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International - Article paru le 27 juin 2008 dans l'Humanité

Tous les regards tournés vers Prague

Traité de Lisbonne . Les Tchèques pourraient dire « non » au texte, lui portant ainsi un coup fatal. Les partisans du « oui » temporisent.

Après les Irlandais, les Tchèques diront-ils à leur tour « non » au traité de Lisbonne ? L’hypothèse paraît sérieuse et l’Europe connaît un nouvel accès de fièvre. D’autant plus que les Tchèques, peu emballés par le traité de Lisbonne, commencent à sortir d’un relatif sommeil social long de quinze ans. Mardi, plus d’un million de salariés du secteur public se sont mis en grève dans tout le pays pour protester contre les mesures d’austérité engagées par le gouvernement du premier ministre libéral Mirek Topanek. Ce mouvement n’est pas sans signification au moment même où les dirigeants européens demandent aux États de presser le pas pour entériner le traité de Lisbonne, synonyme pour beaucoup de rabougrissement des services publics et de leur ouverture au privé.

La République tchèque, à la suite de la France, prendra les commandes de l’Europe début 2009, avec un président, Vaclav Klaus, farouchement « eurocritique » pour qui le traité de Lisbonne est « fini », un parti libéral dominant mitigé et une coalition gouvernementale fragilisée par ses réformes économiques et son tour de vis social, le déploiement du bouclier antimissile américain et le développement du nucléaire civil. La ratification est censée se faire par voie parlementaire mais, avant le « non » irlandais, le texte du traité avait déjà été envoyé devant la Cour constitutionnelle pour un avis de conformité, attendu en octobre. Un bon moyen de jouer la montre, le vote des députés et sénateurs étant loin d’être acquis.

Au sein même de la coalition gouvernementale (libéraux, chrétiens-démocrates et Verts) que dirige Mirek Topolanek, les avis demeurent en effet très partagés. Le Parti des Verts est favorable à une ratification, tandis que le Parti civique démocrate du premier ministre est beaucoup moins pressé. Dans l’opposition, le Parti communiste de Bohême-Moravie (KSCM), force politique parlementaire (26 députés), est opposé au traité de Lisbonne. Il se déclare favorable à la tenue d’un référendum et à une unité d’action de la gauche pour « une autre Europe ». De leur côté les sociaux-démocrates veulent la poursuite du processus de ratification.

La population tchèque, qui ne sera pas consultée, est loin d’être débordée par une vague d’« europtimisme ». Selon un récent sondage, quatre ans après l’élargissement à dix nouveaux pays membres, moins de la moitié des Tchèques considère comme positive leur adhésion à l’Union européenne. L’incertitude pèse donc sur le jugement que rendra la Cour constitutionnelle, mais aussi sur un possible rejet parlementaire, au Sénat en dernier ressort, où le Parti démocratique civique (ODS), en pleine division, dispose d’une majorité suffisante qui lui permettrait de bloquer le texte. Prague n’a pas fini de temporiser.

Bernard Duraud

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Tag(s) : #Europe
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