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Société - Article paru le 13 août 2008 dans l'Humanité

« Ménages, plonge ou tresses… »

Claudie Lesselier, militante féministe, constate une paupérisation accrue de ces femmes obligées de cumuler les petits boulots. Entretien.

Claudine Lesselier est membre du Rajfire, le Réseau pour l’autonomie des femmes immigrées et réfugiées.

Pourquoi faut-il attendre les années 1990 pour que les femmes sans papiers sortent de l’ombre ?

Claudie Lesselier. Dans les années 1980, ce sont les enfants issus de l’immigration qui sont sur le devant de la scène avec les marches contre le racisme. On assiste ensuite à une restriction importante des conditions d’immigration, notamment avec les lois Pasqua de 1993. Le nombre de femmes maintenues en situation irrégulière à cause du système législatif augmente. Le service social d’aide aux émigrants (1) fait état de la présence grandissante de femmes sans papiers. Il existait alors quelques initiatives de femmes, mais pas de mouvement global. Avec les mouvements d’occupation de Saint-Ambroise et Saint-Bernard, les femmes sans papiers deviennent plus visibles : par le nombre (à peu près un tiers du mouvement) et par leurs prises d’initiatives.

Quel est le parcours de ces femmes sans papiers ?

Claudie Lesselier. C’est très varié dans les âges et les catégories sociales. Les raisons économiques, politiques, sociales et culturelles (de leur arrivée en France - NDLR) se mélangent et s’imbriquent. Elles aspirent à plus de liberté ou à une promotion sociale. Certaines sont allées à l’école et ne trouvent pas de métier, d’autres ne supportent plus les structures sociales patriarcales, certaines ont été l’objet d’un mariage forcé. Un motif revient beaucoup : elles ne trouvaient pas, dans leur pays, d’épanouissement en tant que femmes. Mais notre vision, par le biais des collectifs et des associations, est subjective. Celles qui manifestent ont un projet d’installation en France. Il ne faut pas oublier les femmes qui n’ont pas l’intention de rester, comme les Philippines, qui ne revendiquent pas forcément. Il y a aussi celles qui ne viennent pas dans les collectifs parce qu’elles bénéficient d’un réseau, comme les Sud-Américaines et les Chinoises.

Pourquoi se retrouvent-elles aussi nombreuses dans le secteur de l’aide à la personne ?

Claudie Lesselier. Il y a une forte demande et le ménage ou la garde des enfants ne demandent pas de compétences particulières. Les hommes sans papiers ont plus de possibilités. Les femmes considèrent la rue comme un espace dangereux, elles se sentent davantage protégées chez les gens. Beaucoup nous font part de leurs difficultés à trouver du travail : c’est plus difficile aujourd’hui qu’il y a dix ans. Les employeurs sont moins enclins à les engager, à cause des dégrèvements d’impôts, du chèque emploi service… Elles font une heure de ménage par-ci par-là, des tresses ou la plonge dans les foyers africains. Beaucoup sont démunies et ne survivent que grâce au SAMU social, pour se loger.

Quelles sont leurs conditions de travail ?

Claudie Lesselier. Cela dépend de l’employeur car ces métiers sont dans un grand rapport de proximité. Cela peut aller de la relation de respect au mépris total. Certaines, logées chez leur patron, sont corvéables vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Si elles perdent le boulot, elles perdent aussi le logement. Même régularisées, ces femmes restent confinées dans le secteur de l’aide à domicile.

Que pensez-vous de la lutte actuelle ?

Claudie Lesselier. Les associations devraient s’adresser de façon collective et forte au ministère du Travail, pas seulement aux préfectures, pour faire reconnaître le travail de ces femmes. Même si elles ne sont ni au SMIC ni à plein-temps, elles doivent être régularisées. Les sortir de l’économie informelle sera bénéfique pour elles et pour la société. Sans tomber dans l’utilitarisme, il faut dire qu’elles occupent des fonctions indispensables. Elles ne repartiront pas dans leurs pays. Certaines ont totalement rompu, elles ne peuvent pas repartir.

(1) Aujourd’hui dissous dans l’Agence nationale d’accueil des étrangers et des migrations (ANAEM).

Entretien réalisé par Marie Barbier

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Tag(s) : #Société
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