Face à Fillon, les communistes
À la veille d’un Conseil européen de crise, le Palais-Bourbon était, hier, le théâtre d’une confrontation entre le premier ministre, François Fillon, et les députés communistes sur la manière de répondre au rejet du traité de Lisbonne par le peuple irlandais.
« Le "non" irlandais somme la France de ranimer la flamme dangereusement vacillante de l’Europe », a déclaré François Fillon. Derrière la dramatisation des termes, le premier ministre n’a pas dissimulé le divorce entre les peuples européens et une construction européenne faisant fi de leurs aspirations. Si l’Europe est mal comprise, c’est parce que « l’Union n’a pas su trouver les mots et les actes pour susciter une adhésion plus puissante que la somme des contestations ». Ce n’est donc pas principalement une crise des institutions, « l’Europe doit nous séduire, nous protéger, nous grandir », a-t-il déclaré, souhaitant qu’elle retrouve « un dessein politique, qu’elle soit portée par une âme commune ». On est loin du discours triomphant de Nicolas Sarkozy se vantant d’avoir relancé la machine européenne avec son traité simplifié, qu’il n’a pas été plus capable de vendre aux Irlandais, que Giscard aux Français et aux Néerlandais avec sa constitution. Prudent ou rusé, François Fillon s’est bien gardé de paraître pressé : « Le moment venu, il nous faudra voir comment obtenir l’indispensable ratification de tous. »
La vraie seule opposition venait des communistes, seul parti représenté à l’Assemblée qui fit campagne pour le « non » en 2005 et pour un nouveau référendum en 2008. C’est tout naturellement vers eux que le premier ministre lança ses piques. Les députés communistes sont venus porter dans l’hémicycle l’exigence de démocratie en brandissant des pancartes sur lesquelles était inscrit « Respectez le non ». Leur porte-parole, Jean-Paul Lecoq, député de Seine-Maritime, fut donc le seul à porter la contradiction au discours gouvernemental : « Il faut se rendre à l’évidence, le traité de Lisbonne est caduc. » Le député a expliqué que « ni les Français, ni les Néerlandais, ni, aujourd’hui, les Irlandais n’ont voté contre l’Europe ». « C’est tout le contraire. Ils ont voté pour un meilleur traité. Ceux qui parlent de l’Europe, avec des trémolos dans la voix, préfèrent-ils voir le fossé se creuser encore plus entre les citoyens d’Europe plutôt que de changer de cap ? Combien d’échecs vous faudra-t-il encore pour que vous entendiez la voix des peuples ? » Et de conclure : « Tous les peuples rêvent de dire un jour "oui" à l’Europe. » J.-P. P.
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