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International - Article paru le 19 juin 2008 dans l'Humanité

Sarkozy sanctionné par un vote qu’il avait refusé aux Français

Le chef de l’État aborde la présidence de l’UE sous le coup d’un échec retentissant, dernier avatar d’une série de déboires diplomatiques.

La diplomatie s’accommode mal de la politique spectacle. Nicolas Sarkozy l’apprend à ses dépens, qui collectionne, depuis un an, les revers. Dernier fiasco en date : la fin de non-recevoir opposée par les Irlandais au traité de Lisbonne, dont le président français revendiquait à grand bruit, il y a quelques semaines encore, la paternité. « Grâce à l’initiative française (…), l’Europe dispose maintenant du cadre qui lui est nécessaire pour se remettre en marche, déclarait-il le 10 février dernier après la ratification du traité de Lisbonne par le Parlement français. Désormais il y aura plus de démocratie, plus de responsabilité dans le fonctionnement de l’Europe (…). Par ce succès, car c’est un succès, la France est de retour en Europe. Elle y a retrouvé son influence, sa capacité à faire valoir son point de vue, ses valeurs et le rôle moteur qui avait toujours été le sien par le passé. » Ce prétendu « succès » fut obtenu au forceps, au mépris du rejet, en 2005, par les électeurs français et néerlandais, du projet de constitution. Un texte érigeant le dogme de la « concurrence libre et non faussée », la confiscation des choix démocratiques et l’alignement atlantiste de l’Europe en principes constitutionnels, recyclés par la suite dans le traité de Lisbonne. Nicolas Sarkozy avait bien prévenu, pendant la campagne présidentielle, qu’il refuserait la voie référendaire, jugée trop risquée, pour ratifier ce texte jumeau du traité constitutionnel. Le même, pourtant, affirmait ceci le 9 mai 2004, lors d’une convention nationale de l’UMP : « À chaque grande étape de l’intégration européenne, il faut solliciter l’avis du peuple. Sinon, nous nous couperons du peuple (…). Je ne vois pas comment il serait possible de dire aux Français que la constitution européenne est un acte majeur et d’en tirer la conséquence qu’elle doit être adoptée entre parlementaires, sans que l’on prenne la peine de solliciter directement l’avis des Français (…). »

Mais Nicolas Sarkozy n’est pas, il est vrai, à une volte-face près. En matière diplomatique, ses revirements ont de quoi donner le tournis. Celui qui plaidait, pendant la campagne présidentielle, pour un retrait des troupes françaises d’Afghanistan, a annoncé le 26 mars dernier, devant le Parlement britannique, l’envoi de troupes supplémentaires. Il promettait la rupture en matière de politique étrangère, fustigeant la complaisance envers les dictatures. Une fois élu, il recevait en grande pompe, à la mi-décembre, le colonel Kadhafi, et n’a jamais manqué une occasion de saluer « les progrès » des droits de l’homme dans des pays comme la Tunisie. « La rupture », tel était son leitmotiv, aussi, pour l’Afrique. Résultat, la Françafrique se porte bien, merci. Quant aux Africains, ils sont, nous a expliqué le président français, en juillet 2007 à Dakar, proprement inaptes au développement. Le propos, qui a soulevé l’indignation de tout un continent, y a sérieusement abîmé l’image de la France.

Au total, Nicolas Sarkozy, loin de la « refondation » promise dans les domaines de la politique étrangère et européenne, s’est engagé dans une diplomatie pressée, brouillonne, souvent arrogante, toujours plus soucieuse de communication à usage interne et de « coups » que de politique. Après le rejet de son traité de Lisbonne, la prochaine conséquence de ces gesticulations désordonnées pourrait être le naufrage de son Union pour la Méditerranée, présentée dès son élection comme le grand projet de son quinquennat. Imaginée pour contourner la perspective d’une adhésion de la Turquie à l’Union européenne, celle-ci suscite, à un mois du sommet qui doit lui donner naissance, des critiques acerbes. De la part de l’Allemagne, dont les yeux se tournent davantage vers l’est et le nord de l’Europe, et qui y voit un ferment de division de l’Union. Mais aussi de la part des pays riverains de la Méditerranée, dont l’Élysée exaltait pourtant, depuis un an, l’enthousiasme pour ce projet.

Rosa Moussaoui

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Tag(s) : #Politique
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