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Tribune libre - Article paru le 9 juillet 2008 dans l'Humanité

La chronique de Cynthia Fleury

Le louis-bonapartisme

On connaissait l’ex-femme, la mère, puis le fils et la belle-fille… et voilà le père portraiturant son rejeton, surplombant le palais de l’Élysée. Pal Sarkozy de Nagy-Bocsa, quatre-vingts printemps, expose en effet à Madrid. On dirait du Rigaud ou du Mignard sous influence psychédélique, entre Dali et Warhol. Cela donne une sorte de président aux allures de corsaire, à la boucle d’oreille en forme de légion d’honneur. Johnny Depp n’a qu’à bien se tenir. Jack Sarkozy ou le pirate de la République.

Si l’on a rarement comparé le président avec Louis le quatorzième, on l’a souvent comparé aux deux empereurs.

À tort diront les bonapartistes. Pourtant, à lire Éric Anceau et son Napoléon III (Tallandier, 2008), on ne peut s’empêcher de relever quelques traits de similitude. Surtout dans les commentaires fort hétéroclites, totalement clivés, qu’il suscitait auprès de ses contemporains. « La tête de l’empereur Napoléon ressemble à une garenne, lança un jour lord Palmerston sur le mode de la raillerie ; les idées s’y reproduisent continuellement, comme des lapins. » Souvent démagogue, vrai communicant politique, Louis-Napoléon avait le sens de l’opinion. « Il instaura ainsi un lien direct et personnel avec le peuple qu’il estimait mieux comprendre et dont il pensait être mieux compris que les autres dirigeants de son temps. (…) Il multiplia les voyages à travers la France et se rendit, en particulier, sur le lieu des catastrophes naturelles pour porter des paroles de réconfort et des secours. Il fit davantage que ses prédécesseurs usage de la propagande pour glorifier son nom, sa personne et ses actes, son régime ». L’opinion publique a toujours été sa grande préoccupation, écrira l’historien Cucheval-Clarigny qui aimait à citer l’empereur proclamant que « la victoire appartenait toujours à l’opinion publique ».

Éric Anceau aime à rappeler par ailleurs le caractère à la fois « romantique » et terre à terre du souverain, premier président de la République française, qui n’aimait guère l’art pour l’art - on se rappelle le « truc vert » évoqué par le président à la vue de la future cité de la mode et du design - et préférait « les faits aux choses imaginées ».

En revanche, il saura parfaitement apprécier et tirer parti de la révolution photographique, en se faisant photographier par les plus grands, Disdéri ou encore Mayer et Pierson, et popularisera le genre du « portrait carte », en faisant paraître à plusieurs milliers d’exemplaires celui où il apparaissait en grand uniforme, à la veille de la campagne d’Italie. En matière artistique, « il avait les goûts dominants de son temps » et partageait même « l’engouement populaire pour le café-concert et en particulier sa grande vedette du moment, Thérésa, l’interprète impérissable de la Gardeuse d’ours en 1863, de Rien n’est sacré pour un sapeur ! en 1864 ou encore de la Femme à barbe en 1865 ». Certes, l’épisode dans lequel l’empereur soumet ses Rêveries politiques à la lecture critique de Chateaubriand évoquerait davantage Villepin…

À l’instar de notre chef d’État, Louis-Napoléon savait s’entourer de la gent féminine et écouter ses conseils. « N’oubliez pas que vous m’avez promis de vous voir de temps en temps, lui écrivait Hortense Cornu. Je m’engage à vous apporter fidèlement le thermomètre de l’opinion. Quand vous irez visiter les établissements publics, que vous recevrez les corps scientifiques et littéraires, si vous avez besoin de renseignements, je vous écrirai en deux mots les titres et les individus. Toujours heureuse de vous être utile comme autrefois. »

Au « jeu des comparaisons faciles », Éric Anceau poursuit : « On retrouve la même exaltation du thème bonapartiste du maintien de l’ordre, le même pragmatisme, accompagné du désir de dépasser les clivages politiques traditionnels, la même célébration du culte de la volonté, la même fascination pour la modernité. » On ajoutera même, en vrac, « une croyance en sa bonne étoile, (…), une forme d’hyperactivité, une passion de la réforme, une volonté d’absorber tout l’exécutif au détriment des ministres, un rapport identique à la puissance dominante du moment, là l’Angleterre, ici les États-Unis, mélange de fascination, de sympathie et de volonté de dépassement, un sens certain de la formule ».

Mais là le jeu s’arrête. Et pourtant cette phrase, comme une prémonition : « Napoléon III fut peut-être plus grand dans son infortune que dans l’éclat de son triomphe. »

Ou celle encore d’un Marx : « Bonaparte voudrait apparaître comme le bienfaiteur patriarcal de toutes les classes de la société. Mais il ne peut rien donner à l’une qu’il ne prenne à l’autre. »

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Tag(s) : #Politique
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