si Brice Hortefeux parvenait, hélas, à atteindre les quotas d’expulsion de sans-papiers que le gouvernement s’est fixés, que deviendraient nos vieux parents, nos jeunes enfants ? La place qu’occupent les femmes venues d’Afrique et d’ailleurs dans le secteur de l’aide à la personne est si massive, et parmi elles la part de celles qui sont sans papiers est si grande, que la seule logique comptable devrait amener tout un chacun à souhaiter l’échec de la politique d’immigration du gouvernement.

En fait, dans ces métiers comme dans des secteurs entiers de l’économie, les travailleuses et les travailleurs sans papiers sont littéralement indispensables. Et les experts s’accordent à penser que, demain, vu la situation démographique du pays, vu la hausse programmée des départs à la retraite, le recours à une main-d’oeuvre immigrée sera inéluctable.

Mais Brice Hortefeux se moque de tout cela. Sa politique d’expulsion, qui ne connaît pas de trêve estivale, répond à d’autres critères. Elle enchante une partie du patronat pour qui la main-d’oeuvre sans papiers est une véritable aubaine. Le nec plus ultra de la précarité. Un rêve éveillé de patron : des employés corvéables à merci, qui ignorent ce qu’est une heure supplémentaire, qui ne « bénéficient » pas toujours d’un salaire, même indécent, qui se trouvent dans l’incapacité de se plaindre de quoi que ce soit et qui, à la moindre anicroche avec qui que ce soit, risquent la porte. Des moyens énormes sont engagés pour maintenir dans une zone de non-droit des centaines de milliers de personnes. Est-il acceptable que ces gens, qui ne menacent en rien l’ordre public, qui travaillent et paient des impôts et des cotisations sociales, qui participent pleinement à la vie économique du pays, soient contraints de vivre dans la clandestinité, dans la peur constante du contrôle d’identité et de ses conséquences tragiques ?

La politique de quotas d’expulsion est un non-sens démographique et économique mais aussi une insulte aux valeurs fondamentales des droits de l’homme. La France ne doit pas régulariser parce que c’est économiquement correct mais parce que les valeurs de notre République l’exigent. La chasse aux « illégaux » et ses conséquences sont humainement dramatiques. La mobilisation des sans-papiers , avec les associations et la CGT, a eu le grand mérite de bousculer l’édifice dressé par Sarkozy et Hortefeux : en cinq ans, l’arsenal législatif concernant la politique d’immigration et le droit au séjour s’est enrichi de six lois ! Un sondage d’opinion indiquait en avril dernier que, grâce au mouvement de grève, 68 % des Français étaient favorables à la régularisation des travailleurs en lutte.

Selon la CGT, 90 % des sans-papiers sont salariés. Il faut les régulariser : l’article 40 de la dernière loi Hortefeux peut servir à cela. Ces travailleurs ont droit à un salaire conventionnel et à une durée du travail légale. Rien ne s’y oppose. Même l’énigmatique « appel d’air » que ne manquerait pas de créer une régularisation dite massive, systématiquement avancé par le ministre de l’Immigration, ne s’est vérifié dans aucun des pays européens qui ont décidé d’y procéder. Patrick Peugeot, président de la CIMADE, a récemment appelé à un « Matignon des sans-papiers ». Ne serait-ce pas un bon moyen pour commencer à régler un problème que la France a toujours avec son immigration post-coloniale ?

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Tag(s) : #Politique
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