Le peuple irlandais s’invite au sommet
Bruxelles (Belgique), envoyé spécial.
Bon appétit Messieurs et Mesdames les chefs d’État et de gouvernement. « Pour le dîner, qui débutera à 20 h 15, nous commencerons par demander à notre collègue Brian Cowen d’expliquer les raisons du rejet du traité de Lisbonne lors du référendum », détaille la lettre de convocation adressée aux chefs d’État par le premier ministre slovène, qui assure la présidence tournante de l’Union européenne (UE), Janez Jansa. « Ensuite nous examinerons ensemble les moyens d’avancer », assure-t-il. De quoi envier les ministres des Affaires étrangères qui, au même moment, auront la situation dans les Balkans au menu. En fait, sur le dossier irlandais, le terrain a été balisé dès lundi, à Luxembourg où les chefs des diplomaties des Vingt-sept ont appelé à poursuivre la ratification du traité de Lisbonne dans les huit États qui ne l’ont pas encore fait. Hier, le Royaume-Uni a d’ailleurs rassuré ses « partenaires » en faisant adopter le traité par la Chambre des lords. C’est Tony Blair qui avait bloqué la chaîne des ratifications en 2005, après le « non » des peuples français et néerlandais.
Pour le moment, les diverses déclarations des responsables politiques européens ne laissent pas entendre d’inflexion du discours par rapport à la première défaite du traité libéral, en 2005. « Je pense que le problème est du côté de l’Europe occidentale et de sa classe politique qui n’a pas expliqué suffisamment les conséquences de l’élargissement » de l’Union européenne aux pays de l’Est, a ainsi affirmé le ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, dans un entretien au Figaro, hier. Mauvaise communication et distance entre les institutions européennes et les citoyens sont parmi les principales raisons invoquées, même si d’aucuns appellent à prendre davantage en considération la question sociale. Ainsi, la première séance de travail sera consacrée à la question de la « plus forte hausse nominale des prix des principaux produits alimentaires en presque cinquante ans ». Selon Janez Jansa, le Conseil européen devrait travailler à partir des documents préparés par la Commission européenne.
La question sociale
Sur cette question, il ne sera pas question de révision générale de l’orientation libérale de l’UE. Le plan d’action présenté par l’institution bruxelloise prévoit de « surveiller l’évolution des prix ». Cette volonté est la porte ouverte à une hausse des taux par la Banque centrale européenne (BCE), qui privilégie la lutte contre l’inflation à l’accord de prêt pour l’investissement productif. Par ailleurs, la Commission entend être vigilante pour « éviter de prendre des mesures entraînant des effets de distorsion » de concurrence. « Étant donné les fortes répercussions de l’inflation des prix des produits alimentaires sur le pouvoir d’achat des ménages à faibles revenus, plusieurs États membres examinent actuellement les moyens qui permettraient de limiter - temporairement - ces effets », craint la Commission, dont la priorité est le maintien d’un cadre de concurrence. Cependant, face à l’épreuve des faits et aux mouvements citoyens qui appellent à une lutte contre les marchés financiers, la Commission propose, au moins symboliquement, « d’analyser les investissements spéculatifs ». Entre autres, les discussions devraient également porter sur la question de l’adhésion à la zone euro de la Slovaquie.
Demain, les chefs d’État travailleront sur les gros dossiers, comme la justice ou les affaires économiques. C’est aussi à ce moment que les responsables européens se pencheront sur les gros dossiers de la présidence française, comme l’environnement ou léditerranée, chère à Nicolas Sarkozy. L’invitation parle de « processus de Barcelone : union pour la Méditerranée » et place cette discussion sur le même plan que l’établissement d’une politique de voisinage avec les pays à la frontière est de l’UE. Lors du précédent Conseil, en mars, le projet présidentiel avait été renommé, retoqué, et inscrit dans la continuité du processus de Barcelone.
Gaël De Santis
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